Dénudé

Calvin dans une cellule a rendu par la bouche, et si je n’écris pas suis autant cadavre que lui. Mais les pages défuntent, les mots aussi. Ai rédigé des notes, à Laval P.Q., sur son autre destin. Qui est le nôtre, d’une double vie. Celle pauvre, bagage qu’on traîne, lourd mais sans presque rien, une brosse à blanchir les dents de la nuit, une crème pour grimer le jour, peut-être un chapeau. Et celle qui flottante, dessus, nous tient la tête, hors du béant, non du rêve — son invention, d’un ailleurs que parfois l’on touche. Une sorte d’horizon, lointain des choses et du soi. Savait-il, d’avoir lu, le chant d’une bergeronnette, le parfum des tilleuls et le creux de la pierre où le noir transparaît ? Croire sa parole seule est ce qui reste à faire. Croire son dénudement, bien que nul ne se donne, qu’on soit plutôt livré. Dans la brousse, près du rocher, on dressait notre vision, là des cases, là l’infirmerie, le pressoir peut-être ici, l’eau était proche pour les chiottes et le bain. Il faudrait des lampes-tempête dans la nuit trop grande pour nous. Un vert de fond cadre son sourire triste en place des murs de la prison, et de ciel en haut si peu à regarder la sente entre les bokassas. Notre part défrichée retourne à la forêt. Où sont les traces de son dépouillement qui me diraient si je suis encore là, quand ce soir, bleue de sang, la lune dépèce un corps de chèvre et déplume des oiseaux mourants ?

2 commentaires sur “Dénudé

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