Auteur : Serge Marcel Roche
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notes à propos d’un paysage (10)
C’est nous qui parle, le nous de soi, non lui qui n’a rien à dire ou son pendant « nature », elle appelée liber ou quoi, telle une chose et qu’on abîme en la rasant de près pour la fabrique du papier de nos romans publicitaires, salons de l’écrit sur son dos. Avons déchevelé la nuit.Nos villes d’ici sont des forêts (chacune morcellement d’Elle), l’étrange passant ne s’y retrouve pas, il erre et nous rejoint par là, c’est le nouvel urbain loin des tracés antiques ─ qu’on nomme jungle comme tout ce qui n’est pas loi : l’hors, le dissemblable ─ il y a bien des voies, rectilignages, perpendiculations, carrefours d’unification, hiltoniennes bâtisses, d’une forme héritée des empires défunts, mais les pistes touffuses ont reparues et l’arrière des cases, les orées, leur confusion, résidentiel sauvage au bord d’une mer terreuse qu’un bâton ne fend pas, les prophètes y surnagent, c’est marché tous les jours, double rang de boutiques.Énoncer qu’ils sont personnages et ce serait facile, littéraire, on se taperait un petit discours à l’institut français, elle elle figurerait la femme sibylle mère mais sans tendresse, pas amante, sorcière, les deux beau jeu de masques, et lui l’incarnation d’un père qui éternellement n’a jamais été là, un père pourricier, pourtant c’est nous qui pourrissons avec nos mains qui jettent et notre regard froid étant d’eux qui nous voient le paysage dévasté. Ou écrire des poèmes d’université en forme de sentences et de définitions, des textes juvéniles emphasés du je-thème sous un sujet merdeux.
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notes à propos d’un paysage (9)
Las de l’Histoire défigurante, retrouver « ce » qui n’a jamais été et couvrir d’invisibilité nos corps couleurs sous vos sarcasmes, jeter aussi le tutélaire dans les vortex ─ le plus loin ou delà des lieux qui n’ont pas non plus d’existence, du soi seul façonner l’habitable d’un toi.Les arbres naviguent autour, ah c’est la mer qui s’échappe,
eux ne vont jamais aux bords où le Brésil.Nous ramons à la pompe
c’est le forage du temps
et le sexe couteau
évaporant la nuit
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Conversation
Retour au village.D’abord annoncer la parution prochaine de Conversation aux Éditions Qazaq.Textes courts qui laissent le champ au silence, à la murmuration du cœur, avec un poème-préface de Zakane dont nous connaissons les mots et les espaces, des dessins à l’aquarelle d’Olivier Dende et un article d’Anne-Marguerite Garel « L’écriture comme mystique profane », paru sur son blog Rue des immeubles industriels.extraits, lus par Anna Jouy
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Contre la terre
Au rebord de la cicatrice
Sur le front d’une rouge trace
Battent de fins marteaux de chair
Le sol qui se penche et glisseEt moi dans une brûlure
D’un monde à l’autre
Je passeTiassalé Ndouci 1998
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Jolo #8 – à l’orbe de la nuit
Fils ! La ville t’appelle, mère tiède jusqu’en ses ombres
qu’animent de longs bras. Mensonge des lumières.
L’enfance qui s’enfuit dans l’épaisseur de l’air.
Et la blessure du temps, Jolo, qui n’est plus dans la chair.
Qui gîte dans l’esprit.
Qui t’enlace et t’exile à l’orbe de la nuit
dans le quartier loin de la case où se dévide encore
le fil qui coud ton nom, le tisse d’eau salée,
de la lourde tristesse des femmes qui n’ont plus enfanté
que des regrets… Un silence si blanc issu de l’à-côté
sous un pagne de brume.Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.Dagodio 1998 – Batouri 1999
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Jolo #7 – où s’engouffrent les rêves
Jolo ! Le Jeu se pose sur ton épaule
comme un petit singe gris
dans l’espace entre les garçons accroupis
qui fonde le cercle où s’engouffrent les rêves.
Au milieu, le Jeu de la vie qui touche l’un et l’autre
tour à tour, l’un et l’autre aux yeux noirs,
aux pupilles de perroquets, l’un et l’autre
emportés par le rire.Ceux qui sont entrés dans la connaissance
plissent le pourtour de leurs bouches d’aînés :
si vite ils ont vieilli, trop vite, amère enfance
qui n’a pas su goûter l’aube comme un miel d’argent.
Mais le Jeu demeure pareil à la pluie dans le sein
d’un nuage fantasque, au gré du vent de l’esprit.Jolo, enfant de l’arbre, ignorant des grandes choses du monde,
il n’est encore pour toi que le secret d’une boîte en fer
où règne une plume de couroucou
sur un beau lit de perles bleues.
Il n’est encore pour toi qu’une roue sur la piste
entre deux lignes de roseaux tissées de nids,
une course joyeuse ensemencée de cris
que les songes nocturnes changent en pure rosée.Un soir où l’air est comme empli
d’une poudre de corne séchée
le Jeu se pose sur ton épaule…Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.Dagodio 1998 – Batouri 1999
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Jolo #6 – dans la rivière de leurs bouches
La parole. Qui donne au temps sa mesure.
Avant la danse et le riz. Après la danse et le riz.
La parole plus grande de mystère que les transes,
plus féconde que le germe sous la voûte des pluies.
Qui est l’aube de l’instant proféré par l’esprit.
Et fait la terre moins dure.
Et la peine moins dense.La parole, Jolo, dans la rivière de leurs bouches !
Sur le seuil des lèvres l’ivoire des noms sacrés.
Et la langue qui sculpte, agile, le corps des mots.
La parole, Jolo, dans le lit de sable du cœur,
un souffle du désert puis la chute des eaux,
le sillage si clair d’une lente pirogue.Enfance de ta parole fraîche comme un envol de pigeons verts
et fébrile comme une fuite de perdrix.
Sa source, l’âme fière des ancêtres dans le miroir des songes.
Sa source qui est un autre, un danseur de lune vierge,
un chasseur lancé sur les pistes de ta mémoire,
sur les vieilles traces de ton enfance : une petite antilope
dans l’herbe du matin.Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.Dagodio 1998 – Batouri 1999
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Jolo #5 – vivre en avant de la mort
Dans son enclos la dinde tremble
tel l’homme frissonnant de sueur sur la place
quand les regards se fixent aux chevilles tendues,
les oreilles aux battements sourds des peaux,
que le rythme ceint les reins de l’étreinte du son
des tambours et du fracas des mains
et que l’huile exsudée des nuques coule à terre,
l’homme mimant le feu dont les ventres s’emparent,
ses bras comme la roue de l’oiseau dans le soleil vif.Nous attendions. C’est vivre en avant de la mort.
Un corps attendait sous son tertre d’humus
que son nom fut inscrit au zénith de ses os.
Tu traversas l’attente comme un poulain dans une palmeraie,
dressant son front vers la lumière entre les coques ivres de lait.
La mère étant à la machine, à piquer dans la toile le fil de ses mots,
inquiète comme la poule quand plane l’épervier.Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.Dagodio 1998 – Batouri 1999