Ne jamais admirer la force

Simone Weil, L’Iliade ou le poème de la force
Ceux qui pensent que Dieu lui-même, une fois devenu homme, n’a pu avoir devant les yeux la rigueur du destin sans en trembler d’angoisse, auraient dû comprendre que seuls peuvent s’élever en apparence au-dessus de la misère humaine les hommes qui déguisent la rigueur du destin à leurs propres yeux, par le secours de l’illusion, de l’ivresse ou du fanatisme. L’homme qui n’est pas protégé par l’armure d’un mensonge ne peut souffrir la force sans en être atteint jusqu’à l’âme. La grâce peut empêcher que cette atteinte le corrompe, mais elle ne peut pas empêcher la blessure. 
[Mais] rien de ce qu’ont produit les peuples d’Europe ne vaut le premier poème connu qui soit apparu chez l’un d’eux. Ils retrouveront peut-être le génie épique quand ils sauront ne rien croire à l’abri du sort, ne jamais admirer la force, ne pas haïr les ennemis et ne pas mépriser les malheureux. Il est douteux que ce soit pour bientôt.
Simone Weil 1909-1943

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