Il faut marcher
I
© Franck Stéphane Ndzomga, 2016
blog de Ndzomga : Camisole et mots
illustration : Kmo
Des résidences d’écriture numérique, webassociation des auteurs
Serge Marcel Roche
I
© Franck Stéphane Ndzomga, 2016
blog de Ndzomga : Camisole et mots
illustration : Kmo
Des résidences d’écriture numérique, webassociation des auteurs
au commencement était le refus
l’arrogance
je suis né et vous n’avez rien dit
vous êtes parti au loin
mon indignation restera à jamais juvénile
je crée un nouveau monde et j’y vais
la route est longue et poussiéreuse
mais le monstre avance et enfante le texte
le texte le cri et la patience
En ville
En ville, on se recueille devant des affiches publicitaires, quelqu’un qui peut et donc vous aussi même sans argent, sans eau, sans vêtement que celui du rêve entaché par la réalité. Il y a cette bière qui prétend représenter l’homme noir dans ce qu’il peut être selon tous les médias, exceller après la traite négrière, tous les commerces triangulaires et coloniaux, post-coloniaux, éternels. On vous encourage à vous faire enregistrer, parce que tout devient numérique et bientôt il n’y aura d’écrivains que les mathématiciens qui ne feront rien d’autre qu’aligner des zéros et des uns. L’idéal aurait été de voir la vie en noir ou blanc, mais il y a toutes ces couleurs, tous ces principes qui se dissolvent dans le cas pratique. Cette ville pue à bien des endroits, urines de qui est passé par là incontinent, si rattaché à ce désordre qui sature le paysage. Cette ville suffoque, donc tu t’arrêtes devant cette grande affiche publicitaire qui parle d’un prophète et d’une séance de délivrance et de miracles au stade du coin, ce soir, alléluia, sors de ce corps et rentres dans la terre, infeste-là de toute cette misère environnante. L’affiche parle de complots diaboliques, d’illuminatis, de rosicruciens et de francs-maçons. Tu en déduis aisément que toute richesse est sale et acquise au prix du sang. Tu deviens si fier d’être pauvre et de manquer de tout.
Tu es un moto-taximan et vingt mètres plus loin un camion trop vieux, acheté usé en Europe, t’écrases la cervelle.
© Franck Stéphane Ndzomga, 2016
blog de Ndzomga : Camisole et mots
illustration : Kmo
Des résidences d’écriture numérique, webassociation des auteurs
Je me nourris de haine, parce que d’où je viens aimer n’est qu’un prétexte à la procréation.
D’où je viens, on commence par labourer la terre, semer la graine, nager et déféquer dans le fleuve. On vit d’abord et on choisit la vie ensuite, par défaut, comme si la direction à suivre allait se dessiner elle même au fil du temps, comme si les mots allaient venir des quatre coins de l’esprit pour former le discours.
Le disparate a toujours été cet état initial, intermédiaire et final, colonne vertébrale d’un cycle où seul le vieillard sait ce qu’il avait à faire de sa vie; seul le mourant sait le métier de vivre, devenir ceci ou cela, ou bien peu de choses.
D’où je viens, on ne choisit pas un travail ni la souffrance qui va avec; ça nous tombe dessus, écrasant tout, ne laissant qu’une petite ouverture à la joie ascétique.
> s’enfance et + à Batouri (Est)
> s’exténue en ingénierie à Douala (Littoral)
> pose quelques textes sur Camisole et mots
très occupé par la vie d’étudiant, et dit-il, un peu casanier.
Le penser donc allant de la chambre à l’École, sur de mauvaises routes urbaines, questionnant : Que fait le poète à part se plaindre à longueur de journée?, l’entrevoir aussi brouilleur de pistes passant par la case initiatrice de l’écriture. La nécessité mécanique le contraint aujourd’hui à des parcours habituels plutôt rectilignes, mais son itinéraire poétique, devant, ne sera sans doute pas linéaire. En découvrir ici, au cours de cette résidence, des fragments annonciateurs.
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| en 2009 |
© Franck Stéphane Ndzomga, 2016
blog de Ndzomga : Camisole et mots
Illustration : Basquiat, Self-portrait 1982 Cultural discourse
Des résidences d’écriture numérique, webassociation des auteurs
Glossaire incertain de ce qui m’entoure. Nommer les êtres et les choses avec précaution, défaire la brutalité de nous. Lui, à l’angle, s’impose, avec au top des mains longues et nombreuses, tremblantes de sa vieillesse, des doigts qui pendillent séchés, craqueleux, un survivant mal-aimé qui se laisse emmousser par les vents, qui a des yeux jaunâtres de lichens et des petits points blancs, et personne ne caresse sa rugosité, les herbes ça ne doit pas connaître le malheur ou alors se taire comme certains humains, les exilés d’un lieu ou ceux l’étant de l’intérieur d’eux-mêmes, de la masse des autres surtout, murmurer parce qu’on est comme ça, un rien, de la race des sous-, moins qu’un esclave, moins qu’un chien, il trône en son coin pourtant, élancé, fidèle, un peu fier que personne ne sache où « il a la tête », si c’est en-haut où viennent les pieux-corbeaux, en bas où ses racines grises sur le dos de la terre forment un cercle restreint qui ombrent la matière, tout à son stipe droit dans le ciel pudique.