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Auteur : Serge Marcel Roche
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Ce qui se dit sous terre
Laurent Margantin publie sur Oeuvres ouvertes, dans ce qu’il nomme sa webliothèque des textes d’auteurs contemporains, en accès libre et intégrables sur les blogs. Le dernier en date est un poème saisissant d’Antoine Bréa, Ce qui se dit sous terre. A lire sur Oeuvres ouvertes, ici, ailleurs, qu’importe, la poésie vit sur les chemins du web, dans tous les espaces délaissés, là où la littérature s’encemence.…le grand traumatisme lié aux combatsle récit ébahi de nos exploits fait par la diaspora à l’extérieurles os qui sortent ici du sol pour me faire trébucher encorela mort qui nous a frappés tous, bêtes et hommes, dans un même feu bruissantle souvenir des Esprits à cheval venus du ciel pour brûler nos cheveux, empoisonner les puitssont à l’origine desgrands bouleversementsqui nous ont emportés ici
…Antoine Brea, Ce qui se dit sous terre publié par Margantin
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pause
Une pause dans le cours de cette conversation languissante, en attendant la dissémination de vendredi prochain… mais nous sommes toujours au bord de l’eau. Un berger peul, son troupeau, trois pirogues sur les reflets sombres de la Kadey, le retour au village… Tout est empreint de lenteur. La nuit vient, il y aura des notes grillonnantes sur le sentier, des notes qui fabriqueront un ciel bas, un ciel à portée d’homme.Un bout de film d’1:06 qu’il a fallu 75 minutes pour télécharger, cela donne une idée des difficultés que nous rencontrons avec l’internet en Afrique noire. La musique est de Jean-Paul Prat.
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conversation – silence de sable
Il y a ce silence de sable
Devant la mer
Ce silence de sable tienL’enfance près de la fenêtre
Dans la ville
Si loinLa chair muette
Et le beau désir
A la cime de l’arbreEt puis toutes les années
De ciel lourd
Qu’il faut bien traverserSi l’on veut revenir
Un jour là
Devant la merD’où surgira le cheval blanc
2010
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notes en marge de conversation
La cour le jardin, ce sont des mots anciens qui se glissent là sur la pierre,
sur l’assise de ma vie cachée : une histoire incomplète qui serait muette sans euxLà où je suis, faisant mes heures de nuit,
je ne vois pas, j’écouteIl n’y a pas de conversation qui ne laisse affleurer le secret de soi
On se tient alors au bord de l’autre, à sa table de nuit
et l’on mange en silence
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conversation – entre nous
La musique de l’eau
Sur la terre
Sur les toits
Le vent
Ailleurs ce même vent
La pluie
Si petite chez toi
— Entendre fragile jusqu’en
sa force même —
La mer aussi
Le long ciel au milieu
Qui sépare ici-bas
Et lui
Qui passe entre nous
Qui va son chemin d’eaux profondes
Entre ta belle attente de terre
Et la nuit2010
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conversation – une question
L’écrit ne pose plus
La question du retour
Le fleuve d’il y a des jours
Coule encore très loin
Sans m’avoir jamais dit
Qui je suis
Et la part manquante
Laissée dans le jardin
Celle qui m’attend selon tes mots
Au tournant du chemin
S’est jetée dans ses eaux
Il me semble vois-tu
Que c’est sans importance2010
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Sigillature
A Bologne, en Italie, se répand certains jours et à certaines heures un parfum de rose damascène, celle qu’on nomme la Rosa Turca. Un bloc-notes de poésie porte aussi ce nom qui signe quelques poèmes distillés avec minutie. C’est en passant par Sigillature, une gallerie de photographies, que je suis arrivé là. J’étais intrigué, non par les images en soi, mais parce qu’elles m’apparaissaient comme les signes d’une recherche liée au temps, au silence, à la lumière, quête d’un « quelque chose » existant depuis toujours. Est-il possible d’en dire un mot ?La cosa più difficile da dire“Ci sono cose per me che si assomigliano, che deriverebbero da una comune necessità: leggere come scrivere come guardare.”
La cosa più difficile è quella di toccare la propria voce oltre il costrutto dei pensieri, delle visioni del mondo. Oltre le pose che abbiamo di noi. Ho riscritto varie volte quello che sto cercando di dire. Raggiungere la materialità di un segno – un indizio che significa restando intraducibile nel suo mistero. E si àncora là. Coprire la distanza fra le sabbie e la distesa del mare e il cielo e tutto intorno le dune che chiudono l’orizzonte, ma senza realizzare nello sguardo nessuna saldatura.Rintracciare la propria voce è anche perdere la lingua mentre proviamo le parole per attraversare questo sguardo sbarrato – questo sgombero favoloso.Scrivo da sempre, con gli occhi chiusi.Bologna. 7 settembre 2014La chose la plus difficile à dire“Il y a des choses, d’après moi, qui se ressemblent et qui dérivent d’une même nécessité: lire comme écrire, comme regarder.”
La chose la plus difficile est celle de toucher sa propre voix au-delà de la tournure des pensées, des visions du monde. Au-delà de nos postures. J’ai écrit plusieurs fois ce que je suis en train de dire : atteindre la matérialité d’un signe – un indice qui signifie et qui reste intraduisible, ancré dans son mystère. Couvrir la distance entre les sables et l’étendue (ou la nappe) de la mer et le ciel et tout autour les dunes qui ferment l’horizon, sans qu’il y ait aucune soudure dans le regard.Retrouver les traces de sa propre voix c’est aussi perdre la langue au moment où nous essayons les mots pour traverser ce regard barré – ce déblayage fabuleux.Depuis toujours, j’écris les yeux fermés.Traduction : Francesca CaggianoLo scritto del mareUn profumo di verdeUn profumo di verdenell’ora della seragiunge dal filo d’erbasorpresofra due stagioninel suo rigenerare.Bologna. 6 – 24 settembre 2014Textes et photographies de RosaturcaJournal d’Adriatique
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conversation – conjonction
A notre insu dis-tu
L’oeuvre de la lumière
(Ajouter le labeur du temps)D’où vient l’enchantement
D’être là
Malgré toutDe cette danse des deux
La lumière
Le temps
De cette conjonction
Qui ferait la parole
Le mot habitant parmi nous
Au milieu
Dans le ventre
Le coeur
Le mot à reconnaître
Venu s’en retournant
Nous laissant l’éclairante durée
Du poème2010







