Depuis 2008, plus de 600 articles ont parus sur Chemin tournant, hébergés en premier par Viabloga qui n’existe plus, puis Blogger et enfin ici. Mais la belle époque des blogues semble désormais quelque peu révolue. Moins de visites, moins d’engagement. La forte presse quotidienne, l’abondance des sollicitations, les mutations numériques, etc. font que nous nous « déplaçons » de moins en moins sur le Web culturel pour lire, voir ou écouter. Place aux infolettres !
Poursuivre la lectureCatégorie : Divers
-
Le Verbe, ce soir – Jean-Paul Prat
Après avoir été laissé quelques mois en jachère, Chemin tournant repart, avec un poème du compositeur Jean-Paul Prat, que je vous invite à dire, à voix haute ou basse, mais à voix.
En suite de L’image de la ville, que vous pouvez relire ici, je publierai bientôt La ville est un multicouloir, avant d’aller du Portugal à l’embouchure du Wouri, avec La nuit et le voyage, en cinq étapes d’une pérégrination urbano-maritime. De-ci de-là, se poursuivra la Topographie sonore du quartier .
C’est avec joie que je vous attends poétiquement au tournant.Le Verbe, ce soir !
I
La danse des nuages, la sarabande de l’outre-mémoire,
le Verbe me manque encore ce soir
plus que les Angélus et les Pater noster,
plus que le rire sonore de naïfs enfants
bondissant sur les vagues de la mer
à l’heure où se retire le soleil rougissant.Des traits dans le ciel bleu du crépuscule,
le secret des lignes courbes du jour qui s’endort,
le vieillard épuisé qui résiste à la mort
et le chant doux des chouettes qui hululent
quand le vert des prairies tarde à devenir noir,
encore, encore… me manque le Verbe ce soir.Les polichinelles ont fermé les écluses de la nuit,
il n’est plus temps de regimber,
il est trop tard pour s’attarder
dans le jour finissant, la lumière qui s’enfuit
oubliant le cristal, le rire des bambins
ce soir, sous les étoiles, dans le halo blafard de la lune qui point.II
De la berge à l’aurore où l’onde glissante a bu
il n’y a qu’un pas, rien qu’un pas, rien de plus ;
courir à bout de souffle entre les bords du vide,
entre l’île et le vent entre l’aube et l’espoir,
gagné par la sourde ivresse, battu par les rapides,
les cascades… encore… le Verbe me manque ce soir !Déjà les caïmans se chauffent au soleil,
silencieux, comme des troncs d’arbres morts ;
la poussière, les éclairs, les trilles des oiseaux,
les croas des corneilles, les hiiis des chevaux,
rien ne pourra jamais les tirer du sommeil…
Ce soir le Verbe me manque si fortSi forts sont les andins nés de la pourriture,
tirant tout droit sur des sols desséchés ;
bien sûr il faut attendre, bien sûr il faut lutter
et pleurer en entendant les cris de la nature.
Les bergères ont déjà rangé dans leurs couffins
leurs livres, leurs tricots, leur cœur… jusqu’au petit matin.III
S’arrêter un instant sous le chagrin des arbres morts
et ne plus guerroyer !
La lune s’est cachée sous des rideaux de brume,
frissons d’agave, parfum d’agrumes,
le monde a vacillé…
Se jouer des tourments dans la nuit qui s’endort.Clapotis, bruissements, sérénade des feuilles sous le vent
quand le passé frappe à la porte
et qu’il ne reste plus que des gémissements
que la colère emporte,
le cri des hiboux, le vert, le blanc, le noir…
et le manque du Verbe, ce soir !S’allongent les plis de lassitude
comme un drap de lin bleu froissé par le sommeil ;
les bêtes se sont tues, sonne la solitude
et le roucoulement du pigeon qui s’éveille ;
le matin a tout pris : les oiseaux, la poussière, le silence…
des pas sur le gravier… le secret de l’aube se balance !© Jean-Paul Prat
-
Au revoir Anna
Anna Jouy, poétesse suisse, s’en est allé le 5 avril, au mitan du jour, annonce le site D’Ailleurs poésie auquel elle collaborait.
Chère Anna, nous te pensons. Je te pense depuis la forêt, celle d’ici, que tu lisais, celle des mots tiens que tu nous donnais sous l’aube, avec ardeur et tendresse, ceux de notre correspondance d’un temps et d’une rencontre ensoleillée au bord du Léman, où nous nous sommes tant amusé du jeu théâtral d’un serveur italien. Bon vent, Anna, de l’autre côté des êtres et des choses, à se revoir au sein d’une belle lumière, dans la clarté d’un langage dénué de souffrance.

Anna, au bord du Léman, juillet 2016 Lecture par Anna sur une musique de Alexandre Desplat
-
Siempre, par Masal

Rien de mieux pour nous aider à traverser les peurs et les dangers du présent que le dernier album de Jean-Paul Prat – Masal, d’embarquer dans un inouï TGV pour explorer le feu, l’eau, la douceur, se laisser porter par les vagues de l’esprit et du cœur jusqu’au rivage de la joie avec une Marseillaise finale admirablement subversive. Avec les compositions de Jean-Paul Prat, ce n’est pas seulement écouter de la musique dont il s’agit, c’est résister à la tristesse, c’est s’armer contre la tentation du désespoir.
Attention au départ !
-
Chants pour Signare/Senghor
Un poème de Senghor, au tournant du chemin, pour commencer l’an 24 d’un siècle déjà grandement meurtri, vous souhaitant, lectrices et lecteurs de proches ou de lointains pays, ce qui revient ici au même, paix et lumière, autant qu’il vous sera possible d’en recevoir et d’en donner.
Musique : À l’ombre de tes ailes, Offrande du soir
courtesy of Jean-Paul Prat/Masal
-
« Conversation » en images, 4

C’est la nuit déjà
Le silenceParlons d’enfance
De son rapide envol
De la vie qui n’est que rémissionIllustration d’Olivier Dende
Conversation, Éditions Qazaq
Téléchargement gratuit
-
Il n’y a pas de ligne droite
Après six ans sur Blogger, nouveau véhicule pour Chemin tournant.
Quelques mots de Deleuze pour marquer ce changement…La limite n’est pas en dehors du langage, elle en est le dehors : elle est faite de visions et d’auditions non-langagières, mais que seul le langage rend possibles. Aussi y a-t-il une peinture et une musique propres à l’écriture, comme des effets de couleurs et de sonorités qui s’élèvent au-dessus des mots.
Ces visions, ces auditions ne sont pas une affaire privée, mais forment les figures d’une Histoire et d’une géographie sans cesse réinventées. C’est le délire qui les invente, comme processus entraînant les mots d’un bout à l’autre de l’univers. Ce sont des événements à la frontière du langage.
Toute œuvre est un voyage, un trajet, mais qui ne parcourt tel ou tel chemin extérieur qu’en vertu des chemins et trajectoires intérieurs qui la composent, qui en constituent le paysage ou le concert.
Deleuze, CRITIQUE ET CLINIQUE, Les Éditions de Minuit, Avant-propos
-
Que sera sera, souvenir(s) par Giovanni Merloni
Pour la Ronde de ce 15 mai à laquelle Dominique Autrou m’a aimablement convié, surgissent au tournant du chemin les souvenirs de Giovanni Merloni, auteur du Portrait inconscient, portrait multiple fait, selon son à-propos, à l’insu des personnages ou des choses, au-delà d’un miroir secret. Au sein du pluriel d’un thème au singulier, entre ses parenthèses et la sombre actualité, apparaît la figure de “babbo”, le père, qui dévoile que le souvenir(s) allie, dans l’esprit du lecteur transporté, le rêve et la lucidité. Merci à Giovanni.Que sera sera
Je n’aurais pas dû attendre la dernière minute.
J’allais à la rencontre de mes amis de la Ronde sans me faire de soucis. Je me disais que le 15 mai était encore loin, et m’amusais à errer parmi des souvenirs éloignés ou proches comme s’il s’agissait de rêves en lutte les uns contre les autres.
Je me demandais : « Est-ce qu’on peut épingler les souvenirs à des étagères secrètes ? » « Demeureraient-ils tranquilles à leur place, sans bouger ou filer à l’anglaise ? »« Y a-t-il un rapport entre les objets et les images évoquant par exemple une personne chérie et les souvenirs de cette même personne qui font irruption dans nos rêves diurnes et nocturnes, sans nous prévenir ? »
« Que reste-t-il de tout cela ? »
Je me demandais aussi si j’avais tout rêvé de ma vie passée ou ultra-passée, puisqu’il a toujours été très difficile de la raconter. En tout cas, je ne réussissais pas à trancher, à décider de quoi aurais-je trouvé enfin le courage de me libérer avec le talent nonchalant d’un ailier gauche, avant d’en partager la reconstruction, ô combien difficile…
« Parlerai-je d’un souvenir d’amour ou d’un souvenir de mort ? »
« Ressusciterai-je l’un de mes conjoints, ayant formé intimement ma personnalité et son parcours constellé d’intermittences ? Ou alors ferai-je revivre un ami, une amie, une personne rencontrée par hasard, dans la rue, le temps d’un instant ? Un quidam qui me donna pourtant, si le souvenir est sincère, quelques inoubliables suggestions ? »
J’étais juste en train de faire une sorte de liste mentale des rencontres que le hasard m’avait octroyées avec des inconnus clairvoyants et parfois même charismatiques, quand la nouvelle insupportable du dernier attentat de Paris a tout brisé.
Incapable de me souvenir de quoi que ce soit, je me suis figuré la mort de cet homme de vingt-neuf ans qu’on a appelé provisoirement « un passant ». J’ai essayé de reconstruire le trottoir où celui-ci poursuivait le fil de quelques engagements, s’adonnant aussi, comme la plupart des passants parisiens, à l’insouciance d’un samedi soir comme les autres, à cette petite liberté qu’augmente le plaisir de croiser des gens installés aux terrasses des bars, en train de s’échanger des sourires, des petits contacts, des promesses… J’ai vu ou cru voir la scène d’un film d’horreur tout à fait déplacé et brutal dont je n’aurais jamais voulu me souvenir.
Puis j’ai pensé à cet homme de vingt-neuf ans… C’est le même âge que j’avais quand mon deuxième enfant, Paolo, est né. Il a maintenant quarante-quatre ans et se promène, lui aussi, vertigineusement, dans les rues de Paris, comme moi-même d’ailleurs…
Je me suis alors souvenu de premières heures de Paolo et j’ai revu son nez de Pinocchio pointant derrière la vitre de la couveuse où l’on avait emprisonné le temps, heureusement bref, d’être hydraté… Quand il était un bébé, Paolo ressemblait beaucoup à sa mère, mais aussi à mon père, ce qui s’est successivement accentué jusqu’à cet âge adulte où il m’arrive de m’adresser à mon fils avec les mêmes attitudes de respect et d’attente de protection que je réservais à mon père, que j’appelais « babbo »…
« Dépêchez-vous à faire des enfants ! » disait mon babbo, en s’accompagnant d’un geste éloquent. Mais pour ma sœur, mon frère et moi, c’était encore tôt, hélas.
Il aurait été bien fier de ses sept petits-fils, venus au monde au bout de dix-huit ans après sa disparition. Et, peut-être, ce nouveau rôle de grand-père l’aurait emmené à nous laisser découvrir quelques-uns de ses secrets…
Mon père est parti, encore jeune, avant l’explosion de 1968. Il n’a rien su de la décadence de son Parti socialiste, auquel il avait consacré toutes ses aspirations et convictions honnêtes et profondément sages. Il est resté en deçà d’une série de changements imprévisibles à son temps… Je n’ose pas imaginer ce qu’il se passerait si j’avais la chance de le rencontrer maintenant… Qu’est-ce qu’il dirait en sachant par exemple que depuis 2015 deux cent quarante-six personnes ont été tuées en France lors des actes de terrorisme, que les États-Unis ne sont plus les libérateurs d’antan… pour ne pas parler de ce qui se passe en Italie, de la corruption, du chômage de plus en plus dramatique, de la perte de confiance dans la politique !Je me souviens de son chapeau gris, de ses costumes avec gilet qu’un tailleur de sa confiance lui fabriquait de façon qu’on ne s’apercevait pas de son allure un peu courbe. Et je me souviens, bien sûr, de son penchant pour Doris Day…
Je me souviens de son arrivée à Cortina d’Ampezzo, au début du mois d’août de l’été 1955, avec la Fiat Giardinetta « Roma 155394 » (eh oui, je me souviens aussi du numéro de la plaque…). Il s’agissait d’une voiture d’occasion qui ne dépassait pas les 80 km/h sans être attrapée par un inquiétant tremblement. Pourtant, notre père s’aventurait sans aucune crainte dans les pas dolomitiques, tout en emmenant les quatre autres membres de la famille ainsi que la cousine Dora ou, d’autres fois, mon oncle Dodo et ma tante Antonia… Les montées étaient pénibles pour le radiateur qui fumait, mais les descentes étaient folles, accompagnées de chansons adaptées à nos esprits créatifs.
Il s’agissait parfois de voyages interminables, avec nombreuses étapes avant d’attraper notre but. Nous sortions chaque fois de notre glorieuse boîte de sardines comme autant de clowns d’un cirque. Et c’étaient pour nous des occasions pour courir, grimper sur des rochers, se rouer sur les prés, courir auprès d’une fontaine… Et, si notre terminus provisoire était Venise, une inattendue liberté du corps et de l’esprit nous comblait, en mettant à l’épreuve nos inépuisables énergies…Assis derrière notre père, nous apprenions insensiblement à conduire, sans besoin de leçons supplémentaires, rien qu’à le regarder. Parfois, il nous demandait de poser une main sur son épaule parce qu’il souffrait de rhumatismes en conséquence d’une vie très éloignée du sport et de toute activité physique. Il marchait longuement, bien sûr, orgueilleux de son bâton de montagnard embelli par les plaques des refuges… Mais son esprit contemplatif se traduisait surtout dans un amour invétéré pour son appareil photo, la fameuse Comtesse Zeiss, dont il se servait pour fixer à jamais le portrait des personnalités qui se formaient brusquement ou sournoisement en chacun de nous…
Derrière l’inexprimable « distance bienveillante » que son rôle de père équilibré lui imposait, il nous aimait plus que toute autre chose au monde. Cela se manifestait surtout quand quelqu’un de nous se faisait mal ou tombait malade… quand ma sœur aînée attrapa la pneumonie ou mon frère cadet tomba d’un vélo… ou alors quand j’eus mon premier incident de voiture…
Un ami m’avait accompagné à l’hôpital où l’on était en train de me recoudre un angle de la bouche quand je vis mon père arriver de son pas élégant, avec sa voix chaude qui ne se perdait pas en trop de mots ni surtout d’exclamations inutiles.
Cet attachement aux siens me ramène brusquement un souvenir assez triste.
Mon père, malade dans son lit, tenait foi à l’accord qu’il avait voulu lui-même : « Si vous savez que je dois mourir, ne me le dites pas ! » Donc il avait été soigné toujours avec le sourire, comme s’il s’agissait d’une mauvaise maladie d’où il se serait affranchi, tôt ou tard… Mais ce jour-là, quand mon frère fut convoqué par erreur pour partir en avance au service militaire, il eut une réaction inoubliable.
Depuis longtemps il n’appelait personne au téléphone. Ce jour-là, il s’empara brusquement du combiné et appela le Parti socialiste. Nous fûmes étonnés en voyant la désinvolture qu’il affichait avec les différentes personnes qui lui répondirent : il n’aurait pas eu la force de résister au mal sans avoir toute la famille autour de lui. Ou, pour tout dire, il ne voulait pas mourir sans que mon frère fût là…Pendant toute sa vie, cet état d’appréhension à fleur de peau, que toute la famille lui reprochait, se manifestait presque tous les jours si ma mère n’était pas à la maison.
« La mamma ? » disait-il en rentrant. Tout de suite après on le voyait à la fenêtre, ou alors il sortait pour aller à sa rencontre.Rarement, j’ai vu mon père s’aventurer à pied dans notre quartier de proche périphérie. Il partait en voiture même si elle rentrait de l’école avec le bus. Pourtant, il réussissait toujours à l’intercepter, retrouvant ainsi son calme et sa confiance.Et, le plus souvent, il préférerait l’accompagner à ses rendez-vous et l’attendre en voiture. Puisque la vie de ma mère et de ses enfants comptait pour lui même plus que la sienne, il se soumettait de bon gré et même avec enthousiasme à ce rôle de chauffeur-accompagnateur…Mais, ne travaillait-il pas ? Comment est-il possible que sa profession d’avocat lui laissât le loisir de s’occuper des déplacements de sa famille ?
Le matin il ne sortait pas très tôt, mais il avait sans doute une série d’engagements dans les tribunaux (et notamment à la Cour des comptes) qui l’épuisaient. En tout cas, il était assis à notre table ronde à tous les déjeuners. Après cela, il se reposait quelques heures avant de retourner à son cabinet où il recevait ses clients entre 17 et 20 heures. À 21 h on dînait. Il arrivait qu’après dîner il sorte avec ma mère, pour rendre visite à leurs amis et parents préférés. Je ne me souviens pas d’avoir vu mon père travailler le soir ou la nuit…
En fait, à toutes les émergences, il avait une impressionnante capacité de concentration dont il profitait pour exploiter chaque question à la vitesse de la lumière.Tante Lellina, sa sœur aînée, eut le confort de l’assistance juridique de mon père lors de la mort de son mari et de son héritage très compliqué : « Il écoutait en silence les uns et les autres attendant qu’ils se perdent dans les milles complications des choses dites ou écrites… et finalement, avec une impressionnante lucidité, Lello tranchait, tout expliquant de façon que tout un chacun pouvait l’entendre et, son jugement suivi, tout se déroulait sans secousse… »
Apparemment, mon père n’avait d’autres encombres que la peur de mourir, cette appréhension pour les autres qui rebondissait en lui-même sous forme d’hypocondrie et besoin d’être continuellement rassuré.
Tout le monde se moquait affectueusement de lui. Mais comment pouvait-il être confiant et indifférent avec la vie qu’il avait enduré, les morts auxquelles il avait assisté, la Guerre, la disparition précoce du père ainsi que de nombreux amis et parents ?
Au-delà de cette crainte spontanée, il était sans doute un homme courageux, prêt à affronter n’importe quel péril, sans pour autant se prendre pour un héros. Au contraire, il prêchait silencieusement un comportement honnête et altruiste où le seul héroïsme admis était celui de la cohérence et de la raison.
Mon père m’a appris des choses primordiales qui m’ont sauvé la vie et dont je ne me suis aperçu qu’avec le temps.
J’ai appris à conduire la voiture rien qu’en l’observant ; j’ai profité d’une inattendue attitude d’avocat dans mon travail d’urbaniste sans qu’il m’ait dit un seul mot ou expliqué un seul article de loi ; j’ai appris à faire un pas et même deux en arrière parce qu’il ne faut pas exagérer quand nos ambitions ne trouvent pas un contexte qui l’accueille ; j’ai appris à accompagner mes proches.
J’ai hérité aussi de mon père — qui avait joué du violoncelle pendant sa jeunesse et dessinait avec un sincère dévouement —, mon penchant pour l’art. Cependant, au lieu d’écouter ses mots qui prêchaient une application rigoureuse, je me suis inspiré, plus ou moins consciemment, à l’essence de son être, qui me transmettait la spontanéité du geste dans un esprit de liberté.
Et j’ai appris enfin à aimer Doris Day, une de rares stars d’Hollywood qui ait réussi à s’imposer comme femme douée d’intelligence et de combativité. Je la préfère à Katherine Hepburn, qui a joué des rôles pareils dans un contexte plus aristocratique, parce que je trouve en Doris un côté érotique tout à fait naturel.
Puisqu’on dit que chaque humain est toujours porté à choisir des partenaires qui se ressemblent, il se peut que mon père, ayant trouvé en ma mère la beauté d’une Ava Gardner, cherchât dans la blonde Doris une compagne également énergique et rêveuse !Giovanni Merloni
La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle, sur une idée d’Hélène Verdier et Dominique Autrou. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot.Marie-Noëlle Bertrand, Éclectique et Dilettantechez Elise, Même sichez Giovanni Merloni, le portrait inconscientchez Serge Marcel Roche, chemin tournantchez Dominique Autrou, la distance au personnagechez Franck, à l’envichez Jean-Pierre Boureux, Voir et le dire, mais comment ?chez Hélène Verdier, simultanéeschez Noël Bernard, talipochez Jacques, La vie de Joseph Frischchez Marie-Christine Grimard, Promenades en ailleurschez Marie-Noëlle Bertrand
-
Poème d’amour et de Pygmésie (3)
et la mer était
tout le temps là
dans tes cheveuxen ruisseau le long
des filets verts
au creuxdes mains qui halaient
le poisson et le cœur
en nousd’un matin
goût citron
couleur de chair sanguinepuis une auto
nous emmenait
faire le marchépuiser le vent
sur la terrasse
chez Thérèsejusqu’à pas d’heure
où rentrer se laver
dormiret cueillir le sel de la nuit
Publié initialement sur le site Les Cosaques des Frontières


