Dis-moi que tu m’aimes
Un dimanche matin, dans la cour d’une concession.
Vaisselle, lessive, parlotte et chanson.
Serge Marcel Roche
Dis-moi que tu m’aimes
Un dimanche matin, dans la cour d’une concession.
Vaisselle, lessive, parlotte et chanson.
L’oiseau alarme
C’est un OENI, un oiseau encore non identifié, par moi en tout cas. Ce soir-là, allant à la boutique, la dernière de la rue 5.866, j’entends comme une alarme de voiture automobile. En réalité, l’appel d’un OENI. Enregistré à la va-vite, avec le micro du téléphone. Le bruit de la route, pourtant à cent mètres, est intense. Dans le bas (le chemin est à flanc de colline), ce curieux son de sirène. Certains oiseaux sont imitateurs. Est-ce le cas, je l’ignore ?
Colious (complètement) barrés
Les Colious barrés (Colius striatus) sont des oiseaux malicieux, tapageurs, mangeurs de fruits, qui sévissent en bande désorganisée. Ils chapardent et aiment à se tenir tête en bas, sans doute pour se moquer des humains. Avec leur longue queue, leur face noire, leur air revêche et la couleur corail de leurs pattes, ils ressemblent aux pirates des Caraïbes. Ici, font la foire dans les aréquiers.
ÉcouterAu bord de l’Akoo
L’Akoo est un ruisseau (mais « river » en cartographie). Il traverse la partie supérieure du quartier et va grossir le Foulou près du stade omnisport Paul Biya d’Olembe. Pour une raison que j’ignore, de l’endroit où il est rejoint par le Ngonglong jusqu’à la rue 5.896, il est appelé Ngwando. Près de chez moi, un bras de lui, sans autre nom que « stream », vient disparaitre dans la terre.
Écouter12 heures de jour
Le samedi 13 décembre de l’an dernier, le soleil s’est « levé » à 6 heures 11 et « couché » à 18 heures 05. Au commencement de chaque heure, j’ai enregistré quelques secondes de l’atmosphère sonore de cette journée. 11 heures et 54 minutes de jour sont ici résumées en 1 minute 20.
Écouter la suiteSpécial Coucal
Le Coucal du Sénégal (Centropus senegalensis), ventre blanc, manteau roux et longue queue noire, est un oiseau plutôt balourd, essentiellement terrestre, sympathique. L’ayant vu quelquefois dans les environs, je ne pense pas me tromper en lui attribuant la voix que vous entendrez. Je repense à ce texte, peut-être un peu trop sombre, écrit en 2012, au lieu-dit Le pied du boa :
Le vent, les oiseaux, chacun va selon sa ligne, chacun trouve dans le ciel son horizon, mais en bas les hommes ont sous les yeux les cicatrices de la terre, les traces de leurs pas, le sombre éclat des frondaisons, quand la forêt baisse la tête, que chante le coucal triste. Pend un bout d’étoffe grise, traversé d’appels et de plaintes pour indiquer la direction, éluder la mort qui s’approche dans le regard froid de la nuit.
Carnet de brousse
Coasseries, grillonages et tambourination
Le 08/10/2024, j’avais publié un tambour dans la nuit, d’assez médiocre qualité. L’enregistrement qui suit (à écouter avec un casque, si possible) rend de meilleure manière l’ambiance particulière de certaines heures nocturnes. Grillons, grenouilles, chant et tambour, quelques éclats de voix que l’on peut entendre avec un peu d’attention. Un climat qui me fait souvenir de celui (fortement dramatisé) décrit par Graham Greene dans son roman Le fond du problème, dont l’intrigue se déroule à Freetown. Les « descriptions africaines » de Greene sont parmi les meilleures (peu nombreuses d’ailleurs) que j’ai pu lire. Seul, à mon sens, Conrad a donné la plus forte image de ce climat, dans Le cœur des ténèbres, justement parce qu’il ne tente pas de décrire ce qui ne peut l’être. Ici, le fond et le cœur sont heureusement beaucoup plus détendus et joyeux.
Le fond du problème, Graham Greene, Robert Laffont
Le cœur des ténèbres, Joseph Conrad, Gallimard
La chambre de Marcel
Barthes, dans un cours au Collège de France intitulé « Comment vivre ensemble », disait que lorsqu’elle se détache de la conjugalité, la chambre, lieu du secret, du trésor (le sexe), isolé dans un lieu total (la maison), devient cellule, lieu ambivalent, à la fois celui d’un combat et celui du refuge de « l’intériorité pacifiante », citant Pascal pour qui le malheur est d’en sortir pour aller se divertir. Selon lui, la chambre est aussi sa propre structure, un réseau très souple des lieux fonctionnels qui se répartissent en elle comme autant de points précis : le lit, la table de travail, les rangements, le lit pouvant être une structure à soi seul, comme celui de la tante Léonie dans la Recherche du temps perdu. Ma chambre n’est pas celle de Léonie, ni celle de Proust, de Jacob ou de Giovanni, mais simplement la chambre de Marcel, dans laquelle j’écris. À ce titre, lieu d’écriture, je la considère comme faisant partie du quartier et vous livre un peu de sa sonorité.
La Chambre de Jacob, Virginia Woolf, Éditions Stock
La Chambre de Giovanni, James Baldwin, Payot et Rivages
Après la parution en 2023 du Journal de la brousse endormie, sortira en juin prochain, toujours chez La rumeur libre, Tout commence par les marimbas de la nuit, un triptyque poétique composé de Bois rouge, écrit en 2010, Génésie et Lignages, écrits entre 2012 et 2014.
Bois rouge est une ode rythmique au ciel, aux arbres, aux rivières, aux oiseaux de l’Est-Cameroun où j’ai longtemps vécu, une improvisation du chant pour instruments de la forêt. Génésie et Lignages déclinent le fleuve, la ville natale, la campagne aimée et l’influence des « choses » sur l’enfance de l’écriteur. Textes à lire à haute voix, si l’on peut, afin qu’en ressortent toutes les nuances sonores.
Selon le mythe de la création porté par les Bakas, peuple premier de la grande forêt, les humains furent d’abord cigognes, puis ils tombèrent sur la terre. Alors, chante Bois rouge, ils inventèrent la musique à l’écoute, à l’écoute des pluies, à l’écoute des gouttes, […] quand des bras leur naquirent à l’aisselle, forme de mains, de longs doigts pour battre l’air, qu’ils n’eurent plus bec mais bouche pour dire : la forêt c’est de la musique.
Musique forte aussi de Génésie et de Lignages, celle de l’enfance et de tout ce qui forme la trame d’une vie humaine, bien loin des clichés biographiques.
Les heures passaient sans mot dans l’ombre du visage, à son tour le jour s’en allait […] Et toujours un silence de vitre, de fenêtre, de route sans passage, sauf qu’une voiture parfois plus tard venait de loin rouler entre les draps et faire un autre monde de la blancheur des phares aux fentes des volets. Plus tard aussi une mare d’eau noire resserrée sous les saules, l’allant droit du chemin dans beaucoup de lumière et le corps du serpent à franchir au travers, soi ne sachant encore si passer par-dessus, si détourner ses pas, cette ombre rouge là au milieu de la terre, l’ile au milieu de l’eau, ce que l’on ne dit pas.