Vie d’Éros Sambóko

J’ai un pied dans la lumière entrée par le volet disjoint. Pas de fenêtre, pas de vitre, mais un carré de bois et des éclats de peau. Ça sent le crépi-ciment, le corps vaguement humide, le bruit des premières autos, les draps sueux, le vent, un peu la pisse du matin, l’éveil de la ruelle. Je sors du trou de la nuit cherchant le rêve, rien. Des entrechoquements de marmites. Le crissement fibreux d’un balai. L’horrible commerce diurne dans l’impudeur des égouts. Je ne veux pas plus de jour qu’en donne le dehors contraint, pas plus que ce bris, j’attendrai couché une heure asociale pour sortir, l’œil mauvais et faussement éteint.

Vie d’Éros Sambóko #1

Tombeau

Vieux mort déjà, vieux squelette au genou brisé, dont la chair cancéreuse éclairait ton corps dans la pièce, avant, au Pavillon, où près de l’entrée un figuier lance encore ses racines autour d’une statue, mère de ce trou d’ombre, toi tu ne voyais plus la lumière du soir, seulement le plafond.

Un temps je t’ai abandonné c’est vrai, savais-je ou pas que pour trois cent cinquante francs, dans un bordel à ciel ouvert la mort t’avait mangé le sang ? Je viens avec l’huile, le pain, et ce dire : tu vas t’en aller bientôt, je regarde ta courte agonie, la disparition de l’effroi, qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Des biscuits et du chocolat.

Tombeau de Simon Z.

Paysage

Le sec s’insinue des lèvres jusqu’au pli des cuisses, des collines bordant un parc d’herbes brûlées aux deux tertres figés plus haut dans l’image. C’est une photographie à l’aperture secrète. La lumières des phares cercle sur le papier des taches de poussière, le ciel bas, la route.

Férir à petits coups ta bouche, ouvrir le puits alors qu’autour tombent les cendres. Corps lourds au lit, et tes os pèsent, nos jambes cognent la nuit qui nous enferre, la vieille nuit lunaire pâle à tirer du sang. Sommes-nous séparés mon amour par ce temps et le paysage défait, la saison, un mur noir et blanc ?

On marche avec lenteur en dix pour cent d’humide, sans voir devant soi, sans quelqu’un qui appelle, face au miroir impur. Face au cadre oppressant. À chercher l’embrasure du geste de mains sales, ce qui fleure sous les doigts.

On ne pense pas dans ce désert, on ne fait plus que tendre vers la pluie.

Paysage saison sèche

Kambélé

Pas de ciel ni de lune à travers les manguiers, mais un couvert de poussière, des bruits composant la route, l’ampoule nue d’un bar, nous qui buvons en face une mauvaise bière. On ne voit que des yeux qui ont creusé le jour.

Il y a des cris, des motocyclettes. Les entailles de la peau. Les sons-éclairs de vies dont une part est muette. Le chantier de nos corps qui ont été pesés.

Le trou dans nos têtes

Kambélé 18:47

fréquence 26

Point d’accroche, ce qu’on lit d’autre que soi, le même, ou une affiche, la colère-couleur, un désir, l’air, mes doigts ce coin de miel qui s’épice, l’histoire des griffures. Va ma langue, lèche, ce qui leur fait horreur. Un pont sans arches court sur le nerveux, aux jonctions, l’écorce dérobe les corps ce qui voilé conteste toute exploration, l’accès à l’o intime, le cloîtré. Lettre mâle, à fleur de pieds, lâchant des sources retenues, adverses, masques et leurs prolongements de rues, dans (qui est extériorité), tout en agitements, flux entre les autos, le jeu subi voulu des apparences. Sang peut-être et moires, la bête sur qui fond le milan, le courbé invisible du croisement des lignes, d’elles et leur insensé distordu en des sillons-lumière. Un autre cheval, noir, sans pattes de devant, la vision à l’arrière, une croupe rebondie avec queue mi-chignon mi-faisceau qui s’achève en bouquet hennit le rire des âges. Nous trompés sous le flot.