Dans la revue Études de octobre 2025 (n° 4330), le poète et essayiste Emmanuel Godo consacre les dernières lignes de sa chronique, où il est question de Mallarmé, Bataille, William Carlos Williams, à Tout commence par les marimbas de la nuit.
(suite…)Catégorie : Parutions
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Un flot montait de terre
Je donne ici lecture d’un extrait de Génésie, qui avec Bois rouge et Lignages, compose le triptyque de Tout commence par les marimbas de la nuit.
Musique : Moli za nas, album Offrande du soir, courtesy by Jean-Paul Prat 
Tout commence par les marimbas de la nuit est disponible en librairie et sur le site de l’éditeur.
Lire plus d’informations sur le livre.
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Le Verbe, ce soir – Jean-Paul Prat
Après avoir été laissé quelques mois en jachère, Chemin tournant repart, avec un poème du compositeur Jean-Paul Prat, que je vous invite à dire, à voix haute ou basse, mais à voix.
En suite de L’image de la ville, que vous pouvez relire ici, je publierai bientôt La ville est un multicouloir, avant d’aller du Portugal à l’embouchure du Wouri, avec La nuit et le voyage, en cinq étapes d’une pérégrination urbano-maritime. De-ci de-là, se poursuivra la Topographie sonore du quartier .
C’est avec joie que je vous attends poétiquement au tournant.Le Verbe, ce soir !
I
La danse des nuages, la sarabande de l’outre-mémoire,
le Verbe me manque encore ce soir
plus que les Angélus et les Pater noster,
plus que le rire sonore de naïfs enfants
bondissant sur les vagues de la mer
à l’heure où se retire le soleil rougissant.Des traits dans le ciel bleu du crépuscule,
le secret des lignes courbes du jour qui s’endort,
le vieillard épuisé qui résiste à la mort
et le chant doux des chouettes qui hululent
quand le vert des prairies tarde à devenir noir,
encore, encore… me manque le Verbe ce soir.Les polichinelles ont fermé les écluses de la nuit,
il n’est plus temps de regimber,
il est trop tard pour s’attarder
dans le jour finissant, la lumière qui s’enfuit
oubliant le cristal, le rire des bambins
ce soir, sous les étoiles, dans le halo blafard de la lune qui point.II
De la berge à l’aurore où l’onde glissante a bu
il n’y a qu’un pas, rien qu’un pas, rien de plus ;
courir à bout de souffle entre les bords du vide,
entre l’île et le vent entre l’aube et l’espoir,
gagné par la sourde ivresse, battu par les rapides,
les cascades… encore… le Verbe me manque ce soir !Déjà les caïmans se chauffent au soleil,
silencieux, comme des troncs d’arbres morts ;
la poussière, les éclairs, les trilles des oiseaux,
les croas des corneilles, les hiiis des chevaux,
rien ne pourra jamais les tirer du sommeil…
Ce soir le Verbe me manque si fortSi forts sont les andins nés de la pourriture,
tirant tout droit sur des sols desséchés ;
bien sûr il faut attendre, bien sûr il faut lutter
et pleurer en entendant les cris de la nature.
Les bergères ont déjà rangé dans leurs couffins
leurs livres, leurs tricots, leur cœur… jusqu’au petit matin.III
S’arrêter un instant sous le chagrin des arbres morts
et ne plus guerroyer !
La lune s’est cachée sous des rideaux de brume,
frissons d’agave, parfum d’agrumes,
le monde a vacillé…
Se jouer des tourments dans la nuit qui s’endort.Clapotis, bruissements, sérénade des feuilles sous le vent
quand le passé frappe à la porte
et qu’il ne reste plus que des gémissements
que la colère emporte,
le cri des hiboux, le vert, le blanc, le noir…
et le manque du Verbe, ce soir !S’allongent les plis de lassitude
comme un drap de lin bleu froissé par le sommeil ;
les bêtes se sont tues, sonne la solitude
et le roucoulement du pigeon qui s’éveille ;
le matin a tout pris : les oiseaux, la poussière, le silence…
des pas sur le gravier… le secret de l’aube se balance !© Jean-Paul Prat
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D’Ailleurs poésie, une chronique
Florent Tonellio, sur le site D’Ailleurs poésie, qui rassemble des autrices et auteurs francophones, a rédigé une belle chronique à propos de Tout commence par les marimbas de la nuit et donne lecture d’un extrait de Bois rouge.
Je vous invite à la lire et à découvrir D’Ailleurs : c’est ici
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« Tout commence » commence…
Après le Marché de la Poésie, il a fallu attendre que le catalogage de Tout commence par les marimbas de la nuit soit effectif.
L’ouvrage est désormais disponible en librairie et sur le site de l’éditeur.
Bois rouge, Génésie et Lignages, commencent une nouvelle vie sous forme de livre.

Collection Plupart du temps ISBN/ 978-2-35577-398-3
Format 141 x 192 Couverture avec rabats 96 pages
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Parution prochaine
Après la parution en 2023 du Journal de la brousse endormie, sortira en juin prochain, toujours chez La rumeur libre, Tout commence par les marimbas de la nuit, un triptyque poétique composé de Bois rouge, écrit en 2010, Génésie et Lignages, écrits entre 2012 et 2014.
Bois rouge est une ode rythmique au ciel, aux arbres, aux rivières, aux oiseaux de l’Est-Cameroun où j’ai longtemps vécu, une improvisation du chant pour instruments de la forêt. Génésie et Lignages déclinent le fleuve, la ville natale, la campagne aimée et l’influence des « choses » sur l’enfance de l’écriteur. Textes à lire à haute voix, si l’on peut, afin qu’en ressortent toutes les nuances sonores.
Selon le mythe de la création porté par les Bakas, peuple premier de la grande forêt, les humains furent d’abord cigognes, puis ils tombèrent sur la terre. Alors, chante Bois rouge, ils inventèrent la musique à l’écoute, à l’écoute des pluies, à l’écoute des gouttes, […] quand des bras leur naquirent à l’aisselle, forme de mains, de longs doigts pour battre l’air, qu’ils n’eurent plus bec mais bouche pour dire : la forêt c’est de la musique.
Musique forte aussi de Génésie et de Lignages, celle de l’enfance et de tout ce qui forme la trame d’une vie humaine, bien loin des clichés biographiques.
Les heures passaient sans mot dans l’ombre du visage, à son tour le jour s’en allait […] Et toujours un silence de vitre, de fenêtre, de route sans passage, sauf qu’une voiture parfois plus tard venait de loin rouler entre les draps et faire un autre monde de la blancheur des phares aux fentes des volets. Plus tard aussi une mare d’eau noire resserrée sous les saules, l’allant droit du chemin dans beaucoup de lumière et le corps du serpent à franchir au travers, soi ne sachant encore si passer par-dessus, si détourner ses pas, cette ombre rouge là au milieu de la terre, l’ile au milieu de l’eau, ce que l’on ne dit pas.
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Lettre au voyageur
Anna Jouy, dont vous pouvez lire le journal poétique mots sous l’aube, écrit au voyageur, presque immobile, que je suis à propos de sa lecture du Journal de la brousse endormie.
Occasion pour vous de découvrir le site D’Ailleurs poésie, de parcourir le continent d’autrices et d’auteurs francophones qui vivent hors de France métropolitaine, ainsi que des « poètes venant de l’étranger mais qui écrivent en français dans l’Hexagone ».
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Note de lecture sur Poesibao
Sur le site Poesibao, l’écrivain Jean-Claude Leroy consacre une belle note de lecture au Journal de la brousse endormie.
Je vous invite à la découvrir. Son temps de lecture n’excède pas celui d’un brossage de dent, à condition de ne pas faire les deux choses en même temps.
C’est ici : « Journal de la brousse endormie », lu par Jean-Claude Leroy

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Une chronique « miraculeuse »
Emmanuel Godo, poète et essayiste, consacre dans le journal La Croix du 20 septembre dernier, une chronique au Journal de la brousse endormie, paru chez La rumeur libre. Il est possible de la lire en entier, bien qu’elle soit réservée aux abonnés : Un grand poète.
Je vous livre néanmoins un extrait :
[…] il suffit d’ouvrir le livre pour être happé par une oreille, un regard, une traversée de la langue d’une force inouïe. Pas de pittoresque ici, pas de folklore pour « vieux albo-civilisés », aucune trace de « l’Histoire défigurante », de cette Afrique préfabriquée pour les cabinets de curiosités par « des bouches scorbutiques ».
D’entrée nous sommes plongés dans le tissu dense d’un corps, d’un esprit, d’un espace où les frontières vacillent. Nous sommes entraînés dans un monde où nos catégories de pensée ne fonctionnent plus. « La forêt tout entière a des plaies sur le dos et nous vivons en elles. » Ce « nous », par la puissance du verbe poétique, devient le nôtre, le temps d’une lecture-voyage, d’une lecture-expérience.Journal de la brousse endormie est disponible en librairie ou en commande sur le site de l’éditeur : ici.

Photo : Serge Marcel Roche
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Parution du Journal de la brousse endormie
La brousse s’éveille enfin et parait chez La rumeur libre.
Le volume (170 pages) comprend Ma vie au village (2014-2018), Journal de la brousse endormie (2006-2009), Conversation (2010), textes que vous avez pu lire ici sur ce chemin. Bois rouge (2010) et Génésie (2012-2014) paraitront chez le même éditeur.
Vous pouvez le commander chez votre libraire ou sur le site de l’éditeur.
Je profite de cette annonce pour remercier lectrices et lecteurs fidèles de Chemin tournant. Vous m’avez accompagné durant ces années de brousse, ossoko (merci en langue kako).

dessin de Michel X Côté