glossaire incertain – 3

Deux pluviers lui courent sur son dos, des à triple collier, chasseurs de mouches égarées, en bonds de zoulous quand ils gobent. Là c’est toujours le soir, l’orage en biais de savane, loin le couple des seins pierreux, leur brume aréolaire, qu’on dit sacré pour l’un ― acquitter droit de passage. S’étendre au long du micaschiste, et nu s’il se pouvait, le corps métamorphique, proche à sentir le vieux volcan. Ça cogne le bois sans cesse, l’entendre chaque fois, ici où maintenant tu lis, et les insectes aussi, se glisser dans le rêve des simples éléphants, couché sur ton nom même. Et cette tête qui te poursuit comme hante l’enfance, avec ses yeux de pluie, devenue touristique, ploie quand tu banches le ciel lourd dans les mots.

 

glossaire incertain – 1

Glossaire incertain de ce qui m’entoure. Nommer les êtres et les choses avec précaution, défaire la brutalité de nous. Lui, à l’angle, s’impose, avec au top des mains longues et nombreuses, tremblantes de sa vieillesse, des doigts qui pendillent séchés, craqueleux, un survivant mal-aimé qui se laisse emmousser par les vents, qui a des yeux jaunâtres de lichens et des petits points blancs, et personne ne caresse sa rugosité, les herbes ça ne doit pas connaître le malheur ou alors se taire comme certains humains, les exilés d’un lieu ou ceux l’étant de l’intérieur d’eux-mêmes, de la masse des autres surtout, murmurer parce qu’on est comme ça, un rien, de la race des sous-, moins qu’un esclave, moins qu’un chien, il trône en son coin pourtant, élancé, fidèle, un peu fier que personne ne sache où « il a la tête », si c’est en-haut où viennent les pieux-corbeaux, en bas où ses racines grises sur le dos de la terre forment un cercle restreint qui ombrent la matière, tout à son stipe droit dans le ciel pudique.

elaeis guineensis