Auteur : Serge Marcel Roche
-
-
Ma vie au village – 2
Non tout à fait sur le liseré des cases, mais en retrait comme sur un front près de la racine des cheveux, à l’abri des rouleaux de poussière, pas sur le quai trop à flanc de passage au bord de la plaie, d’un bout de clairière je vois la ligne de l’autre côté, identique, un rideau de troncs, de feuillages, ajouré par endroits, seul horizon à regarder, de ma trouée vis dans l’incision que j’ai faite et dans l’indécision d’être là ou de ne pas y être, entre des fiches, la lèpre et les crachats, pourrais être ailleurs aussi bien dans l’indifférence coutumière, pourrir et que ça ne leur fasse rien, car là n’est pas plus ou moins qu’ailleurs n’importe où, le ciel il en reste peu, etc. Il y a des trous sombres semblables à des linges pendus aux fenêtres des villes sales, qui tombent en chiffons miteux, des trous dans la face verte du rideau, avec des lianes queue-de-cochon, des passiflores, des qui n’ont pas de nom, tout un attirail botanique portant au désoeuvrement, à la fornication, parce qu’on est rivé à la ligne qui longe la plaie, à la plaie qui la ronge, fixé à la cicatrice, toutes deux allant devant où l’on ne sait. Ils ont dit de laisser les bois, les orées, pour n’être plus entre ces lignes des sauvages, des pygmées, entre ces deux lignes qui vont à l’inverse de nous autrefois s’enfonçant sous les poussées guerrières dans la nuit verte, elles à la mer d’où part le sang sur des bateaux.
-
Ma vie au village – 1
Aurons vu tous les jours passer le sang des forêts, déjà figé, éteint, collant comme celui des hommes et la boue sur la piste de nous, traversant le village, la nuit aussi en qui nous sommes. Les jours quand passe le sang ne sont que temps en elle qu’elle libère par le bas de son ventre, la nuit est toujours grosse de ce temps-là et régulière, elle aussi se vide de son sang, avec le sang de la forêt nous voyons passer le sang de la nuit au bord d’une cicatrice couleur de terre qui ne se referme jamais, toujours ouverte et luisante comme une chair blessée qui lutte à se refaire, le jour aussi quand il a plu longtemps et qu’elle se démange parce que les porteurs sont bloqués aux barrières de pluie. La forêt tout entière a des plaies sur le dos et nous vivons en elles, dans les escarres de la forêt sommes des germes se nourrissant de ses croûtes et des suppurations, de sa blessure ouverte et parfois de son sang, non de celui qui passe et qu’ils portent à la mer, mais celui qu’elle veut bien. Autrefois ils ont dit de quitter la nuit pour être au bord de la cicatrice et dénombrer combien, mesurer sans repentir ce qu’ils pourraient vider durant cinquante ans du sang d’elle, nous dans leur temps qui n’est pas celui de la nuit, de sa grossesse, mais ce que d’heures on peut compter afin que roulent jusqu’à, devant, quatre-vingt-deux porteurs au moins de son sang. Avons laissé les clairières qui sont le sexe doux des femmes entre ses jambes pour le serpent long d’une plaie, pour les bords de la cicatrice où debout dans le jour malgré tout naissant d’elle regardons passer le sang et sommes là, figés, lents, presque éteints et les yeux gonflés de veinules rompues que le sommeil n’a pas séchées, avec cet éclat de fer, cette brillance de couteau, de lance au milieu qui nous vient d’avant, quand nous étions des peuples obscurs, là au bord d’elle et son ennui. Le long de la plaie dans nos yeux jaunissants voyons le sang nombreux qui passe.
-
conversation – lieu troisième
Tu marcheras de nuit
Toujours tu empruntes
Et j’emprunte tes mots
Leur donne une couleur d’ici
De rouge terre de racines
De grain de peau
Matière noire par où je passe
Sans comprendre
Et tu comptes mes pas
Un à un sur le bois
Avec des pauses entre les lignes
Ce qui fait le poème
Ce peu de mots
Toujours les mêmes
Ce lieu troisième
Une certaine mutualité
Une douce et longue migration des signesJuste une conversation
Au bord des arbres et de l’eauLes mots et expressions en italique sont extraits de lettres ou de poèmes de Muriel Verstichel,
sauf restes et semence, de l’épitaphe de Paul Claudel. Batouri-Saint-Didier, 2010
-
conversation – un paysage
Un paysage vois-tu
Est ce qui reste de soi quand on part
Quand on tourne le dos
C’est un certain rendu de sa lumière
Qui nous efface sur le chemin du retour
Et nous sommes là dans son secret
Une toute petite part de lui un détail
De sa clarté qui s’était livrée doucement
A notre bassesse
Et lui-même (son secret en nous)
N’est qu’une vague
De la mer de cristal
La couleur d’un moment
Dans son éternité
Un son se retirant
Pour laisser les bateaux
Glisser jusqu’au rivage
Ou l’oiseau se poser quand il faut2010
Repris partiellement en Génésie
-
conversation – cimetière
Il y a toujours un fleuve
A l’approche des tombes
Une presqu’île
Une barque engravée
Des mots d’un gris de peupliers
Sur la pierre lisse ou rugueuse
Une plaque municipale
Une semblance de jardin
Ce que les autres disent
Des morts qui sont là
Des anges et du gravierAyant laissé l’auto
Nous marchons sans parler
Vers des restes et une semence
Qui pour moi ne sont qu’une trace d’enfance
Mais pour toi un visage — deux plutôt
Quand tout s’écrit et tout s’efface
Dans l’herbier de la fin d’un monde
2010
-
Disparition d’un corps
Le blog un corps a été supprimé. Jour et heure de sa dernière trace sur le web : 14 sept. 2014 16:28:39 GMT. Ai lu ce texte sans nom d’auteur – andreï ? l’homme, visiblement, celui aussi d’un compte Twitter – depuis son commencement (ou sa fin) #100. Le dernier # paru est le 42. Pensé plusieurs fois envoyer un message, ne l’ai pas fait craignant d’être indiscret. Puis un corps a disparu. Il manque. C’était un corps sous licence ; en voici les derniers mots retrouvés.un corps#42ce n’est pas Ernst Vacis qui avait ditle premieril faut fuir tout corpsce n’est pas lui qui disaitil fautcourir vite, courir si vite et croire qu’ainsi nous pourrions devancernos membresil faut parfois se tenir en embuscade et les saisirles jeter dans des fosses#43andreï dit qu’un jour la douleurrendra le passage à la voixet que je parlerai des heuressans nommer un organe ou un nerfsans cracher des histoires de cellules ou de crânesdes heureset d’autres heures encoreà dire au-delà de nos livres – à accumuler les prières#44j’ai oublié mon poing brisant les écrans et faisant d’Ernst Vacisde son visageune purée d’osje n’ai pas oublié – andreï – ton chant d’homme aviné – dans nos planques et jusque dans nos cages et je n’ai jamais su qui avait pu, secrètement, apporter ces bouteillesje n’ai pas oublié ce chant ni mon silence#45nous avançons – j’ai une main comprimant mon ventre et l’autretenant l’un de nos livresou montrant à andreï nos tracesnous sommes passés ici il y a des jours – depuisj’ai trop souvent regretté de résider dans mon corps – j’ai oubliéparfoisce qu’il fallait détruire#46nous devons fuir l’argile et les insectes fouillant les petits tas spongieuxque nous sommes – nous devonsregagner le verre et l’acierles immeubles, tous les immeubles – andreï – et d’abord celui où je t’ai vu déclamerUN CORPS EST est tout ce que ce que nous avons su maudire#47andreï maintenant nous devonsnous devons fuirj’ai dit ces mots à tant d’époquesdans tant d’anglesque mes voix se superposent – andreï acquiesce et tend son ventre vers la villeet attendque bientôt elle le traverse#48#49je m’appelle Ernst Vacis et je dis que bientôt(je parle de mes enfants oudes jours qui déboulent)bientôtnous ne ne saurons plus ce que vous nommezvotre aortebientôtnous aurons omisnos corps#50andreï me montreun tas d’insectes – il me dit qu’il entend déjàleurs ailes et leurs pattes craquer sous mon poidsje ne bouge pasj’attends que sa fièvre passe et que ses mains enterrent ses spasmesj’attends longtemps que sa voix s’épure#51je cherche un endroit où m’asseoirun endroit où le malaurait cessé de grandirl’argile est hostile – et c’est toute la villetoutes nos errancesque je ranimetoutes les heures où nous n’avons jamais pu nous ancrer
-
conversation – quelques mots
Un buisson de papier
En attente du feu
Serait-ce l’arbre qui monte
Aux bords de nos yeux
Ce peu ce rien
Qui restera de nous
Sur le rivage
Pas plus que ces coquillages
Dans ta main
Au sortir de l’eau
Ou l’oiseau
Ou la pierre
Ou la pluie qui danse
Dans tes veines qui dansent
Quelques mots
Que nous aurons dit
En forme de nuit et de silence2010
-
L’écoute – Conversation avec Jean-Paul Prat
La musique et les arts du langage, en premier celui de la poésie, sont de même lignage. Composer c’est assembler des sons en un tout où s’imbriquent le rythme, l’harmonie et la mélodie. Les mots dont nous nous servons afin d’écrire un poème, un récit ou une chanson sont eux-mêmes d’abord des sons. Ecrire, composer, impliquent une écoute. Pour cette dissémination de la web-association des auteurs, nous recevons Jean-Paul Prat, compositeur, musicien, créateur du groupe Masal et du projet Octogone, en commençant par un texte.Des cris de couleur comme des traits de feu,
des accords vibrant comme le tonnerre, la foudre !
Et de pauvres carcasses et des cœurs déchirés et des voix qui s’épuisent !
Des accords, comme des grappes mûres de raisin noir,
serrées, prêtes à éclater sous le soleil.
De la musique, comme une toile,
de la peinture comme une danse !
…
La musique du vent, des torrents de couleur,
ces corps qui tourbillonnent sans pouvoir caresser tout ce que leurs yeux touchent…
arpèges… mesures asymétriques… ne jamais s’arrêter… le Ciel !
Je rêve de rythmiques absolues, infranchissables,
citadelle imprenable de sons amalgamés, place forte… et pourtant ciselée,
légère, cathédrale envolée, sublime refuge de notre âme exilée.
Elle descend, elle descend la citadelle, elle cherche ses enfants,
qui la reconnaîtra ?
Des sons comme de la lumière, une lueur enfantée… espérance !
Liberté à la mesure du cœur foudroyé…
Et l’on touche à l’inaccessible.Ce texte poétique exprime la musique de Masal ?
Masal est le nom d’un groupe, mais plus que le nom d’un groupe, c’est le nom de ma musique. Parler de cette musique n’est pas chose facile. Elle est très différente de tout ce que l’on diffuse actuellement. Ce n’est pas de la variété, ni de la chanson; ce n’est ni du rock ni de la musique classique. Celui qui voudrait à tout prix la classer sans s’en être laissé pénétrer la nommerait sans doute musique progressive ou rock progressif, créneau dans lequel on amalgame les inclassables en tous genres.Mes qualités de rythmicien donnent à la musique une atmosphère souvent envoûtante, quasi obsessionnelle. Elle invite l’auditeur à un voyage au cœur de lui-même, à la découverte d’une grandeur et d’une fantaisie surprenante, bien loin de toute grisaille. La meilleure chose à faire serait sans aucun doute de l’écouter, sans vouloir à tout prix la qualifier, mais vous savez comme moi que l’homme aime bien étiqueter et ranger dans des tiroirs.
S’il faut en dire quand même quelque chose ?On pourrait la nommer « architecture en mouvement » à cause de l’équilibre des lignes de force et de sa conception verticale, les différents thèmes allant et venant, se mariant, jouant les uns avec les autres. Très souvent, plutôt que de se développer d’une manière horizontale (le même thème évoluant en des variations parfois interminables) son architecture est cyclique, circulaire. Chaque thème est comme une vie qui se construit ; il se répète et à chaque tour s’enrichit d’autres mélodies, de compléments harmoniques et de développements rythmiques. C’est cela que j’appelle « conception verticale », comme des couches successives qui amènent le thème à sa maturité. Il peut alors s’ouvrir, comme une porte, sur un nouvel univers. J’ai souvent eu le sentiment que mes morceaux pourraient ne pas finir, s’enchaîner infiniment comme, dans un voyage, les paysages se succèdent ou comme d’innombrables facettes d’une même personne finissent par nous donner une idée de qui elle est.Pour beaucoup, semble-t-il, c’est une musique difficile à écouter…Selon les époques de ma vie j’ai pensé et dit de nombreuses choses sur ma musique. J’ai dit, surtout à ceux qui la trouvaient agressive, «c’est une musique miroir» et je crois qu’il y a là quelque chose de vrai. Aujourd’hui je le formulerais avec plus de nuances, non pour atténuer mon propos, mais pour qu’il ait une chance d’être entendu. J’essaierais d’expliquer que l’on peut y voir ce qu’on y met (peurs, angoisses, agressivité…) si on ne l’écoute pas vraiment comme un enfant pourrait écouter, en se laissant emmener en voyage. Beaucoup écoutent d’une manière psychologique, affective : « j’aime cette musique car elle me rappelle tel souvenir, telle autre musique que j’ai aimé ou simplement parce que je me reconnais en elle. »Après l’enregistrement de l’album «Masal» [en 1983], j’ai eu l’occasion d’écouter de nombreuses fois la bande magnétique avec des personnes différentes, comme un tête à tête autour d’un morceau de musique qui dure 42 minutes ! Expérience édifiante quoique souvent douloureuse. En effet il m’était fait une «faveur» terrible : entendre ma musique comme l’autre l’entendait. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai pu entendre ! Cette expérience m’a beaucoup appris et me sert encore aujourd’hui (surtout dans les sessions que je donne) à réaliser ce que les autres entendent, ou plutôt n’entendent pas ! Ceux qui «écoutaient» avec moi m’ont dit les choses les plus étranges au sujet de ma musique : «ça ressemble à ceci ou à cela, ça me fait penser à ceci ou cela» Mais ces « ceci et cela » dont ils parlaient n’avaient le plus souvent aucun rapport avec ce que l’on venait d’entendre. Je me rendais compte que ces personnes cherchaient simplement à se rassurer en présence d’une matière qui pouvait aller jusqu’à les effrayer. J’ai ressenti la peur de certains pendant l’écoute et je me demandais comment on peut être effrayé par de la musique. J’ai aussi perçu l’incompréhension et cela m’a fait découvrir que beaucoup cherchaient à comprendre ce qu’il faudrait plutôt écouter et accueillir.Il semble que ce soit l’un des traits de notre époque que de chercher avant tout à comprendre … C’est aussi ce qui se passe la plupart du temps avec la poésie. Sur ce sujet de l’écoute, qu’on peut aussi appeler « attention », tu cites souvent Simone Weil…Elle a écrit de très belles choses au sujet de l’attention véritable, de la vraie concentration, « attention » mais pas « tension », notamment un chapitre de son livre « Attente de Dieu » qui s’intitule « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’Amour de Dieu » :L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet, à maintenir en soi-même à proximité de la pensée, mais à un niveau inférieur et sans contact avec elle, les diverses connaissances acquises qu’on est forcé d’utiliser. La pensée doit être, à toutes les pensées particulières et déjà formées, comme un homme sur une montagne qui, regardant devant lui, aperçoit en même temps sous lui, mais sans les regarder, beaucoup de forêts et de plaines. Et surtout la pensée doit être vide, en attente, ne rien chercher, mais être prête à recevoir dans sa vérité nue l’objet qui va y pénétrer.
Tous les contresens… toutes les absurdités… toutes les gaucheries… et toutes les défectuosités… tout cela vient de ce que la pensée s’est précipitée hâtivement sur quelque chose, et étant ainsi prématurément remplie n’a plus été disponible pour la vérité. La cause est toujours qu’on a voulu être actif ; on a voulu chercher. Les biens les plus précieux ne doivent pas être cherchés, mais attendus. Car l’homme ne peut pas les trouver par ses propres forces, et s’il se met à leur recherche, il trouvera à la place de faux biens dont il ne saura pas discerner la fausseté. »
Cela correspond à ton expérience de l’écoute, qui serait comparable à une attente ?J’ai très souvent assisté comme un spectateur à la formation des thèmes sous mes doigts, j’ai très souvent dû travailler ferme pour parvenir à jouer ce que je sentais se dessiner alors que j’improvisais au piano… C’est pourquoi je n’ai jamais ressenti d’orgueil en disant que je trouve ma musique très belle. Souvent j’ai approché mes oreilles tout près des cordes du piano pour entendre des harmonies nouvelles qui, si elles pouvaient sembler dissonantes à beaucoup de personnes, ouvraient sur une grandeur, une pureté, une force évoquant pour moi un lieu d’appartenance. Comme l’odeur d’une patrie lointaine, d’une origine vers laquelle on est en chemin.Parlant du morceau Masal, tu le décris comme une grande fresque biblique dans laquelle se côtoient des luttes très fortes et des moments paisibles et lumineux, où durant quarante deux minutes, on traverse de nombreux « paysages ». C’est présent, cela, au moment de l’écriture musicale, de la composition ?Tout cela, je le découvre en jouant ou en écoutant car ma musique ne naît jamais d’une idée, d’un concept. J’ai toujours à découvrir ce qu’elle exprime; je ne décide pas de mettre en musique tel événement ou tel sentiment. Cela n’est pas de mon ressort !Peut-on dire que ce que tu écoutes en travaillant, en improvisant, en « cherchant » un thème, est une musique qui existe déjà en quelque sorte et qu’il s’agit de révéler par la composition, de rendre audible par l’interprétation ou est-ce quelque chose d’informe, de chaotique, à soumettre à un processus créatif ? Quelle est la part du compositeur, il transcrit simplement ce qu’il « entend » ou c’est plus complexe que ça ?J’aimais dire naguère que j’étais un dé-compositeur, c’est à dire celui qui « attrape » quelque chose qui EST déjà et qu’il s’agit de révéler. Mais ce n’est pas tout à fait juste. Il y a, sans doute, de la matière musicale qui existe, qui est là quelque part, mais elle se révèle à travers l’identité, l’unicité de l’artiste ; identité qui a été pétrie par sa vie, son histoire, par tout ce qu’il a vu, entendu, touché, goûté et senti. Je suis le premier étonné de ce qui jaillit sous mes doigts lorsque je cherche. Ma musique est à la fois un monde que je connais et une matière qui me révèle qui je suis, qui élargit ma connaissance de moi-même. La musique vient de plus loin et « prend chair » de ma propre chair. Il y a une part de mystère dans le processus créatif.Qu’apporte aujourd’hui à ton travail de composition musicale la technologie numérique ? Composes-tu aujourd’hui à l’aide d’un ordinateur ou seulement au piano ?Lorsque j’ai composé une partie de piano, je l’écris sur l’ordinateur. C’est à ce moment-là que la machine m’aide grandement car elle me permet d’écouter sans avoir à jouer. L’ordinateur joue – bien sûr d’une manière un peu raide – et moi j’écoute. Et parce que j’écoute, je finis par entendre ce qui jaillit du piano, les mélodies, le rôle qu’aura la basse, etc…L’usage que font les compositeurs, les musiciens, des nouvelles technologies te semble-t-il conduire vers un renouveau de la création musicale, vers la musique ou les musiques du XXIe siècle ?Elles peuvent apporter quelque chose d’intéressant, notamment au niveau d’un travail du son mais je ne crois pas qu’elles puissent conduire à un véritable renouveau de la création musicale. Si elle peuvent être utiles, elles permettent aussi – à mon grand dam ! – à des gens qui n’ont rien à dire de le dire quand même et de le dire avec qualité ! Cela ajoute à la confusion de notre époque. Il faut que le renouveau vienne du plus profond de l’être, lieu dans lequel bouillonne le son de notre siècle, lieu inaccessible à la machine !Pour en revenir à l’écoute, en quelques mots, pour toi qu’est-ce qu’écouter ?Écouter c’est être présent, c’est s’habiter, être centré en soi. C’est donc être attentif, s’intéresser à l’autre, aux autres, à ce qui vit. C’est le contraire de l’indifférence qui est le premier pas vers le mépris. Écouter c’est être vivant !









