La ville comme scène où se joue le théâtre humain, sur le nouveau Chemin tournant :
et sur Toposonore : le chant d’une grive au matin

Serge Marcel Roche
La ville comme scène où se joue le théâtre humain, sur le nouveau Chemin tournant :
et sur Toposonore : le chant d’une grive au matin

À l’heure où les oiseaux se taisent
Le crépuscule, qu’il soit du matin ou du soir, est un moment privilégié. Un renversement s’y opère. L’égale ou presque durée des jours et des nuits, selon que l’on se trouve, dans les régions équatoriales, plus ou moins proche de la ligne, le rend peut-être plus marquant. Quelque chose change, de la sonorité. Les oiseaux grégaires retournent au dortoir, jacos ponctuant encore l’espace de quelques cris, les autres cherchent un lieu pour leur demi-sommeil, traits de passereaux rayant de pépiements l’air soudain assombri. Même les corbeaux ferment leur bec. Hélas, à cause de la pollution lumineuse, les nocturnes désertent les cités. On entend plus le chuintement des effraies, ni le hou hou des ducs, entailler l’incessant bourdonnement de la ville.
Écouter la suiteDis-moi que tu m’aimes
Un dimanche matin, dans la cour d’une concession.
Vaisselle, lessive, parlotte et chanson.
L’oiseau alarme
C’est un OENI, un oiseau encore non identifié, par moi en tout cas. Ce soir-là, allant à la boutique, la dernière de la rue 5.866, j’entends comme une alarme de voiture automobile. En réalité, l’appel d’un OENI. Enregistré à la va-vite, avec le micro du téléphone. Le bruit de la route, pourtant à cent mètres, est intense. Dans le bas (le chemin est à flanc de colline), ce curieux son de sirène. Certains oiseaux sont imitateurs. Est-ce le cas, je l’ignore ?
Colious (complètement) barrés
Les Colious barrés (Colius striatus) sont des oiseaux malicieux, tapageurs, mangeurs de fruits, qui sévissent en bande désorganisée. Ils chapardent et aiment à se tenir tête en bas, sans doute pour se moquer des humains. Avec leur longue queue, leur face noire, leur air revêche et la couleur corail de leurs pattes, ils ressemblent aux pirates des Caraïbes. Ici, font la foire dans les aréquiers.
ÉcouterAu bord de l’Akoo
L’Akoo est un ruisseau (mais « river » en cartographie). Il traverse la partie supérieure du quartier et va grossir le Foulou près du stade omnisport Paul Biya d’Olembe. Pour une raison que j’ignore, de l’endroit où il est rejoint par le Ngonglong jusqu’à la rue 5.896, il est appelé Ngwando. Près de chez moi, un bras de lui, sans autre nom que « stream », vient disparaitre dans la terre.
Écouter12 heures de jour
Le samedi 13 décembre de l’an dernier, le soleil s’est « levé » à 6 heures 11 et « couché » à 18 heures 05. Au commencement de chaque heure, j’ai enregistré quelques secondes de l’atmosphère sonore de cette journée. 11 heures et 54 minutes de jour sont ici résumées en 1 minute 20.
Écouter la suiteDans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Bord
Près de quoi l’on se trouve sans cesse, qui pour n’être pas funèbre commence par un baiser, rapprochement d’embouchures lointaines. Mais les chairs s’écartent, encerclent toute distance et t’exilent aussitôt ; le mot louvoie par vent contraire.
Poursuivre la lectureDans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer à ma manière, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village dont le nombre d’occurrences est significatif.
Ville
Où, meurtrier, l’on se cache afin d’errer tout à son aise, l’innocent filant au désert vivre dans l’immobilité. Rongeant son multicorps, on la marche, la tourne en travers, on lui rogne les côtés. Mais contre nous d’autres la pensent autrement que par les abords ; toujours quelqu’un t’y met au ban. On fuit son ventre cannibale et ses yeux trop nombreux, allant seulement de temps en temps relever le piège de sa toile, au bois, dans les boutiques, passer l’heure à faire chou blanc et suçoter sans joie des liquides amers.
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