Auteur : Serge Marcel Roche


  • climat 5

    quelqu’un frappe le bois noir de la nuit que les insectes scient


  • Ma vie au village – 26

    Être les pieds sueux dans la poussière et la chaleur moitissant l’aine en traînant sur la piste fait qu’on s’arrête un jour et quelqu’un dit c’est le village, on torche un peu de terre puis on oublie. Un siècle passe, c’est quoi même. Tout ce que connaissions de notre monde aboutissait au bord de la rivière, la sombre, trait brun charriant de l’or, des vipères, qu’en rêve avons franchi pour s’installer quasi dans l’immobilité sur dévers d’un bas-fond grouillant de croupissures de sponges et d’ensorcellements divers, mon dieu pourquoi, on s’est endigué là, en sommeil et mort spirituelle. Les sacrifices ont glissé à la boue, restent traces violines de ces corps inconnus sur le séché fluo des algues entre la terre et l’eau.

  • climat 4


  • Ma vie au village 25

    À lire en chuchotant ce qui précède, au milieu des cadences, hauteurs différentes de cris et l’eau chutant dans les bassines, à cette heure l’air étant moyennement numide, on se dit que la mort viendra comme ça avec demi-mesure, qu’il y aura un silence étouffé mais serein, une peine gracile, le presque-oubli du visage aimé et que sur le goyavier les colious n’arrêteront jamais leurs chicanes. Une main désincarnée me zérotera l’existence et tout soudain sera vert pâle, je verrai derrière l’horizon. 
    écrire absence ici
    puis
    J’ai la roche éruptive de qui vit d’une brèche ancienne en zone et phase de rajeunissement et des îles dans le golfe qui ont boulées d’en haut, la tête du solitaire paraissant pétrifiée mais l’œil sourit dans son orbite de lichen. Mon volcan s’éteint pourtant, se cache sous les mousses, le stipe d’un palmier là où sa pente est douce, courbé presque tombant, ne connait plus que brèves ascensions de laitance, des hoquets de liqueur.

  • Comment écrire avec son chaos






     dissémination des écritures

     ana nb – le jardin sauvageEffacements je marche le temps efface mes pas

    Pour vivre – pour écrire -, il faut avoir au moins un point de vue qui soit hors du malheur ; un rocher au-dessus des flots noirs.

                                                               Vincent la Soudière, Lettres à Didier, Tome 3, P. 150, Ed. du Cerf


    alors ailleurs

    alors ailleurs –   comment écrire avec  son chaos –   alors ailleurs –  comment écrire  sans atteindre   – sans poursuivre un  –  alors ailleurs  – comment écrire à partir de l’instant réel – comment  ne pas sortir de l’ instant réel – que recouvre l’ instant réel – comment accepter la multiplication des temps  de l’instant –  alors ailleurs – comment écrire  le croisement des temps – que faire avec  le présent ouvert le passé ouvert le chaos  ouvert – comment prendre  –  alors ailleurs – comment prendre en compte la lumière de l’ instant réel – comment prendre en compte son corps dans les mouvements de l’instant réel – comment écrire  de l’extérieur –  comment écrire de l’intérieur –  alors ailleurs – de quoi se construit la/sa matière écrite matière sonore – on part de  –   alors ailleurs – et c’est le vertige   –  oscillation entre le rien et  un/son chaos intérieur – comment on aime   –   alors ailleurs – on se  laisse emporter  – comment l’écriture nous              –  alors ailleurs – 


    sa voix devant moi


    sa voix devant moi – dans un corps d’une maigreur extrême – être affamé – qu’est – ce qu’une guerre – c’est là les questions – je l’invite à s’asseoir – je regarde ses poignets très fins – son regard loin très loin – il me raconte des choses extraordinaires – je ne comprends pas – je ne comprends pas sa langue habitée par – sa voix devant moi – sa voix un territoire déchiré – les autres arrivent les autres s’assoient – on entend maintenant le mélange des voix et son silence à lui- je retiens tous les prénoms sauf un -sa voix devant moi – et plus tard je vois son geste d’écriture – buste penché sur sa feuille le bras la main effleurent  l’espace vide et – brutalement la main se retire de l’espace vide – je parle je vois son visage chercher quelque chose – il  lance sa main son bras en arrière – son mouvement d’écriture devient une danse – du vide qui précède l’écriture –  sa voix devant moi – 


    là frappe la voix

    là frappe la voix –  ici ils viennent tous contempler la grande nuit d’avant – ici le corps plié – ici le corps hurlant – ici le corps étendu – ici le corps atteint – avec la vision transparente de – la tête penchée du présent – ici ils cherchent une porte ouverte – ici l’image manque – ici la syntaxe manque – pleine guerre comme on dit pleine mer – je ne cherche rien – je marche – je vois – je regarde – on ne partage pas le même temps – ici le sommeil de jour du corps plié – ici la femme sans mémoire –   le rouge ne brûle plus   la  brutalité du ciel –  l’écartement du chemin  l’inconsolable  nature –   l’absence du corps  d’un autre corps  d’un autre corps –  le rouge ne brûle plus  le geste  du vent – la répétition d’un bruit  la transformation d’un bruit et – l’image ne porte plus l’enfance  – l ‘entaille dans l’écorce   –   le rouge ne brûle plus  la langue oubliée   –   la séparation de la lumière   la voix enfermée   –    dans  une salle puis dans une autre salle puis dans une autre –   la nuit ici  les bouts d’histoire du monde  – la terre calcinée   –  hier le ciel le jour l’éclat du jour  hier le ciel la nuit l’éclat de la nuit  – le rouge ne brûle plus   le silence –  la traînée du silence  l’entraînée du silence  – la langue la mesure de la langue dans les creux   le mur –  et là plaquée contre le mur une trace blanche   une trace   une seule trace – une ligne arrachée à la voix – là frappe  la voix   – le rouge ne brûle plus  



  • climat 3