Vie d’Éros Sambóko

J’ai un pied dans la lumière entrée par le volet disjoint. Pas de fenêtre, pas de vitre, mais un carré de bois et des éclats de peau. Ça sent le crépi-ciment, le corps vaguement humide, le bruit des premières autos, les draps sueux, le vent, un peu la pisse du matin, l’éveil de la ruelle. Je sors du trou de la nuit cherchant le rêve, rien. Des entrechoquements de marmites. Le crissement fibreux d’un balai. L’horrible commerce diurne dans l’impudeur des égouts. Je ne veux pas plus de jour qu’en donne le dehors contraint, pas plus que ce bris, j’attendrai couché une heure asociale pour sortir, l’œil mauvais et faussement éteint.

Vie d’Éros Sambóko #1

Tombeau

Vieux mort déjà, vieux squelette au genou brisé, dont la chair cancéreuse éclairait ton corps dans la pièce, avant, au Pavillon, où près de l’entrée un figuier lance encore ses racines autour d’une statue, mère de ce trou d’ombre, toi tu ne voyais plus la lumière du soir, seulement le plafond.

Un temps je t’ai abandonné c’est vrai, savais-je ou pas que pour trois cent cinquante francs, dans un bordel à ciel ouvert la mort t’avait mangé le sang ? Je viens avec l’huile, le pain, et ce dire : tu vas t’en aller bientôt, je regarde ta courte agonie, la disparition de l’effroi, qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Des biscuits et du chocolat.

Tombeau de Simon Z.

fréquence 18 (2-3)

Est-ce ce qui heurte les parois et ce qui les dépasse, le dedans-dehors de tout, un vent, l’unique venant d’où, (nous disons : contre le rampant, la surface, alors qu’il parle une autre langue, ou contre la viande humaine, le sexe, la dépravation, puis une suite de choses qui seraient ordinaires et vaines) toujours ailleurs que dans la lettre, les mots, les livres, la poésie, et quand on le prononce avec nos bouches on ne sait rien de ce qu’on dit. Et l’autre, presque jumelle bien que mécanique, stellaire, ce qui par son dépouillement nous illustre, le monde, la terre, et de temps en temps le tintouin de la vie : l’interrogation, nue, solitaire – contre-choc des corps-chair(s) : un éclair d’où en l’homme naquit l’extérieur-dieu, le grand monstre des peines, dans la stupéfaction que se déchire le ciel au moment le plus doux. Elle, peut-être lui, l’emplissement vers quoi tendre le cou, qui n’est pas le fugace mais le vrai temporel, son silence amoral.