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Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Chant du petit cossyphe

    La lumière s’efface
    C’est l’ombre entre les branches basses
    Prononcée par l’oiseau
    Ou lui-même est cette ombre
    En forme de jeu
    De mot qui danse
    Ce retrait quand la nuit s’avance
    Nuit rivage
    Au bord des grillons incessants
    Nuit nombreuse

    Devance la vague ombreuse
    Des cris sur le terrain
    Les enfants jouent dans la poussière
    Un voile descend
    Une nuée de fumées lentes
    Un couvert de voix clairsonnantes
    D’échos de bois fendu
    D’heurts de pieds nus contre la terre
    Enclin du soir
    Entre les cases
    Sur les sentes

    L’oiseau chante
    Nous passons
    Par le chemin de sa tendresse
    Par le clair incendie de sa joie
    Contre l’écorce des manguiers
    Il chante
    Et c’est si transparent
    Toute chose à l’écoute
    L’obscurité du bois
    Et le bord de la route
    Quand doucement s’impose
    L’imprévu de sa voix

    Mais vient la nuit incline
    Couvrant d’un pagne usé
    La ville les collines
    Le seuil où je me tiens
    Parmi les feuilles sèches
    Et le vent

    (2013)

    1 Mai 2014

  •                            marchons avec au front l’éclat de verre
                               d’une saison de détresse et d’ennui
    19 avril 2014

  • Nocturne

    Les mots glissent du toit jusqu’à la chaise
    La lune est assise sur le vent
    L’horizon est penché sur la cimaise du temps
    Entre la table et le mur blanc
    La peau du jour devenue douce et noire
    S’étire au bord du chemin
    La nuit tamise les étoiles
    Lentement jusqu’au matin

    12 avril 2014

  • Proto web-écriture africaine -60000 ans
    2 avril 2014

  • Écritures clandestines, les délaissées

    Durant ces dernière semaines, j’ai bordossé, un spectre d’idée en tête, impressionné sans doute par la proposition de Grégory Hosteins pour cette dissémination. Je cède malgré tout au désir d’écrire quelques lignes.
    Me suis un temps intéressé au jardin en mouvement de Gilles Clément parce qu’il y avait dans la concession voisine de splendides fleurs orangées, des mauvaises herbes, soi-disant, et qu’elles étaient venues chez moi.

    Le jardin en mouvement s’inspire de la friche : espace de vie laissé au libre développement des espèces qui s’y installent. Dans ce genre d’espace les énergies en présence –croissances, luttes, déplacements, échanges – ne rencontrent pas les obstacles ordinairement dressés pour contraindre la nature à la géométrie, à la propreté ou à toute autre principe culturel privilégiant l’aspect. Elles rencontrent le jardinier qui tente de les infléchir pour les tourner à son meilleur usage sans en altérer la richesse. « Faire le plus possible avec, le moins possible contre » résume la position du jardinier du Jardin en Mouvement.

    Jardin en mouvement Parc André Citroën
    copyleft G. C. parc A. Citroën

    Puis j’ai lu le Manifeste du Tiers-Paysage. J’apprécie peu le terme Manifeste et je n’ai pas tout compris, mais il y a là de quoi réfléchir, trouver une correspondance entre l’évolution de la diversité biologique et celle de la création dans l’espace web.

    Le Tiers-Paysage – fragment indécidé du Jardin Planétaire – désigne la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Il concerne les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc … A l’ensemble des délaissés viennent s’ajouter les territoires en réserve. Réserves de fait : lieux inaccessibles , sommets de montagne, lieux incultes, déserts ; réserves institutionnelles : parcs nationaux, parcs régionaux, « réserves naturelles ».
    Comparé à l’ensemble des territoires soumis à la maîtrise et à l’exploitation de l’homme, le Tiers-Paysage constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique. Les villes, les exploitations agricoles et forestières, les sites voués à l’industrie, au tourisme, à l’activité humaine, l’espace de maîtrise et de décision sélectionne la diversité et parfois l’exclut totalement. Le nombre d’espèces recensées dans un champ, une culture ou une forêt gérée est faible en comparaison du nombre recensé dans un délaissé qui leur est attenant.

    Considéré sous cet angle le Tiers-Paysage apparaît comme le réservoir génétique de la planète, l’espace du futur … 

    La prise en considération du Tiers-Paysage en tant que nécessité biologique conditionnant l’avenir des êtres vivants modifie la lecture du territoire et valorise des lieux habituellement considérés comme négligeables.

    Fragment indécidé du jardin planétaire, le Tiers-Paysage est constitué de l’ensemble des lieux délaissés par l’homme. Ces marges assemblent une diversité biologique qui n’est pas à ce jour répertoriée comme richesse.

    Tiers paysage renvoie à Tiers-État (et non à Tiers-Monde).

    Espace n’exprimant ni le pouvoir ni la soumission au pouvoir.

    Les espèces se développant dans un délaissé sont d’une certaine manière clandestines, bien que non cachées. Forme d’une nouvelle clandestinité, ouverte, mais non totalement maîtrisable par les pouvoirs de toutes sortes. Les écritures clandestines d’aujourd’hui leur seraient comparables. Elles couvrent sans « occuper » les espaces délaissés du web, hors des terrains exploités par les grandes entreprises culturelles. Tout aménagement génère, quoi qu’on fasse, explique Gilles Clément, une part d’espace non aménagé. Plutôt que d’être repoussées, chassées par contrainte, vers ces lieux réduits, elles les choisissent comme « champ » d’expression, de mouvement. Elles sont les bords de route, de voies ferrées, les talus, les fissures des murs urbains où germe toujours une semence. Les nouvelles écritures clandestines vivent dans les « espaces d’indécision » du territoire planétaire.

    dessin de Gilles Clément, Tiers-Paysage 
    dessin de Gilles Clément, Tiers-Paysage
    Dessins de Gilles Clément, le Tiers-Paysage

    29 mars 2014

  • Sur le fleuve une barque et l’horizon

            

       Sortait un sang léger
       Du petit corps à terre
       La nuit serait belle bientôt
       Et doucirait les choses
       Lui dans la chambre tard
       Penserait à la faute
       Peut-être écrit-on
       Parce que l’on regrette


              >   GÉNÉSIE
    25 mars 2014

  • En ligne : Génésie

    Sur le fleuve
    Une barque et l’horizon
    Devant soi
    Mais la ligne
    Est la lumière
    A nos pieds
    L’or mouvant d’un reflet
    En l’œil des poissons 

    En ligne ou plutôt sur la ligne prochaine, Génésie, poème un peu fluvial, qu’il faudrait lire, écouter, sans se laisser prendre par l’apparente gravité ou pesanteur, parce que le langage transpose à un autre étage. Génésie n’est surtout pas un texte sur l’enfance (foin des thèmes), mais à partir d’elle, en direction de la vie qui se fait dans la condition présente, un écrit à quitter ce qui d’elle, en elle, fonde l’oeuvre, si petite soit-elle,  des mots à découvrir qu’on a survécu malgré tout, qu’en nous est une sur-vie réelle, un au-delà de la peine qu’il y a d’aller jusqu’au bout du chemin.

    Une île au milieu de l’eau
    Petite et décharnée
    Faite de taillis austères
    Aisselles obscures d’un bras
    Une île où personne ne va
    En face est la frontière
    …

    En ligne prochaine, donc, et en libre accès, ici et où ça voudra se rendre.

    22 mars 2014

  • Sans lumière

    Là d’où l’on vient s’efface, on est jeté dehors. L’image est sur la glace, la main du temps s’impose, quelqu’un nous a chassés trop loin de sa pensée. Il fallait bien qu’on naisse, qu’on flotte à la surface, la mémoire d’avant au-dessous de la ligne et la matière de soi au milieu d’autres choses, d’autres êtres qu’on ne connait pas. Mise en terre dans l’oubli, mise à l’obscur du monde, on désespère non pas d’être mais d’avoir le cœur à côté, quand il faudrait chaque seconde accepter de ne rien savoir, consentir à ne rien vouloir et goûter de ne rien comprendre, voyager dans la nuit, se taire, attendre.

    15 mars 2014

  • lions couchés
    dans la saison sèche

    cendre
    brûlis

    7 mars 2014

  • Poétique du Petit Corps, C. Tisserand-Simon

    Ce mois-ci, ce sont les corps que nous disséminons annonçait Pierre Cendrin, le 1 février, sur le site de la webassociation des auteurs : le corps dans tous ses états. En Afrique, mais ailleurs aussi, quand on dit corps on pense aussitôt danse (et l’on frôle le lieu commun). Il se trouve que le lendemain, c’était fête à côté et que j’ai fait un bout de film. Point de départ, piste peut-être, sauf que j’étais sans écriture à disséminer. A voir quand même, ces images floues, sur petit écran :



    Sans texte donc qui ne soit pas mien sur le corps qui danse, j’ai vagué pendant des jours. Jusqu’à Recours au Poème et Poétique du Petit Corps :

    Bouger… Ne pas bouger
    Ne pas bouger
    Se dire bougeant
    Invitation poétique à réécrire le corps dans l’espace.
    N’est-ce pas, au fond, ce qu’est la danse ? 
    Traduction, re-présentation, bien entendu langage ?
    Poétique du Petit Corps est un long poème de Corinne Tisserand-Simon qu’elle présente dans son avant-propos comme un exercice de langage, une fantaisie poétique écrite à l’usage de ceux qui s’interrogent sur le corps, notamment les acteurs, les danseurs et toutes personnes désireuses d’approcher le théâtre et la danse. 
    Poème à vivre, à exercer, à représenter le corps. Poème à rendre le corps à son voyage, à sa parole. Poème qui prend corps et corps se faisant poème. Comme ce combat dansé qui transforme l’opposition de la lutte en un magique et poétique instant.



    Poétique du Petit Corps

    Bouger… Ne pas bouger
    Ne pas bouger
    Se dire bougeant

    Immobile
    Se dire immobile
    En attente d’un tremblement si preste
    Ou si long à venir…
    Longue dérision de l’espace rebelle
    Apte qui pourtant se veut doux limpide lucide translucide
    Immobile figé inerte
    Comme les statues d’antan qui dénigraient les mers inconnues.
    Immobile par peur du mouvement
    Qui abîmerait les jardins inondés de rosée                                   
    Immobile
    Le corps est dans le sépulcre des ans
    Immobile
    Le corps est là où tout n’est que tumulte jaillissement et tempête
    En attente en tension
    Il prête attention au silence de l’aube
    Bouger : s’autoriser à bouger
    Puis crier
    Rayer le silence d’un cri
    Changer la surface du monde
    En esquissant un tout petit mouvement
    Lâcher une pulsation
    Là où il est
    Ouvrir une béance
    Et regarder la béance
    Se voir dans la béance
    Ne pas la refermer tout de suite
    Y laisser s’installer l’œil
    Qu’il capte l’étendue du vide
    Provoquée par le si petit mouvement
    Laisser résonner le cri
    Jusqu’à ce qu’il se brise…
    Et refermer
    Ne pas bouger
    Etre immobile
    Arc-bouté sur l’espace refermé
    Rétention
    Se taire aussi
    Laisser le silence recouvrir le corps immobile
    La lumière est blanche ou grise
    On ne choisit pas
    C’est selon
    Mais sûrement pas les deux
    Même alternativement
    « ohé, remue-toi »
    Le corps entend
    Il trésaille
    La tête pivote légèrement…
    Mais non espoir en suspens
    Très lentement elle se replace comme avant
    Le corps s’endort
    Un peu plus loin un peu plus tard
    Dans l’obscurité un cri
    Aigu bref
    Comme une déchirure
    Une lame tranchante dans le vide de la nuit
    Encore le silence
    Revenu brutalement comme
    Le plomb qui scelle le mystère
    Des jours et des nuits
    Inquiétant comme
    Une menace d’éternité
    Le temps est long
    Nul ne peut savoir
    S’il poursuit encore son cours

    Le rythme s’accélère

    Extension rétraction extension rétraction…
    Puis…
    Très vite ça s’ouvre ça naît

    …

    lire l’avant-propos et l’intégralité du texte sur 
    Recours au Poème



    Corinne Tisserand-Simon

    #Cie Les Goupils @LesGoupils
    Moïra ou les Enfants du Désert, théâtre (Éd. ETGSO, vol 5, 2007)
    Petit Cri Cherche Petit Corps, théâtre (Éd. ETGSO, vol 12, 2011)
    Poétique du Petit Corps, 2001, poésie
    Petite Musique du Corps, 2003, poésie
    Ouvrages collectifs

    Merci à C. Tisserand-Simon et Recours au Poème
    d’avoir spontanément accueilli cette dissémination
    27 février 2014

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ISSN 2610-7449
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