Le multicouloir de la ville est à triple niveau, défiant cependant toute horizontalité du plan. De plus, chacun de ses degrés s’étage à sa manière, se répète en se modifiant, selon la variabilité de sa marge d’espace et de temps. Le second degré diffère en hauteur, de vue et de sonorité, des autres qui paraissent presque infiniment grands. Entre eux, l’intervalle est joué par les cadences des locomotions animales et de la marche humaine, la rumeur tumultueuse et le froissement des ailes. Les gens qui vont à ras de chaussée ignorent l’impact sur leurs corps d’une activité souterraine. L’étagement premier, nommé communément sous-sol, se présente comme multiplement subdivisé en époques, dont les plus lointaines échappent à la non-magmatique conscience ordinaire. La dernière, vulgairement nommée croute, à qui les gens qui vont sont reliés par la plante des pieds, transpercée par le multicouloir économique, est une peau scarifiée et le reposoir des poubelles.
Étiquette : Plan
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La ville est un multicouloir 2
Le vol en cercles des milans au-dessus de la ville a pour centre une proie que son œil isole. Le dessus de la ville est un couloir d’air qui monte et qui descend, où des cercles moins grands s’insèrent, tels ceux chaotiques des corbeaux blancs. L’humain est aussi proie dans le couloir central économique. L’image du cœur soi-disant de la ville est un abdomen d’araignée, tissant le fil diffus d’une errance non seulement permise, mais planifiée. Le plan de la ville révèle un multicouloir étoilé où tournent les taxis jaunes, comme au-dessus se resserre l’œil des milans noirs. La ville cartographiée montre donc un multicentre immobile, paisible si l’on exclut des maisons les drames de la conjugalité, de qui part son multicouloir et à qui il revient, image sur qui se calque un ventre à l’affut, ensemble producteur et dévoreur de biens.
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L’image de la ville 5
L’image n’entre pas dans l’écrit par une fenêtre, on l’y dépose, mais elle fait de l’écrit une fenêtre, qui s’ouvre sur elle et son inconnu. Grâce à l’image déposée, l’écrit à son tour devenu fenêtre sur l’image conduit cette dernière, qui est une photo copiée, à des récepteurs organiques qui la traitent et la transforment au gré de leurs capacités. Ils peuvent tout aussi bien changer imperceptiblement la couleur du rideau, modifier le plan du trou de la ville, réduire ou intensifier sa lumière, jouer de sa ressemblance à l’inconnu. L’employée du jour ou le veilleur de nuit regardent par la fenêtre de l’écrit et font une lecture de l’image contenue. C’est la troisième transformation de l’image, la seconde étant sous leurs yeux.

© Josef Albers Hommage to the square : Amalgamating 1971
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