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notes à propos d’un paysage (11)
Le paysage est le dedans de soi, l’obscur écran qui télescope quelque lumière passante ou fait surgir le champ d’un désir nu, l’ouvert d’une possible paix quand transhume le corps dans l’immobilité, l’envers de l’à-voir, du vu, des choses à perte ne vivant qu’au regard, mourant de n’être pas nommées mais haïssant la langue-dieu et ce pouvoir qu’avons de les remettre au monde à chaque fois puis de les oublier dans nos enfers, laissées aux croupissements de la mémoire. Renonçant à l’emprise, serions émerveillés d’être en elles et lui en nous un monde étincelé.Dans nos rapports, le désoumettre, desserrer la nécessité qu’on lui impose d’être un corps usagé, domestique, le mécanisme voulant qu’il serve, soit terrain de jeux cruels jusqu’aux plus enfantins, le marchepied de l’humain, matière pourtant grouillante. Cesser de conquérir, de le coloniser, se laisser recevoir chez lui et puis dans le silence l’un l’autre s’appeler frère.
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notes à propos d’un paysage (10)
C’est nous qui parle, le nous de soi, non lui qui n’a rien à dire ou son pendant « nature », elle appelée liber ou quoi, telle une chose et qu’on abîme en la rasant de près pour la fabrique du papier de nos romans publicitaires, salons de l’écrit sur son dos. Avons déchevelé la nuit.Nos villes d’ici sont des forêts (chacune morcellement d’Elle), l’étrange passant ne s’y retrouve pas, il erre et nous rejoint par là, c’est le nouvel urbain loin des tracés antiques ─ qu’on nomme jungle comme tout ce qui n’est pas loi : l’hors, le dissemblable ─ il y a bien des voies, rectilignages, perpendiculations, carrefours d’unification, hiltoniennes bâtisses, d’une forme héritée des empires défunts, mais les pistes touffuses ont reparues et l’arrière des cases, les orées, leur confusion, résidentiel sauvage au bord d’une mer terreuse qu’un bâton ne fend pas, les prophètes y surnagent, c’est marché tous les jours, double rang de boutiques.Énoncer qu’ils sont personnages et ce serait facile, littéraire, on se taperait un petit discours à l’institut français, elle elle figurerait la femme sibylle mère mais sans tendresse, pas amante, sorcière, les deux beau jeu de masques, et lui l’incarnation d’un père qui éternellement n’a jamais été là, un père pourricier, pourtant c’est nous qui pourrissons avec nos mains qui jettent et notre regard froid étant d’eux qui nous voient le paysage dévasté. Ou écrire des poèmes d’université en forme de sentences et de définitions, des textes juvéniles emphasés du je-thème sous un sujet merdeux.
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notes à propos d’un paysage (9)
Las de l’Histoire défigurante, retrouver « ce » qui n’a jamais été et couvrir d’invisibilité nos corps couleurs sous vos sarcasmes, jeter aussi le tutélaire dans les vortex ─ le plus loin ou delà des lieux qui n’ont pas non plus d’existence, du soi seul façonner l’habitable d’un toi.Les arbres naviguent autour, ah c’est la mer qui s’échappe,
eux ne vont jamais aux bords où le Brésil.Nous ramons à la pompe
c’est le forage du temps
et le sexe couteau
évaporant la nuit
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Conversation
Retour au village.D’abord annoncer la parution prochaine de Conversation aux Éditions Qazaq.Textes courts qui laissent le champ au silence, à la murmuration du cœur, avec un poème-préface de Zakane dont nous connaissons les mots et les espaces, des dessins à l’aquarelle d’Olivier Dende et un article d’Anne-Marguerite Garel « L’écriture comme mystique profane », paru sur son blog Rue des immeubles industriels.extraits, lus par Anna Jouy
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Contre la terre
Au rebord de la cicatrice
Sur le front d’une rouge trace
Battent de fins marteaux de chair
Le sol qui se penche et glisseEt moi dans une brûlure
D’un monde à l’autre
Je passeTiassalé Ndouci 1998
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Jolo #8 – à l’orbe de la nuit
Fils ! La ville t’appelle, mère tiède jusqu’en ses ombres
qu’animent de longs bras. Mensonge des lumières.
L’enfance qui s’enfuit dans l’épaisseur de l’air.
Et la blessure du temps, Jolo, qui n’est plus dans la chair.
Qui gîte dans l’esprit.
Qui t’enlace et t’exile à l’orbe de la nuit
dans le quartier loin de la case où se dévide encore
le fil qui coud ton nom, le tisse d’eau salée,
de la lourde tristesse des femmes qui n’ont plus enfanté
que des regrets… Un silence si blanc issu de l’à-côté
sous un pagne de brume.Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.Dagodio 1998 – Batouri 1999
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Jolo #7 – où s’engouffrent les rêves
Jolo ! Le Jeu se pose sur ton épaule
comme un petit singe gris
dans l’espace entre les garçons accroupis
qui fonde le cercle où s’engouffrent les rêves.
Au milieu, le Jeu de la vie qui touche l’un et l’autre
tour à tour, l’un et l’autre aux yeux noirs,
aux pupilles de perroquets, l’un et l’autre
emportés par le rire.Ceux qui sont entrés dans la connaissance
plissent le pourtour de leurs bouches d’aînés :
si vite ils ont vieilli, trop vite, amère enfance
qui n’a pas su goûter l’aube comme un miel d’argent.
Mais le Jeu demeure pareil à la pluie dans le sein
d’un nuage fantasque, au gré du vent de l’esprit.Jolo, enfant de l’arbre, ignorant des grandes choses du monde,
il n’est encore pour toi que le secret d’une boîte en fer
où règne une plume de couroucou
sur un beau lit de perles bleues.
Il n’est encore pour toi qu’une roue sur la piste
entre deux lignes de roseaux tissées de nids,
une course joyeuse ensemencée de cris
que les songes nocturnes changent en pure rosée.Un soir où l’air est comme empli
d’une poudre de corne séchée
le Jeu se pose sur ton épaule…Jolo (prononcer diolo) dans la langue des Bhétés de Côte d’Ivoire signifie bienfait, bénédiction, ce que l’homme recherche sur la terre.Dagodio 1998 – Batouri 1999