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Ma vie au village – 42
Dans les délaissées du village langageons sortes de formes nouvelles, il est vrai que sont babillages, petit-nègre à l’ouïe des grands, il faudrait à l’explore d’elle la pénétrer plus loin devant jusqu’au point de tombée des grues quand Kumba leur coupa les ailes et qu’encore androgynés les êtres que nous fûmes écoutèrent chanter son ventre, que devînmes plongeurs en entrailles, le torse étroit sur jambes grêles, investiguant mains nues ses grottes vaginales et sa pure sauvagerie, qu’avions alors la peau mouchetée d’albe et de mélancolie. Ne savons au fond qui nous sommes depuis qu’une nuit de glace trancha nos corps en deux, qu’à chercher si longtemps le lieu où nous chutâmes, l’impact sur la terre, l’oubli nous arracha notre animal esprit.
La nuit casse à la hache nos dents, cautérise au tison, les rabote à sa pierre,
et les sourires de nous frappent ainsi vos faces.
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Vues depuis la tranchée – Marie-Pier Daveluy
Créneaux n’est pas un blog à lire dans sa chaise berçante après avoir laissé ses claques à l’entrée. L’écriture est de crise, d’amour, de guerre, une flèche tirée d’en haut ou du sillon creusé dans la chair. Depuis la tranchée, la vision s’ente et trace au couteau, hors des apprêts du littéraire, aux limites du moi et du vivre l’autre en soi sur la faille du monde.Bribes et poèmeJe suis issue des tranchées d’une guerre à la mémoire handicapée de naissance. Et le plus aberrant dans cette histoire de postures et d’impostures, c’est qu’il m’arrive de me prendre pour la tranchée elle-même. Car si je perds parfois le cap, je m’entête à garder les deux pieds dans la brèche, journée de merde ou pas. C’est à partir de ce point de vue panoramique sur nos ravages quotidiens depuis lequel je vous parle, et à partir duquel, très souvent, je vous écris.
J’écris dans l’empressement de saisir le regard évanescent qui se cache sous la lentille.
J’écris pour voir, pour tendre l’oreille, pour vérifier si La Tranchée souffle encore. Simplement pour dire « Non », encore une fois, malgré le peu de parois que je trouve à présent pour en faire résonner la voix. À en faire muer le souffle en son vibrant.
J’écris « vous », car je ne peux me figurer écrire sans le reflet d’une certaine conscience sociale ou personnelle, même fictive. À propos de Créneaux – raison et paradoxe
—————–IV – Au crescendo du tempsj’ai mué mon âme en réquisitoire/pour ton envol \que s’assèchent enfin les cordes / qui te lient à la surface / des choses /de cette suie d’encre stagnante entre tes mains / qui ne pleuvent plus qu’à travers mon corps– en reste/ frissonnant dans le tournoiement des feuilles \les herbes follespour assouvir ton désir de direle ventemporte murs comme fenêtres de la mémoire du vivrej’ai soudé l’ombre de tes doigts / à mon ongle, mon coeur d’ivoirelaissé mon âme au dépositoire/ (un temps) \et t’ai légué mon antre, sauvage, à la lisière du moipour te sentir souvenir encore une fois
lire aussi Marie-Pier Daveluy sur Les cosaques des frontières et Sisyphe
dissémination l’écriture aux limites webassociation des auteurs
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que cache cette nuit ?
Là-bas, la pénombre est hantée de mystères, avec des bourrelets, des cicatrices d’ombres épaisses, nouées. Là-bas, où il dit, le soir est de « bruissailles » et de pompes secrètes. Là-bas, les surjets de la forêt, les ourlets profonds et lourds de la brousse, trafiquent les silences et les insomnies, limitant comme ça peut le tissu incontrôlable du monde. La parole ne cesse jamais, crachée de prolixes bouches divines
dit Anna Jouy, en avant du Journal de la brousse endormie
paru aux Éditions QAZAQePub ou PDF
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Ma vie au village – 41
J’occupe la case d’être-là sur ce qui n’est pas échiquier, quoique vu du haut des machines les champs paraissent petits carrés et les cours zones blanches à disposer des pions mais nos pieds enchevêtrent ce que l’esprit construit et les idées qu’avons sur le ceci-cela, sur le qui laquelle/lequel quoi, déplacements selon les règles, cartes battues, distribution, on fait sans triche semblant de perdre, au terme le gagnant est nu ; à prendre rôle de l’idiot, du demeuré qui reste à rire sous la lune et que les fétiches indiffèrent je passe pour depuis dix-huit ans, c’est doux parfois c’est violent quand on pense des choses, ça pince le cœur quand même de n’être qu’une partie de soi et taire la pousse amère, silencer l’écusson, ne sembler qu’un buisson sans fruits, toujours camoufler l’ente dans un jardin maudit.
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Horizontal et l’ennui
notation 13
La chorale d’un mariage s’époumone en colline et balafone à plein. Je préfère la théâtralité du deuil, la terre en poignées dans le trou.
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Ma vie au village – 40
Le sang passant ça fait longtemps qu’il ne transite par ces pages, on l’oublierait et c’est beaucoup pourtant, lorsque je lis publiquement on m’affirme qu’il revient le sang, dans ma bouche qu’il éraille, quelqu’un toujours m’explique la messe, je dis vui souriant, par-derrière je fiasse.Va le village, bien même, les porcs et les boucs aussi, seulement on crève comme des poulets. Surtout les petits sans nom qui entrent dans une dolence, couinent à peine et s’en vont. Reviennent. Les vieux ne retournent plus en brousse, ils quittent sur leurs mousses sales, entourés de chiffons ; on guette des métempsychoses un signe chez les naissants, entaille ou marque de cognée, boursouflure d’esquille et la graphie laissée par les poudres de chasse.Sommes des arbres qui marchent, contours inréfractés par le jour de nuit verte, sa fixité-lumière en fondu enchaîné, nos rhizomes-jambes roides coagulés de terre dans la vision d’après embrocation d’argile et de crachat, c’est elle qui nous voit, lucide et nous vêtus d’internes convulsions, elle qui va où n’allons, maigres yeux de l’écorce, rognures de sa peau d’elle, les sommeilleux, longtemps.Je signe au fond barbare de la forêt.
















