puis
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Ma vie au village 25
À lire en chuchotant ce qui précède, au milieu des cadences, hauteurs différentes de cris et l’eau chutant dans les bassines, à cette heure l’air étant moyennement numide, on se dit que la mort viendra comme ça avec demi-mesure, qu’il y aura un silence étouffé mais serein, une peine gracile, le presque-oubli du visage aimé et que sur le goyavier les colious n’arrêteront jamais leurs chicanes. Une main désincarnée me zérotera l’existence et tout soudain sera vert pâle, je verrai derrière l’horizon.écrire absence ici
puisJ’ai la roche éruptive de qui vit d’une brèche ancienne en zone et phase de rajeunissement et des îles dans le golfe qui ont boulées d’en haut, la tête du solitaire paraissant pétrifiée mais l’œil sourit dans son orbite de lichen. Mon volcan s’éteint pourtant, se cache sous les mousses, le stipe d’un palmier là où sa pente est douce, courbé presque tombant, ne connait plus que brèves ascensions de laitance, des hoquets de liqueur.
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Comment écrire avec son chaos
dissémination des écritures
Pour vivre – pour écrire -, il faut avoir au moins un point de vue qui soit hors du malheur ; un rocher au-dessus des flots noirs.
Vincent la Soudière, Lettres à Didier, Tome 3, P. 150, Ed. du Cerf
alors ailleurs
alors ailleurs – comment écrire avec son chaos – alors ailleurs – comment écrire sans atteindre – sans poursuivre un – alors ailleurs – comment écrire à partir de l’instant réel – comment ne pas sortir de l’ instant réel – que recouvre l’ instant réel – comment accepter la multiplication des temps de l’instant – alors ailleurs – comment écrire le croisement des temps – que faire avec le présent ouvert le passé ouvert le chaos ouvert – comment prendre – alors ailleurs – comment prendre en compte la lumière de l’ instant réel – comment prendre en compte son corps dans les mouvements de l’instant réel – comment écrire de l’extérieur – comment écrire de l’intérieur – alors ailleurs – de quoi se construit la/sa matière écrite matière sonore – on part de – alors ailleurs – et c’est le vertige – oscillation entre le rien et un/son chaos intérieur – comment on aime – alors ailleurs – on se laisse emporter – comment l’écriture nous – alors ailleurs –
sa voix devant moi
sa voix devant moi – dans un corps d’une maigreur extrême – être affamé – qu’est – ce qu’une guerre – c’est là les questions – je l’invite à s’asseoir – je regarde ses poignets très fins – son regard loin très loin – il me raconte des choses extraordinaires – je ne comprends pas – je ne comprends pas sa langue habitée par – sa voix devant moi – sa voix un territoire déchiré – les autres arrivent les autres s’assoient – on entend maintenant le mélange des voix et son silence à lui- je retiens tous les prénoms sauf un -sa voix devant moi – et plus tard je vois son geste d’écriture – buste penché sur sa feuille le bras la main effleurent l’espace vide et – brutalement la main se retire de l’espace vide – je parle je vois son visage chercher quelque chose – il lance sa main son bras en arrière – son mouvement d’écriture devient une danse – du vide qui précède l’écriture – sa voix devant moi –
là frappe la voix
là frappe la voix – ici ils viennent tous contempler la grande nuit d’avant – ici le corps plié – ici le corps hurlant – ici le corps étendu – ici le corps atteint – avec la vision transparente de – la tête penchée du présent – ici ils cherchent une porte ouverte – ici l’image manque – ici la syntaxe manque – pleine guerre comme on dit pleine mer – je ne cherche rien – je marche – je vois – je regarde – on ne partage pas le même temps – ici le sommeil de jour du corps plié – ici la femme sans mémoire – le rouge ne brûle plus la brutalité du ciel – l’écartement du chemin l’inconsolable nature – l’absence du corps d’un autre corps d’un autre corps – le rouge ne brûle plus le geste du vent – la répétition d’un bruit la transformation d’un bruit et – l’image ne porte plus l’enfance – l ‘entaille dans l’écorce – le rouge ne brûle plus la langue oubliée – la séparation de la lumière la voix enfermée – dans une salle puis dans une autre salle puis dans une autre – la nuit ici les bouts d’histoire du monde – la terre calcinée – hier le ciel le jour l’éclat du jour hier le ciel la nuit l’éclat de la nuit – le rouge ne brûle plus le silence – la traînée du silence l’entraînée du silence – la langue la mesure de la langue dans les creux le mur – et là plaquée contre le mur une trace blanche une trace une seule trace – une ligne arrachée à la voix – là frappe la voix – le rouge ne brûle plus
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Ma vie au village – 24
(à lire en chuchotant)
Pourquoi presque toujours ne pas écouter devant comme si quelque chose nous fait ployer le dos, nous rend obliques et sourds et vouloir retrouver cette infernale source qui peut-être n’était qu’un peu d’humidité, tout se contient dans l’arrière entre bornes retenant les eaux, des portes disant est-ce toi l’ayant fait ? ce cela qui t’assigne, la mer verte et si grande, ses draches cognant nos quais, les pontons de la plaie filant vers un là-bas sauvage qu’on invente et notre amour de la barbarie, ne pas ‘aller plus loin que cet en-face-de végétal et terreux, rhizomant, tuberculaire où vont des vies fragiles, rester en faux en-soi dans la terreur d’être, s’occultant le désir et l’œil, s’éclipsant la levée des sons où les limitations s’inversent et les iniques lois afin de ne paraitre pas, de seulement vouloir la braime, le sapoutre, d’inaleptiques bien-étants dans quoi barrissent les plaisirs| avec des métissures de chairs qui vieilliront sous des semblants de tristesse, quand la joie| j’engendre des concerts, j’érecte les parties sur la ligne du vent, érige les sommités des banales fougères en signe contredisant votre perversité et vous inocule profondément tous les poisons de la pensée que vos pollutions dissimulent parce qu’ai pour moi la forêt, ses choses étranges, et que n’avez que votre peau.
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Ma vie au village – 23
J’habite un massif plutonique, ailleurs on dirait sur, j’habite un repli, l’un des siens ou de moi, un recoin, j’imagine toujours qu’il s’en va, qu’il descend vers le veld, les montagnes d’en-bas, vers des noms où je n’irai pas et je ne sais quelle part il prend de la musique, cette musique là que j’entends, comment il la soubasse, la besogne dans son tréfonds, lui remonte du gouffre antique cet air qu’elle a d’être grave et légère sans correspondre à notre idée de ces vertus, s’agit de mélodie de terre de temps précambriens, du noyau d’avant les orogenèses, de la séparation qui peut être aussi bien fracture de notre esprit, de la mobilité des hanches et du bassin ou d’un effondrement du désir s’opérant dans les corps faisant le lit d’une ère propice à de terrestres incursions, aux transgressions marines, à des bouleversements qui tueront la coutume, c’est encore d’elle dont il est question lorsqu’assis j’écoute, évoque schistes, micaschistes, des choses aussi qui sont depuis toujours dans la manière humaine.La porte sous la lune, près des jacos heureux, la lune sur le teck et le manguier, l’hibiscus fripé tels de vieux sexes ses lanternes.
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Ma vie au village – 22
Remplaçant le chant par des cris, la voix que j’imagine auprès de l’arbre d’avant le temps, des vociférations et prêches de toutes sortes hurlés Sous le Haut Patronage de Notre Seigneur Jésus-Christ, le PÉ-CHÉ, le PÉ-CHÉ, le PÉ-CHÉ tue mais quoi ne disent, qui ne savons ou de catholiques rengaines, faisons que cet esprit se cache dans les plis, le double dont elle ferme l’accès sauf à quelques-uns qui lisent encore les signes, et que restent la peur, l’effroi face au mauvais, le danger qu’est le frère, que le 7e Jour ne conjure ni le premier de la semaine ni des bars les riffs vulgaires ni des deuils le tambour éteint, ne sommes plus à l’écoute, les sons nous fuient, détalent, cognent le bois dans les chaînes, tous les convois du sang qui passe. Nous sommes séparés du silence (parole et musique) par quelle perverse volonté propre je ne sais ou l’action d’un démon brailleur en fausses prophéties, oubliant la terre, haussant au rang d’idole la force de l’Éternel, l’oubliant elle qui nous disait en face notre faiblesse et rapportait nos âmes-corps à la juste valeur du temps, voulant prendre part à la coupe et boire aussi le sang, bouffer à notre tour ce qui défile sur la route, manger l’Argent et se toucher les liasses dans la culotte, avons désertifié le chant, sa douceur même quand on préludait la chasse, steppifié la mémoire de nous autant qu’ils débitaient sa chair.
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Èlépi-ô 2
Èlépi-ô ! Parlez !
Un texte de Franck Stéphane Ndzomga, jeune auteur Camerounais
que Chemin tournant avait déjà présenté lors d’une dissémination :
[ Anti-Poème ].Ici c’est Être, lu et enregistré dans la brousse avec faible voix
et les moyens du bord. On entend la pluie, les oiseaux.
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Ma vie au village – 21
Refrains de chants à penser sous la peau, à faire, une filaire dans la cornée, j’ aurai passé des heures enfauteuillé à regarder l’entour de cette prison semblant des barres de ville n’étant le végétal et son grouillement particulier, sa façade habile à déjouer le temps, ayant patience d’ovins qui broutent pour écouter la chute des sons clairs, calculer la distance jusqu’où ça va derrière parce que sinon l’on devient fou et parfois se rendre au tournant desserrer l’étreinte (en ville il y a des cafés).
La musique ici n’est pas seulement qu’oiseaux d’elle ou les hochets d’insectes ni seulement le vent, mais quelque chose de météorologique dans le battement, pouls d’assis que nous sommes, un silence qui descend dans le sang comme nuage lourd surtout le soir quand on mesure l’épaisseur de l’air alors que rien ne se tait vraiment, qu’il y a les coqs arythmiques, qu’il y a les chiens, le pilon, des prières ou des pas sur la route, qu’on laisse un peu de place en soi à son inhumaine proximité, qu’on l’hume, la sent elle qui fut bien avant peut-être le cœur de la terre et qu’aussi par l’oreille on s’immisce en ses veines, l’entendre est la musique, notre enlacement.
Incisions sur bâton de bois comme on nous vaccine le dos près des reins, le torse entre les seins, qu’imprègne la sueur des paumes et qu’on frotte en saccades, rainures de la boue sèche quand sont vidés les marigots, des coches qu’un bout de fer frictionne, c’est le fond sur lequel tombent les gouttes d’eau, les saisons s’entremêlent, on voudrait retrouver par là l’esprit de la musique l’obliger à jaillir des sillons, on pense que notre obsession l’attire alors qu’il vit secrètement en elle sans avoir de besoin et donc il est faux de dire que nous l’inventâmes, ce bâton on le cire en cadence mais plus guère qu’à l’office, au village aujourd’hui avons une fanfare, sonnerie pour une libellule défunte.

