Vie d’Éros Sambóko

J’ai un pied dans la lumière entrée par le volet disjoint. Pas de fenêtre, pas de vitre, mais un carré de bois et des éclats de peau. Ça sent le crépi-ciment, le corps vaguement humide, le bruit des premières autos, les draps sueux, le vent, un peu la pisse du matin, l’éveil de la ruelle. Je sors du trou de la nuit cherchant le rêve, rien. Des entrechoquements de marmites. Le crissement fibreux d’un balai. L’horrible commerce diurne dans l’impudeur des égouts. Je ne veux pas plus de jour qu’en donne le dehors contraint, pas plus que ce bris, j’attendrai couché une heure asociale pour sortir, l’œil mauvais et faussement éteint.

Vie d’Éros Sambóko #1

Paysage

Le sec s’insinue des lèvres jusqu’au pli des cuisses, des collines bordant un parc d’herbes brûlées aux deux tertres figés plus haut dans l’image. C’est une photographie à l’aperture secrète. La lumières des phares cercle sur le papier des taches de poussière, le ciel bas, la route.

Férir à petits coups ta bouche, ouvrir le puits alors qu’autour tombent les cendres. Corps lourds au lit, et tes os pèsent, nos jambes cognent la nuit qui nous enferre, la vieille nuit lunaire pâle à tirer du sang. Sommes-nous séparés mon amour par ce temps et le paysage défait, la saison, un mur noir et blanc ?

On marche avec lenteur en dix pour cent d’humide, sans voir devant soi, sans quelqu’un qui appelle, face au miroir impur. Face au cadre oppressant. À chercher l’embrasure du geste de mains sales, ce qui fleure sous les doigts.

On ne pense pas dans ce désert, on ne fait plus que tendre vers la pluie.

Paysage saison sèche

Ngola la nuit

Ngola s’aborde aussi la nuit, avec des corps d’ombres, ses lumières presque passées, défaites et le fil de son œil qui tourne à l’angle d’un désespoir. On voit des mains gémir contre le mur des cours et des vies de non vivre marcher là pour s’offrir au risque de la peau — la vitesse de l’auto fractionne les désirs. On voit des faces dont les yeux n’accordent le regard qu’à la honte d’autrui et sa fierté secrète, aux plissures cachées de l’iris dans l’orbe du hasard. Veillent des mannequins sans bras, blancs d’un silence trop plastique. Leurs songes froids de choses meurent au fond des boutiques, derrière sur un peu d’eau flottent les rognures du jour, tous les cheveux coupés, des rajouts qui n’ont plus de tête. Là où plus loin les néons clignotent, ayant rabattu sa capuche, quelqu’un rentre le cœur éteint.

Ngola la nuit (son corps caché)

Voyage au Lexique [fréquence 56]

[….] de moi, d’elle et d’il, fondant l’écrit, sa toile tramée de grillons, de silence et selon, des ailes d’une effraie magnifique, d’un duc à face pâle, petit, ou de ŋgbàndjà saisonnières. Il faudrait mettre le mot à l’envers pour voir ce qui se produit, ce qui advient de soi retourné en lui, le composer en lettres déclinées du vert, sombre d’abord puis jasmin. C’est le bruit pur, l’écoute, qui s’unissent, l’oreille qui se fait l΄une lui, et ce qu’on nomme brousse quitte pour aller où ? que trouve-t-on derrière ? — quel absent — une strie dans la masse d’obscur dont l’audio se détache, mute en monophonie, exactement devant l’étirement brumeux, l’estompe du géométral des buildings sans lampes ni fenêtres, sans disques autour des yeux, alors tendre à toucher la voix prononçant toutes ces choses qu’on ne connaît pas. Donc l’ignorance, mais de quoi, du haut du bas quand ils s’enlacent ? — celle plutôt du vide en qui naître le vent. Elle, son-souffle et nous sans savoir où l’on va, y compris dans l’écrire, le faire, seulement accréditer sa discordance en soi, l’absurde possible offert de la page au fond noir réglisse sur qui s’épreint, en qui s’emprime le corps des lettres, cours du dit, dans le multiple espacement des jours, avec vibrations nues du [ɥi] > hui, ruy, lui(t) < ondes nocturnambules, nyctaloptères.