(à lire en chuchotant)
Auteur : Serge Marcel Roche
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Ma vie au village – 24
Pourquoi presque toujours ne pas écouter devant comme si quelque chose nous fait ployer le dos, nous rend obliques et sourds et vouloir retrouver cette infernale source qui peut-être n’était qu’un peu d’humidité, tout se contient dans l’arrière entre bornes retenant les eaux, des portes disant est-ce toi l’ayant fait ? ce cela qui t’assigne, la mer verte et si grande, ses draches cognant nos quais, les pontons de la plaie filant vers un là-bas sauvage qu’on invente et notre amour de la barbarie, ne pas ‘aller plus loin que cet en-face-de végétal et terreux, rhizomant, tuberculaire où vont des vies fragiles, rester en faux en-soi dans la terreur d’être, s’occultant le désir et l’œil, s’éclipsant la levée des sons où les limitations s’inversent et les iniques lois afin de ne paraitre pas, de seulement vouloir la braime, le sapoutre, d’inaleptiques bien-étants dans quoi barrissent les plaisirs| avec des métissures de chairs qui vieilliront sous des semblants de tristesse, quand la joie| j’engendre des concerts, j’érecte les parties sur la ligne du vent, érige les sommités des banales fougères en signe contredisant votre perversité et vous inocule profondément tous les poisons de la pensée que vos pollutions dissimulent parce qu’ai pour moi la forêt, ses choses étranges, et que n’avez que votre peau.
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Ma vie au village – 23
J’habite un massif plutonique, ailleurs on dirait sur, j’habite un repli, l’un des siens ou de moi, un recoin, j’imagine toujours qu’il s’en va, qu’il descend vers le veld, les montagnes d’en-bas, vers des noms où je n’irai pas et je ne sais quelle part il prend de la musique, cette musique là que j’entends, comment il la soubasse, la besogne dans son tréfonds, lui remonte du gouffre antique cet air qu’elle a d’être grave et légère sans correspondre à notre idée de ces vertus, s’agit de mélodie de terre de temps précambriens, du noyau d’avant les orogenèses, de la séparation qui peut être aussi bien fracture de notre esprit, de la mobilité des hanches et du bassin ou d’un effondrement du désir s’opérant dans les corps faisant le lit d’une ère propice à de terrestres incursions, aux transgressions marines, à des bouleversements qui tueront la coutume, c’est encore d’elle dont il est question lorsqu’assis j’écoute, évoque schistes, micaschistes, des choses aussi qui sont depuis toujours dans la manière humaine.La porte sous la lune, près des jacos heureux, la lune sur le teck et le manguier, l’hibiscus fripé tels de vieux sexes ses lanternes.
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Ma vie au village – 22
Remplaçant le chant par des cris, la voix que j’imagine auprès de l’arbre d’avant le temps, des vociférations et prêches de toutes sortes hurlés Sous le Haut Patronage de Notre Seigneur Jésus-Christ, le PÉ-CHÉ, le PÉ-CHÉ, le PÉ-CHÉ tue mais quoi ne disent, qui ne savons ou de catholiques rengaines, faisons que cet esprit se cache dans les plis, le double dont elle ferme l’accès sauf à quelques-uns qui lisent encore les signes, et que restent la peur, l’effroi face au mauvais, le danger qu’est le frère, que le 7e Jour ne conjure ni le premier de la semaine ni des bars les riffs vulgaires ni des deuils le tambour éteint, ne sommes plus à l’écoute, les sons nous fuient, détalent, cognent le bois dans les chaînes, tous les convois du sang qui passe. Nous sommes séparés du silence (parole et musique) par quelle perverse volonté propre je ne sais ou l’action d’un démon brailleur en fausses prophéties, oubliant la terre, haussant au rang d’idole la force de l’Éternel, l’oubliant elle qui nous disait en face notre faiblesse et rapportait nos âmes-corps à la juste valeur du temps, voulant prendre part à la coupe et boire aussi le sang, bouffer à notre tour ce qui défile sur la route, manger l’Argent et se toucher les liasses dans la culotte, avons désertifié le chant, sa douceur même quand on préludait la chasse, steppifié la mémoire de nous autant qu’ils débitaient sa chair.
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Èlépi-ô 2
Èlépi-ô ! Parlez !
Un texte de Franck Stéphane Ndzomga, jeune auteur Camerounais
que Chemin tournant avait déjà présenté lors d’une dissémination :
[ Anti-Poème ].Ici c’est Être, lu et enregistré dans la brousse avec faible voix
et les moyens du bord. On entend la pluie, les oiseaux.
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Ma vie au village – 21
Refrains de chants à penser sous la peau, à faire, une filaire dans la cornée, j’ aurai passé des heures enfauteuillé à regarder l’entour de cette prison semblant des barres de ville n’étant le végétal et son grouillement particulier, sa façade habile à déjouer le temps, ayant patience d’ovins qui broutent pour écouter la chute des sons clairs, calculer la distance jusqu’où ça va derrière parce que sinon l’on devient fou et parfois se rendre au tournant desserrer l’étreinte (en ville il y a des cafés).
La musique ici n’est pas seulement qu’oiseaux d’elle ou les hochets d’insectes ni seulement le vent, mais quelque chose de météorologique dans le battement, pouls d’assis que nous sommes, un silence qui descend dans le sang comme nuage lourd surtout le soir quand on mesure l’épaisseur de l’air alors que rien ne se tait vraiment, qu’il y a les coqs arythmiques, qu’il y a les chiens, le pilon, des prières ou des pas sur la route, qu’on laisse un peu de place en soi à son inhumaine proximité, qu’on l’hume, la sent elle qui fut bien avant peut-être le cœur de la terre et qu’aussi par l’oreille on s’immisce en ses veines, l’entendre est la musique, notre enlacement.
Incisions sur bâton de bois comme on nous vaccine le dos près des reins, le torse entre les seins, qu’imprègne la sueur des paumes et qu’on frotte en saccades, rainures de la boue sèche quand sont vidés les marigots, des coches qu’un bout de fer frictionne, c’est le fond sur lequel tombent les gouttes d’eau, les saisons s’entremêlent, on voudrait retrouver par là l’esprit de la musique l’obliger à jaillir des sillons, on pense que notre obsession l’attire alors qu’il vit secrètement en elle sans avoir de besoin et donc il est faux de dire que nous l’inventâmes, ce bâton on le cire en cadence mais plus guère qu’à l’office, au village aujourd’hui avons une fanfare, sonnerie pour une libellule défunte.
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Lignages 2,3
Quittâmes ces limbes,
La ville, derrière, devenait noire.
Peut-être qu’il y avait encore, très haut,
L’archange terrassant avec ses plumes d’or.
Peut-être. Devant, c’était une plaine qui se resserre,
Jaune colza, si laide, on y verrait passer des troupes
De soldats. Seulement passer.On alla au bord d’un chemin
Qui lui aussi s’en va,
Près des marais comme on disait
Les autrefois, mais ne sont plus
Que peupleraies ponctuées
De pan-pans qu’on met sur les autels.
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Lignages 2,2
Une maison posée sur l’été,
Il se souvient de peu, d’herbes
Sèches dans une allée, d’une
Réfraction de la lumière.
Tristes couloirs. C’est curieux.
N’ont rien laissé que l’ennui d’eux,
Comme un enduit de paresse,
Bout de mur peint,
Ne pouvait faire,
Trop loin, trop petit
Ou pas de train
A la bonne heure
Et quelque chose de faux dans l’air,
Trouver un endroit sur la terre
Ce n’est pas rien,
Vivre à, se rendre.
