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86 de Ma vie au village et 10 du glossaire incertain
Ne suis-je plus qu’une ombre sur la véranda à qui l’on porte un peu de pitance, du gésier de poulet, une silhouette qui s’efface, ou comme une forme humaine en peinture chinoise assise au bord de l’eau. J’incruste encore le papier, une main me grattera la face au couteau.Sommeilleux dans l’immobile à guetter l’occasion, le voyage, et demeurant souvent sans rien attendre, je pars du récepteur organique, de sa fixité mouvante. L’œil reçoit ce qu’il regarde, puis la vision se forme à l’intérieur de lui. Que dit le devant moi, à portée, je l’ignore. Peut-être est-il en nous un autre que le langage humain, un secret parler comme celui des choses, des plantes et des bêtes, communiquant avec l’immensité ou le plus petit rien, la luciole d’hier au coin de la fenêtre, la blancheur minuscule d’une fleur de gramine. Lâcher les mots pour cet idiome, sa fluidité. L’image de la vision, alors en l’œil, est une voix. Je l’écoute qui ne parle pas, je la regarde aussi, je m’étonne.
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Ma vie au village – 85
Des cafards crevés, fruits (secs) de l’absence (de moi). déverbage de pluie. le carrelage de l’ennui frotté au savon noir. Puis l’interrogation que t’auras tout manqué peut-être. les amours infernales. de n’avoir pas assez marché. pas vu sur l’eau des vitres les reflets qu’ensuite longtemps tu peux pister avec un sentiment intérieur à la peau. que cette brutalité te sortait du mensonge, de le destin commun d’une couenne universelle. mais les autres aussi. non. adeptes du rut contractuel et de l’infidélité, du sexe réglé par un serment. Jurons contre la nuit, l’allergie de, la lune, les chiens. la prose statique.Matin de chasse au rat ou d’un porc évadé, tu penses à ses yeux qui deviennent humains.
La ville là-bas est faite de la glose des pas, d’un urbanisme de l’intime, des multiples socialités, l’au jour le jour des traces dans la rigole et la chair des marchants, une autre mémoire. Où tu mets le pied, la main, la place encore du feu. Hors la ligne. Dedans, c’est pour la nuit et la multiple ombre diurne. Cependant il faut penser le tout-à-l’égout. Au pourtour du centre (où les Pouvoirs) ce n’est pas de fabrique et non plus comme on dit que ça s’agglutine mais on s’arrête sur la position de l’instant, au surplomb du temps, aussi prenant la part que nous laisse l’invisible puissance qui a remplacé le vieux dieu.
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Poème d’amour et de Pygmésie (3)
et la mer était
tout le temps là
dans tes cheveuxen ruisseau le long
des filets verts
au creuxdes mains qui halaient
le poisson et le cœur
en nousd’un matin
goût citron
couleur de chair sanguinepuis une auto
nous emmenait
faire le marchépuiser le vent
sur la terrasse
chez Thérèsejusqu’à pas d’heure
où rentrer se laver
dormiret cueillir le sel de la nuit
Publié initialement sur le site Les Cosaques des Frontières
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Poème d’amour et de Pygmésie (2)
nous avons fui les chutes
où se noient des touristes
pour une piste verte
malgré la saison
tu trouvais ça joli
passé le port marchand
et les alignements
d’un village idéalla mer par moment
peut-être étions loin d’elle
la voici là pourtant
après le vieux pressoir
toujours aller devant
puis s’arrêter enfin et
qu’importe où nous sommesplus clair que ta peau
le sable ventre d’oiseau
sous les arbres qui penchent
aucun bruit de ciel
ni d’eau à l’écart
dans le secretl’horizon nous sépare
une chose inhumaine
un rien moins que l’écume
ou la forêt derrière
comme un tombeauallons nous asseoir
sur la branche
près des éléphants
qui sommeillenteux se souviendront
de nous du rêve
d’être ainsicouchés dans le silence
à l’ombred’un chapeau
texte initialement publié sur Les Cosaques des Frontières
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Poème d’amour et de Pygmésie
revisser la formule
des pièces emportées
par les cargos de nuit
qu’aux dos d’elles l’on note
des provenances imaginaires
villes penchées sur l’eau
ou
pays des caresses
et de la fantaisieen quittant les rochers
ceints de cordages bleus
de grises effiloches
passant le bois flotté
remonter le chemin
devant notre maison
celle qu’avons rêvée
quand il fallait partirne sommes pas allé
jusqu’à Rio Campo
mais ce n’était pas loininitialement publié sur Les Cosaques des Frontières
lu par Éric Schulthess CarnetdeMarseille
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Saison de verre 9
Hier il a campé une troupe de hérons
Sur les premières branches.
Semblable à de la neige.
Non loin d’ici, devant,
Comme les sapins des pays blancs
Les chestnut dioon étaient couverts
De filandre soyeuse, d’un tissage savant
D’étoffe et de roséeIl y avait cette présence, ce quelqu’un,
Mais où ?
Dans les toiles d’araignes
Qui semblaient des voiliers sur la mer des arbres
Dans les senteurs de cire et de frangipanier ?
Cette odeur du matin
De gens debout devant les portesBrouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie
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Saison de verre 8
La ville tourne
Marche
Ronde de nuit
Des bars des taxis
Et du brouillard orange
De la lumière étrange
Des phares
Des braseros
Du froid de l’eau
Au bord du marécage
Danse de la poussière
Où tout se mélange
Les cris le tapage
Des grenouilles
Et la triste rumeur des hommesBrouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie
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Saison de verre 7
Le ciel est jaune derrière la scierie
Comme un pan de mur sale dans une rue déserte
La lune de son côté tire à elle tout le sang
Prépare une nuit mauvaise aux pauvres gens
Un sommeil rouillé
Des rêves en fer-blanc
— En bas sous les néons rose ou vert
On passe au nouvel an
Quand au-dessus des arbres
Une étoile se pose
Et s’attarde un instant•Il regarde un rectangle de lune grise
Dans la chambre obscure
Son reflet sur la serrure
Il écoute les gens qui vont en bruissant
Avec leur bon ou mauvais sang
Du lit à la porte bleue
Et ce qui le sépare d’eux
Le marmonnement de la sente
Le mouvement doux des plantes
Et le vol des oiseaux de nuit
Le silence de toutes ces choses
Sous leurs pasBrouillons retrouvés
supplément au Journal de la brousse endormie
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Saison de verre 6
Il ne dort pas
Il pense à la ville blanche
À ses terrasses ses tristes toits
Où son regard se vidait de l’ennui
D’être ailleurs qu’auprès des grands arbres
À la morose médina
À la mer qu’il ne voyait pas
Aux rues endimanchées
Il pense qu’il aurait pu vivre aussi là-bas
La même saison de cendre
Mais le sommeil ne vient pas•Sans fin à flanc de ville
Brûle une géhenne d’écorces et de lambeaux
Les hommes la nuit dépècent le bois
Au loin de grands bateaux qu’on ne verra jamais
Portent en des pays froids
Les membres morts de la forêtBrouillons retrouvés
supplément au Journal de brousse endormie





