Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Lignages 2,3

    Quittâmes ces limbes,
    La ville, derrière, devenait noire.
    Peut-être qu’il y avait encore, très haut,
    L’archange terrassant avec ses plumes d’or.
    Peut-être. Devant, c’était une plaine qui se resserre,
    Jaune colza, si laide, on y verrait passer des troupes
    De soldats. Seulement passer.

    On alla au bord d’un chemin
    Qui lui aussi s’en va,
    Près des marais comme on disait
    Les autrefois, mais ne sont plus
    Que peupleraies ponctuées
    De pan-pans qu’on met sur les autels.

    26 septembre 2015

  • Lignages 2,2

    Une maison posée sur l’été,
    Il se souvient de peu, d’herbes
    Sèches dans une allée, d’une
    Réfraction de la lumière.
    Tristes couloirs. C’est curieux.
    N’ont rien laissé que l’ennui d’eux,
    Comme un enduit de paresse,
    Bout de mur peint,
    Ne pouvait faire,
    Trop loin, trop petit
    Ou pas de train
    A la bonne heure
    Et quelque chose de faux dans l’air,
    Trouver un endroit sur la terre
    Ce n’est pas rien,
    Vivre à, se rendre.

    20 septembre 2015

  • Clignotements

    Enseignes publicitaires la nuit
    Georges Vermard
    [Enseignes publicitaires]
    Bibliothèque municipale de Lyon

    17 septembre 2015

  • Lignages 2,1

    Quant au retour venant de loin
    Il y avait la nuit dans l’eau
    Et des clignotements publicitaires
    Comme une autre ville sur les toits,
    Dernière, disant « C’est moi
    L’image de la cité sainte »,
    Il fallait se pencher à fin
    De l’entre-voir, garder en l’œil
    Ses merveilles, la brillance miroir
    Des portes, une forme de présence
    Où plonger mais trop vite passions,
    L’on traversait pourtant
    Endurant la douceur que
    Ça laissait en soi la route
    Et ce versant gravi par l’auto,
    Puis lentement glissions
    Vers l’immeuble utérin.

    12 septembre 2015

  • Lignages – 13

    Regardant ce qui reste d’avant,
    Peu, pas même du nécessaire,
    Étant sauf ce qui en soi
    Demeure malgré tout
    Caché très en-dessous
    Des lignes saisonnières,
    Enfouissé — ou quelques photos
    Grises de la vacance d’être
    En ce monde-là, on se clichait
    Rien que de temps en temps —
    Se dit que tu prends l’heur
    Pour en faire quoi
    Et de quel souvenir vivrons
    Quand nous serons ailleurs
    En le commun destin
    Et quelles visions en la tienne
    Aurons des maigres joies
    Comme faire dans les allées
    De risibles voyages en voiture à pédales. 
    Allions empropretés, coup serré du dimanche,
    Sur un béton d’époque qui voulait oublier
    Les grandes destructions, marcher en ayant l’air,
    Parmi rosiers, pelouses, exotiques verrières
    Et senteurs de crottin, rire mais peu
    À guignol en ne comprenant rien
    De ce théâtre — assis derrière —
    C’est que nous devions nous enterrer
    La mémoire des morts
    Et des trains
    [Toi si haut en-dedans, si loin,
    Dans ton silence, seulement
    Le cœur broyé et d’apparence éteint,
    Tu pleurais de tendresse peut-être]
    Allions, encore, de l’autre côté,
    Comme si l’oubli là-bas,
    L’espoir ou presque pas,
    Comme on va à la gare, partions.

    J’habiterai ta maison que je cherche. 


    5 septembre 2015

  • Horizontal et l’ennui

    notation 10

    Aurai passé six ans dans ce fauteuil aux coussins bleus.
    Maintenant, là-haut, les chiens me défont la nuit.

    La notation est un art de forêts inconnues. D. Hasselmann
    1 septembre 2015

  • Lignages – 12

    Je me cache autant que tu fuis
    Avec l’idée d’être né de moi
    Il y a longtemps, hors du langage,
    De la férocité,    
    Hors avant l’invention des villes,
    Des fanfares et du sang,
    Pas de souvenir d’expulsion,
    De la jetée, du passage,
    Il n’est aucun lieu traversé,
    Tous deux nous nous absentons.
    — Tu m’en veux.
    Dire n’aimer pas la mer trop large
    Et que je suis loin,
    Ce n’est pas ça, un voile entre nous,
    Des images,
    C’est ton personnage qui joue
    L’attente près des portes
    S’inclinant.
    Tu vas où tu ne sais,
    Comme en ce temps
    Conduit par l’obligation de vivre
    Tu allais sachant ne sachant
    Si le jour en vaut la peine,
    Peut-être déjà pensant
    Qu’à cet âge aussi bien
    Tu pourrais ne rien faire,
    Être là simplement
    Sous les arbres
    Près de l’eau,
    Mais tu mens.
    N’a souvenir des nuées
    Ni du vent, ni des mots
    Qu’on disait de toi
    — Leurs mots
    Dans un endroit très vague —
    Et de pas même un peu de vérité,
    De chaleur, qui l’eussent atteint.
    C’est contre cela qu’il fuit,
    Le devoir signer son pauvre nom d’ennui,
    Écrire la date au dos de rien
    — Il avait choisi les dessins sans doute
    C’est ainsi que passe la route,
    Toi, tu es son berger.
    Un jour il s’en irait loin de ta face
    Comme tu l’avais poussé hors de toi,
    Séparé, il entrerait dans la colère,
    Cherchant contre qui lutter,

    Contre qui plaire. 


    29 août 2015

  • Horizontal et l’ennui
    notation 9

    Un serpent vert tombé du manguier, certains le disent inoffensif, d’autres que le sang sort par les yeux.
    La notation est un art de forêts inconnues. D. Hasselmann

    25 août 2015

  • Lignages – 11

    Ne priait,
    N’invoquait pas, sans compter
    Qu’on ne parlait de la mère
    Ou des saints mais de rien,
    Un train saurait mieux faire
    Et dire qu’il s’en va
    Pendant qu’on nous clouait au vide,
    À la colère, et toi
    Dans ton affreux silence
    Tu voyais tout,
    Tu regardais.
    Ton bâton me rassure.
    Plutôt qu’entendre tomber
    Des lunes d’entre leurs dents,
    Passions les murs, ne sait comment,
    Pour être en l’eau des flaques,
    Des pourritures,
    Traîner, sentir des odeurs nouvelles,
    S’étendre corps et terre,
    Trouver seul que tu es heureux
    Même en bord d’égoût,
    Sur des remuements d’air
    Et la lenteur d’où, personne
    Pour t’énoncer vraiment
    Alors il faut aller soi-même,
    Un jour voyager loin,
    Par un train d’autre époque,
    Jusqu’à des sables ternes,
    Ne rien trouver qui vaille au ciel,
    À la mer, aux là-bas,
    S’encompagner de qui
    Qu’on ne reverra pas,
    Faire les poubelles en revenant
    Sur le bord des villas,
    Poser pour une photographie :
    Toi, peut-être un reflet
    Du corps des arbres
    Et lui avec ses jambes grêles.

    Es-tu si tu ne te dis pas. 

    22 août 2015

  • D’un peu loin

    Vue aérienne de Tassin-la-Demi-Lune et Champvert
    Georges Vermard
    Les Vues aériennes
    Bibliothèque municipale de Lyon

    19 août 2015

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ISSN 2610-7449
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