Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • conversation – une question

    L’écrit ne pose plus
    La question du retour
    Le fleuve d’il y a des jours
    Coule encore très loin
    Sans m’avoir jamais dit
    Qui je suis
    Et la part manquante
    Laissée dans le jardin
    Celle qui m’attend selon tes mots
    Au tournant du chemin
    S’est jetée dans ses eaux
    Il me semble vois-tu
    Que c’est sans importance

      2010

    4 octobre 2014

  • Sigillature

    A Bologne, en Italie, se répand certains jours et à certaines heures un parfum de rose damascène, celle qu’on nomme la Rosa Turca. Un bloc-notes de poésie porte aussi ce nom qui signe quelques poèmes distillés avec minutie. C’est en passant par Sigillature, une gallerie de photographies, que je suis arrivé là. J’étais intrigué, non par les images en soi, mais parce qu’elles m’apparaissaient comme les signes d’une recherche liée au temps, au silence, à la lumière, quête d’un « quelque chose » existant depuis toujours. Est-il possible d’en dire un mot ?
    La cosa più difficile da dire

    “Ci sono cose per me che si assomigliano, che deriverebbero da una comune necessità: leggere come scrivere come guardare.”

    La cosa più difficile è quella di toccare la propria voce oltre il costrutto dei pensieri, delle visioni del mondo. Oltre le pose che abbiamo di noi. Ho riscritto varie volte quello che sto cercando di dire. Raggiungere la materialità di un segno – un indizio che significa restando intraducibile nel suo mistero. E si àncora là. Coprire la distanza fra le sabbie e la distesa del mare e il cielo e tutto intorno le dune che chiudono l’orizzonte, ma senza realizzare nello sguardo nessuna saldatura.
    Rintracciare la propria voce è anche perdere la lingua mentre proviamo le parole per attraversare questo sguardo sbarrato – questo sgombero favoloso. 
    Scrivo da sempre, con gli occhi chiusi.
    Bologna. 7 settembre 2014
    La chose la plus difficile à dire 

    “Il y a des choses, d’après moi, qui se ressemblent et qui dérivent d’une même nécessité: lire comme écrire, comme regarder.”

    La chose la plus difficile est celle de toucher sa propre voix au-delà de la tournure des pensées, des visions du monde. Au-delà de nos postures. J’ai écrit plusieurs fois ce que je suis en train de dire : atteindre la matérialité d’un signe – un indice qui signifie et qui reste intraduisible, ancré dans son mystère. Couvrir la distance entre les sables et l’étendue (ou la nappe) de la mer et le ciel et tout autour les dunes qui ferment l’horizon, sans qu’il y ait aucune soudure dans le regard.
    Retrouver les traces de sa propre voix c’est aussi perdre  la langue au moment où nous essayons les mots pour traverser ce regard barré – ce déblayage fabuleux. 
    Depuis toujours, j’écris les yeux fermés. 
    Traduction : Francesca Caggiano

    Lo scritto del mare
    Un profumo di verde
    Un profumo di verde
    nell’ora della sera
    giunge dal filo d’erba
    sorpreso
    fra due stagioni
    nel suo rigenerare.
    Bologna. 6 – 24 settembre 2014

    Textes et photographies de Rosaturca
    Sigillature, gallerie 
    rosaturca bloc-notes de poésie, Bologne 
    …immagini, port-folio
    Primo Canto 
    Journal d’Adriatique

    1 octobre 2014

  • conversation – conjonction

    A notre insu dis-tu
    L’oeuvre de la lumière
    (Ajouter le labeur du temps)

    D’où vient l’enchantement
    D’être là
    Malgré tout

    De cette danse des deux
    La lumière
    Le temps
    De cette conjonction
    Qui ferait la parole
    Le mot habitant parmi nous
    Au milieu
    Dans le ventre
    Le coeur
    Le mot à reconnaître
    Venu s’en retournant
    Nous laissant l’éclairante durée
    Du poème

      2010

    27 septembre 2014

  • Le blog de voyage de Jean-Arthur

    En 73, Jean-Arthur publie en ligne l’œuvre poétique qu’il vient d’achever. Sa diffusion est un échec. L’année suivante, il embarque pour l’Angleterre avec un ami, puis à partir de 75 voyage en Allemagne, Italie, Autriche, Hollande, aux Indes néerlandaises, etc. A Gênes, en novembre 78, avant de prendre un bateau pour Alexandrie, il ouvre « Le blog de Jean-Arthur ». Laissant la poésie au passé, il n’écrira plus désormais que des lettres sur le web, au gré du réseau rarement disponible dans les contrées où il se rend. Il destine d’abord son blog à sa famille et à de rares personnes, mais en 83 le rend public et le place sous licence Creative Commons. 
    Après tout, interroge Margantin dans la proposition de dissémination de ce mois de septembre : « Ecrire au monde entier », pourquoi Linné en Laponie ne tiendrait-il pas un blog aujourd’hui ? 
    Jean-Arthur l’a fait.
    LE BLOG DE JEAN-ARTHUR

    [La mise en forme du blog de J. A. est minimale. Difficile en effet d’imaginer comment il aurait utilisé cet outil. Le lecteur rectifiera de lui-même la datation des Lettres dont il n’est proposé qu’un florilège.]

    Tout le monde veut se faire photographier ici; même on offre une guinée par photographie. Mais ce n’est pas pour cela que j’ai acheté mon appareil, et j’en ai besoin pour autre chose. Je ne suis pas encore bien installé, ni au courant; mais je le serai vite, et je vous enverrai des choses curieuses.
    …
    Ci-inclus quelques photographies de moi-même par moi-même.
    …
    Les photographies incluses me représentent, l’une, debout sur une terrasse de la maison, l’autre, debout dans un jardin de café; une autre, les bras croisés dans un jardin de bananes. Tout cela est devenu blanc, à cause des mauvaises eaux qui me servent à laver; mais, dans la suite, je vais faire de meilleur travail. Ceci est seulement pour rappeler ma figure, et vous donner une idée des paysages d’ici. 

    Au revoir. 

    RIMBAUD

    25 septembre 2014

  • conversation – un seul est là

    Je sors à l’heure dernière
    Qui est l’heure si douce
    Où la lumière orange
    Chante dans le verger
    J’attends
    Que l’écrit s’impose
    Ou seulement quelque chose
    Proche de rien
    L’appel d’une grive
    La plongée d’un martin
    Quelqu’un pourrait venir
    Mais personne ne vient
    Un seul est là
    Qui ne parle pas
    Se tient tout entier
    Entre mon silence et le sien
    Au bord de ce qui m’attire

      2010

    20 septembre 2014

  • conversation – même nuit

    Nuit où personne ne passe
    Trop près de mon sommeil
    Nuit où les pieds laissent
    Leurs traces sur la peau
    Un même endroit d’heur et de peine
    Une même nuit
    Il y a les lames de verre
    Le rideau écarté
    Le corps à la frontière
    La pluie l’obscurité
    La lampe qui éclaire
    La monotonie du poème
    La végétation de mon pas
    Quand je m’éveille
    Et cherche les mots
    Avec lenteur dans la case

      2010

    18 septembre 2014

  • conversation – étonnement

    Là où je ne peux aller
    Ce que je ne peux dire
    Etrangement forment les mots
    Du paysage et du jeu

    S’estompe ce que l’on veut saisir

    Notre étonnement douloureux
    Court après la lumière
    En l’oeuvre qui se poursuit

      2010

    14 septembre 2014

  • conversation – attente

    Ton regard dans les branches
    Ma pensée inquiète
    Sont les contours de la nuit
    Balancement oscillation
    L’attente est dans le temps
    Notre forme d’être

    Je repasse la lettre souvent
    Cherchant ce qui fonde le mot
    Le dit désirant
    Tout cela signes traces
    Cette nécessité inscrite sur le ciel blanc
    N’existe plus pour nous
    En d’autres seulement
    Qui lisent le poème
    Encore n’est-ce qu’un appel
    Qu’ils lèvent en passant

      2010

    6 septembre 2014

  • conversation – décor de papier

    Quand il est trois heures de la nuit
    J’ouvre la porte bleue
    J’attends
    Les deux jacos frissonnent
    Il y a sur la table les traces d’une chanson

    Je rêve de créer des choses inutiles
    Un décor de papier où jouerai le silence
    Des couleurs pour le vent

      2010

    3 septembre 2014

  • Le 3 septembre en Cosaquie


    Cher Jan,

    Lisant il y a peu le désert des Tartares — ce grand livre m’avait jusqu’alors étrangement échappé — je ne pensai pas trouver un fort Bastiani toujours debout et servant désormais, selon vos mots, de refuge pour les dépaysés.

    Grâce à vous il est un lieu où l’on attend que survienne, non quelque fantasmagorique ennemi mais une merveilleuse présence, celle qu’offre la Poésie.

    En ce jour, à tous associé, l’un des derniers venus de vos cosaques vous souhaite d’étreindre longtemps encore, avec un coeur d’enfant, ce qui est beau derrière l’horizon.

    Serge Marcel R.

    Tableau de Jean-Baptiste-Camille Corot

    3 septembre 2014

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ISSN 2610-7449
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