Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Ma vie au village – 16

    L’esprit (mauvais) du village est aussi une vieillarde jalouse tapie à croupetons, occupée à chiquer toute la durée du jour, ça la dépasse que tu connaisses un rien de bonheur, elle l’aspire, le suce, le gicle en jet malodorant, l’urine au soir sous elle, ton jour qu’elle a bouffé ta lumière s’écoulent en filet sale vers la plaie, rejoignent le sang qui passe, des forêts, les dilutions de blue, ne se lave jamais, sent le bucle d’écorce, dit que si tu l’écoutes pour un peu quelque chose te dérange, qu’il faut apporter un poulet ou des œufs de caméléon.
    Je me cache en regardant, je fuis, où la cicatrice descend vers des bambous géants, à l’avant sur le pont, à l’autre extrémité de moi, en bas la source, les feuilles au friselis d’Asie, les chaumes qu’on ne traverse, l’humide règne de fées échevelées, et des camions qui s’échouent quand trop lancés leurs lames cassent, un mort toujours assis, mais pas de trop de personnes n’y vont dans ce bas-là, c’est que j’habite au bout comme les fous et les sorcières et que je vois et que j’écris à réserver la part de soi qu’il ne faut perdre, celle qui nous ente sur une pensée, la joie, ce qui serait la joie, de nous non l’utile mais le secret, je reste en elle la forêt malgré l’esprit le mauvais, qu’on puisse dire ceci cela et quoi quoi quoi, bien que je passe (à l’envers de tout).

    Un après-texte de Lamber Savigneux sur Les vents de l’inspire

    9 Mai 2015

  • femme réfugiée
    regard
    réfugié

    6 Mai 2015

  • Ma vie au village – 15

    [L’esprit du village, plus coriace que le djengui, se moque de mes brouillons et ricane dans les marges, ce nombreux dépassant la somme de nos dégoûts me dit tu ne fais rien toi l’antique coupable, l’inutile idiot des chemins] et quand sont les matins d’après la pluie debout dans son pantalon sale et les vapeurs de whisky, l’œil aussi émoussé qu’un couteau à trancher la gorge des porcs, il me regarde peiner : je ressens tellement cette ancienne fatigue héritée de l’errance quand nous sommes sortis de l’aqueuse nuit, il n’y avait pas de route, comment se put-il, mais un trait si fin qu’on se penchait, puis nous fîmes de part et d’autre des nids et quand on cesse de marcher on commence à se faire la guerre avec la parole puis avec les mains, avec la terre, on trouve alors quelqu’un à jeter dans l’oubli, un qui malgré revient sous une forme étrangère, il me contourne, je le conjure à coups de copies brandies à sa face, lui jette en sort tous mes fac-similés jusqu’au dernier poème, jusqu’au premier, le double, la gémellité, je dis : prends ça dans tes vieilles dents jaunies, mâche en ouvrant la bouche, savoure le goût du papier, en ton ventre c’est amer, je ne fais (rien) que passer.

    Djengui : esprit de la forêt chez les pygmées Bakas.
    2 Mai 2015

  • Regard d'enfant dans la forêt
    regard


    30 avril 2015

  • Ma vie au village – 14

    Suis en ses limbes, le miroir de nous, regimbant contre tout, l’amour, la vieillesse, quand suffirait de dire je te rencontre dans la joie car tu es au-dessus des eaux qui me ravinent, me ruissellent, m’emportent avec la boue. Quarante de tes pluies creusent et délavent la raison, érodent la mémoire, ça glisse le long des jambes jusque par terre sur le ciment, de sous la porte ça suit les creusements, cavale en remous vers la plaie le grand cours sombre en contrebas de nous, s’engouffre dans les vortex : c’est comme le livre qu’on a la vanité d’écrire, de composer depuis qu’il y a des villes, depuis l’originel égorgement, ça ressemble tellement à la page sur quoi l’on gribouille des flots de mots qui vont vers rien ou la rivière des enfers, un dévalement de soi contre lequel on ne peut pas et qui nous tue ; l’on voudrait être immobile, rester là entre tes racines qui ont vu le premier jour, poser la pointe du couteau, verser ce qu’il reste d’encre dans un trou de cobra, ne plus parler seulement rire. Il pleut si longtemps que les hirondelles se noient, que je rêve du ventre gonflé d’un vieux cadavre d’âne sur la piste. 
    25 avril 2015

  • Ma vie au village – 13

    Aussi me suis-je plongé dans les grillonnements, les grillonnages, tous bruits d’insectes raturant la nuit, l’oreille aux effraies qui nichent sous mon toit, pesantes sur les plaques quand elles expulsent des squelettes, leurs ongles contre le bois, et je fais l’inventaire des os de souris, ce qui restera des textes de moi arrachés à la fausse lumière du clavier. A côté, sur une page d’écorce, je note la question pourquoi sommes-nous si malheureux tandis que floque du plafond la salive du ciel, gouttes de vieille poussière mêlée aux sucs des fougères, au pissat des cafards, figures pour chiromancienne, et plutôt que répondre je ne sais pas, j’écris évidemment           on lirait ce livre comme              une sorte de           ou la poésie m’exaspère. Je cherche qui ou quoi dans sa voûte cavité d’elle à demeurer longtemps les yeux levés juste au-dessus devant entre l’angle et la fenêtre quand personne ne passe comme si l’intérieur de moi n’était pas à sa place, un point plotinien de l’espace, un lieu que je reconnais, et pourtant je pense des phrases vaines mais chantantes : j’ai des soubresauts quand tu m’assassines. Dans le verbe est la résolution de tout, peut-être suis-je là parce que tu parles étant depuis le commencement, ayant vu l’acte de dire du principe, perçu son souffle dans tes branches et que tu parles, parles, tu parles te taisant, tu parles et ça s’étire à travers les âges, un mot jamais entendu vraiment, un mot faisant ce qu’est l’homme hors cette violence du sang. A la table j’écoute ce qui borbore en toi et sur ce chemin, que de roues dirait quelqu’un, roues qui se précipitent vers l’à suivre incertain.
    18 avril 2015

  •  ma vie au village, prolongements #1 d’Olivier Dende

    15 avril 2015

  • Ma vie au village – 12

    Il pleut déjà qui me vole la saison toute occupée de protocoles, de badigeonnages à la chaux : cous serrés nous inaugurions les faïences du laboratoire, petits carreaux ternes qu’avaient fait briller un à un crachant dessus frottant de leurs boubous sales les quelques tuberculeux qui n’étaient pas morts dans l’année, quelle année, dites, quand n’est de temps pour personne seulement la toux pour certains, la peau qui se détache, l’aubier d’elle passant ensanglanté ? et nous debout dans la tremblote et nos ventres gonflés, chantant Chère Patrie, agitant le balai, mangeant du pain chargé à la sardine. Elle se retire quand nous en sommes là, derrière les lignes de la plaie, n’entend plus ses oiseaux, épie sur nos visages ce que ça fait d’être maudit et de se divertir quand même. Les palmes d’aleis ont ternies sous le vent, se penchent vers la piste, on traîne encore chacun le long de son ivresse entre briques et sachets d’eau de feu, rasant les tumulus, s’en retournent là-bas les voitures à sirène, cortège d’autre-monde, ne pensant moi qu’à mes heures de nuit : Je m’étais promis le Journal, toutes les feuilles m’ont fuit, pas à moudre un grain de poussière − retour à zéro du compteur de l’exil − sachant toujours que sont deux univers, un combat prodigieux dans quoi je ne suis rien au sens le plus terrestre, étant des gens qu’oublie l’en-haut et dont c’est le crucifiement d’avoir à se hisser. Quand je reviens à moi je ne veux pas qu’on me regarde; il pleut déjà, j’avais pourtant besoin d’un souffle chaud, pas de la brûlance pour grande âme : d’une autre respiration dans la mienne. 
    11 avril 2015

  • Ma vie au village – 11

    Ne fut-ce qu’un rêve de sécheresse, de pépie ? déjà le surgissement des pluies, pas le temps de se déssiquer, d’étendre sa misère qu’on se foudroie de part en part; la nuit violace les morts. Je voulais rester dans la chambre, tenir à bout d’ennui et dire que tout ça c’est un genre la vie au village où je n’ai de chroniques que la dysenterie, les notations de rien, les carnets pas finis, des rêves qui ne valent la peine de dormir, le navire  ne partant jamais, taguer des mots comme merde à la forêt sur tous les futs dressés dans mon esprit : je suis l’idiot dans elle, le seul à me pencher pour écouter entre ses cuisses, j’aurai besoin de siècles ou en position d’ermite d’aller fondre sur le rocher et je n’écrirai pas, j’attendrai la parole du vent qui ne vient qu’une fois, mais je me borne aux listes : tirer extrêmement toute la porte vers soi, barrer le passage aux rats, être toujours sans lumière, faire tout par trois parce qu’on disait que c’est plus harmonieux comme en littérature ne pas dire il y a : 1 lit 2 draps, une moustiquaire très laide et en couleur, des sans-confiance usées par la poussière, du sale, toutes sortes d’araignées.
    Il faudrait ravauder le grillage derrière les nacots, contre un mamba noir ou vert. 
    5 avril 2015

  •  bord de piste

    on ne sait où l’on va

    31 mars 2015

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ISSN 2610-7449
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