Les Colious barrés (Colius striatus) sont des oiseaux malicieux, tapageurs, mangeurs de fruits, qui sévissent en bande désorganisée. Ils chapardent et aiment à se tenir tête en bas, sans doute pour se moquer des humains. Avec leur longue queue, leur face noire, leur air revêche et la couleur corail de leurs pattes, ils ressemblent aux pirates des Caraïbes. Ici, font la foire dans les aréquiers.
L’Akoo est un ruisseau (mais « river » en cartographie). Il traverse la partie supérieure du quartier et va grossir le Foulou près du stade omnisport Paul Biya d’Olembe. Pour une raison que j’ignore, de l’endroit où il est rejoint par le Ngonglong jusqu’à la rue 5.896, il est appelé Ngwando. Près de chez moi, un bras de lui, sans autre nom que « stream », vient disparaitre dans la terre.
Le samedi 13 décembre de l’an dernier, le soleil s’est « levé » à 6 heures 11 et « couché » à 18 heures 05. Au commencement de chaque heure, j’ai enregistré quelques secondes de l’atmosphère sonore de cette journée. 11 heures et 54 minutes de jour sont ici résumées en 1 minute 20.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Bord
Près de quoi l’on se trouve sans cesse, qui pour n’être pas funèbre commence par un baiser, rapprochement d’embouchures lointaines. Mais les chairs s’écartent, encerclent toute distance et t’exilent aussitôt ; le mot louvoie par vent contraire.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer à ma manière, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village dont le nombre d’occurrences est significatif.
Ville
Où, meurtrier, l’on se cache afin d’errer tout à son aise, l’innocent filant au désert vivre dans l’immobilité. Rongeant son multicorps, on la marche, la tourne en travers, on lui rogne les côtés. Mais contre nous d’autres la pensent autrement que par les abords ; toujours quelqu’un t’y met au ban. On fuit son ventre cannibale et ses yeux trop nombreux, allant seulement de temps en temps relever le piège de sa toile, au bois, dans les boutiques, passer l’heure à faire chou blanc et suçoter sans joie des liquides amers.
Le Coucal du Sénégal (Centropus senegalensis), ventre blanc, manteau roux et longue queue noire, est un oiseau plutôt balourd, essentiellement terrestre, sympathique. L’ayant vu quelquefois dans les environs, je ne pense pas me tromper en lui attribuant la voix que vous entendrez. Je repense à ce texte, peut-être un peu trop sombre, écrit en 2012, au lieu-dit Le pied du boa :
Le vent, les oiseaux, chacun va selon sa ligne, chacun trouve dans le ciel son horizon, mais en bas les hommes ont sous les yeux les cicatrices de la terre, les traces de leurs pas, le sombre éclat des frondaisons, quand la forêt baisse la tête, que chante le coucal triste. Pend un bout d’étoffe grise, traversé d’appels et de plaintes pour indiquer la direction, éluder la mort qui s’approche dans le regard froid de la nuit.
Le 08/10/2024, j’avais publié un tambour dans la nuit, d’assez médiocre qualité. L’enregistrement qui suit (à écouter avec un casque, si possible) rend de meilleure manière l’ambiance particulière de certaines heures nocturnes. Grillons, grenouilles, chant et tambour, quelques éclats de voix que l’on peut entendre avec un peu d’attention. Un climat qui me fait souvenir de celui (fortement dramatisé) décrit par Graham Greene dans son roman Le fond du problème, dont l’intrigue se déroule à Freetown. Les « descriptions africaines » de Greene sont parmi les meilleures (peu nombreuses d’ailleurs) que j’ai pu lire. Seul, à mon sens, Conrad a donné la plus forte image de ce climat, dans Le cœur des ténèbres, justement parce qu’il ne tente pas de décrire ce qui ne peut l’être. Ici, le fond et le cœur sont heureusement beaucoup plus détendus et joyeux.
19/11/2025 20:40
Le fond du problème, Graham Greene, Robert Laffont Le cœur des ténèbres, Joseph Conrad, Gallimard
Barthes, dans un cours au Collège de France intitulé « Comment vivre ensemble », disait que lorsqu’elle se détache de la conjugalité, la chambre, lieu du secret, du trésor (le sexe), isolé dans un lieu total (la maison), devient cellule, lieu ambivalent, à la fois celui d’un combat et celui du refuge de « l’intériorité pacifiante », citant Pascal pour qui le malheur est d’en sortir pour aller se divertir. Selon lui, la chambre est aussi sa propre structure, un réseau très souple des lieux fonctionnels qui se répartissent en elle comme autant de points précis : le lit, la table de travail, les rangements, le lit pouvant être une structure à soi seul, comme celui de la tante Léonie dans la Recherche du temps perdu. Ma chambre n’est pas celle de Léonie, ni celle de Proust, de Jacob ou de Giovanni, mais simplement la chambre de Marcel, dans laquelle j’écris. À ce titre, lieu d’écriture, je la considère comme faisant partie du quartier et vous livre un peu de sa sonorité.
19/11/2025 10:10
La Chambre de Jacob, Virginia Woolf, Éditions Stock La Chambre de Giovanni, James Baldwin, Payot et Rivages
Le multicouloir est l’organe buccal de la ville, un trou, dont la langue est nombreuse. La ville énonce ce qu’elle comprend, mais que dit-elle ? Rien. Ou le moins qu’elle puisse dire : pas plus que ce qui la compose, qu’elle contient et libère au sein de son multicouloir conjointement trou et mamelle : langue qui suit le fil de son ventre d’araigne. Chacun des termes de l’énoncé de la ville étant un point de sa trame langagière et vibration d’un corps participant de son lieu sonore, dire et ne rien dire s’équivalent ici. La ville est mutité parlante dans le trou de sa bouche, verbale endophasie qui tapisse son canevas mammaire, en qui toutes les espèces, humaines ou non, se déplacent et bruissent.