Football
Au quartier, il y a le « football de rue » et le « football de stade ». Ce dernier est organisé. Les « vieux » disposent d’une buvette, baraque en surplomb, d’où ils commentent parfois le jeu, entre deux rasades, dans un nuage de poussière.
Serge Marcel Roche
Football
Au quartier, il y a le « football de rue » et le « football de stade ». Ce dernier est organisé. Les « vieux » disposent d’une buvette, baraque en surplomb, d’où ils commentent parfois le jeu, entre deux rasades, dans un nuage de poussière.
Mariage
Non loin, deux cents mètres à vol d’oiseau, mais à vol d’oreille quasiment dans la chambre, une fête de mariage. Toute la nuit, qui commence tôt, flot ininterrompu de musique, vagues d’exclamations, houle de cris. Je me trouve chanceux d’avoir eu trois heures de sommeil. L’intérêt de ce document vient de ce que deux « plans » sonores suivent en parallèle la ligne principale de l’enregistrement : devant, le cliquetis de l’aiguille des secondes du réveil posé sur mon bureau, derrière, le souffle intermittent du nettoyage de l’abattoir qui poursuit son œuvre de mort. Ainsi accompagne l’évènement, que l’on suppose heureux, l’écoulement du temps humain vers sa perspective finale, que j’espère autrement plus paisible que son symbole. Vive les mariés !
Le train de 20 heures
Parmi les trains qui passent et cornent, à première ouïe de la même manière, il y a celui de 20 heures. Le train de 20 heures est différent. Il part vers le Nord, contrée mystérieuse. Le train de 20 heures m’obsède un peu. Je le guette. Qu’importe que ce soit en réalité le train de 19 heures 50… c’est à 20 heures (un peu plus d’ailleurs) qu’il me fait signe, me parle…
Encore quarante jours
Suite aux métiers ambulants, avec cette nouveauté pour le quartier du passage d’une prédicatrice montée sur une sono portative. Thème de l’exhortation sabbatique (il se peut qu’elle soit Adventiste du Septième Jour) adressée aux pécheurs que nous sommes : Encore quarante jours et Ninive sera détruite (livre de Jonas, 3.4). C’est faire beaucoup d’honneur, me semble-t-il, à notre modeste ilot résidentiel. Discours incompréhensible, du fait de l’élocution de notre prophétesse et de la position éloignée de l’enregistreur. Néanmoins, à la quarantième seconde (faisant écho au quarante jours ?), vous entendrez que Dieu ne veut pas ! S’il s’agit de ne pas nous détruire, nous sommes rassurés.
Chant du petit cossyphe
Présence inattendue d’un petit cossyphe à tête blanche (Cossypha niveicapilla) sur l’arête d’un toit. Il s’envole presque aussitôt, mais son chant demeure, hélas un peu lointain. C’est un poète, féru de glossolalie et d’imitation, dont la voix ressemble à celle de la grive kurrichane. Il est peu courant de l’apercevoir et de l’entendre en milieu urbain, aussi profitez de cette vision sonore, au cœur des bruits nombreux de l’activité humaine.
Pochettes et glaces
Poursuivons notre exploration sonore avec une suite aux métiers ambulants. Après la vendeuse de fruits, le cordonnier, le couturier, à écouter ou réécouter ici et le ferrailleur là, voici le vendeur de vitres et d’étuis pour smartphone, muni d’une sono portative qui lui cause parfois quelques soucis. Voici ça.
Maître corbeau pie sur un palmier perché
Ici les corbeaux sont aussi pie, de plumage noir et blanc, Corvus albus étant leur nom latin. Anthropophile envahissant, le corbeau pie dispute avec certains personnages humains la tête du classement de « grande gueule dans le paysage sonore ». Nous l’aimons bien quand même.
Tambour dans la nuit
L’enregistrement est médiocre, mais rend compte d’une certaine ambiance nocturne. Tambour, voix humaines, grillons.
Ce que j’entends de la fenêtre
Après plusieurs mois d’absence sur ce chemin-ci, retour à la topographie sonore du quartier. Le premier enregistrement, peu avant un départ précipité pour l’Europe, laisse entendre les notes flutées de bulbuls communs et le cri rieur d’un martin-chasseur du Sénégal, le second, peu après être rentré, le climat calme mais toujours rythmé d’oiseaux et de bois cogné. Ce que la fenêtre me donne à écouter.
À verse
Où qu’elle se déverse par le monde, la pluie sonne familière. Un détail pourtant change toujours sa musique. Ici, la petite note d’un insecte inconnu, solitaire. Tendre l’oreille à l’écoute des trente premières secondes pour savourer sa présence.

Métiers ambulants : Gâté gâté
L’enregistrement donne à entendre un ramasseur de ferraille, qui parcourt les quartiers pour collecter les objets métalliques jetés à la rue ou « gâtés » que les gens peuvent lui remettre. En fin de journée, un acheteur disposant d’un entrepôt et qui revendra la ferraille à une société de recyclage, paiera sa récolte au poids, entre 200 et 300 francs CFA le kilo de cuivre ou d’aluminium, 100 francs le kilo d’acier.
Gâté gâté… Gâté gâté-là… Télévision gâtée… Les vieux frigos gâtés… Les vieux ventilateurs gâtés-là… Les vieux téléphones… (?)…
