conversation – lieu troisième

Tu marcheras de nuit
Toujours tu empruntes
Et j’emprunte tes mots
Leur donne une couleur d’ici
De rouge terre de racines
De grain de peau
Matière noire par où je passe
Sans comprendre
Et tu comptes mes pas
Un à un sur le bois
Avec des pauses entre les lignes
Ce qui fait le poème
Ce peu de mots
Toujours les mêmes
Ce lieu troisième
Une certaine mutualité
Une douce et longue migration des signes

Juste une conversation
Au bord des arbres et de l’eau

Les mots et expressions en italique sont extraits de lettres ou de poèmes de Muriel Verstichel,
sauf restes et semence, de l’épitaphe de Paul Claudel. Batouri-Saint-Didier, 2010

conversation – un paysage

Un paysage vois-tu
Est ce qui reste de soi quand on part
Quand on tourne le dos
C’est un certain rendu de sa lumière
Qui nous efface sur le chemin du retour
Et nous sommes là dans son secret
Une toute petite part de lui un détail
De sa clarté qui s’était livrée doucement
A notre bassesse
Et lui-même (son secret en nous)
N’est qu’une vague
De la mer de cristal
La couleur d’un moment
Dans son éternité
Un son se retirant
Pour laisser les bateaux
Glisser jusqu’au rivage
Ou l’oiseau se poser quand il faut

2010
Repris partiellement en Génésie

conversation – cimetière

Il y a toujours un fleuve
A l’approche des tombes
Une presqu’île
Une barque engravée
Des mots d’un gris de peupliers
Sur la pierre lisse ou rugueuse
Une plaque municipale
Une semblance de jardin
Ce que les autres disent
Des morts qui sont là
Des anges et du gravier

Ayant laissé l’auto
Nous marchons sans parler
Vers des restes et une semence
Qui pour moi ne sont qu’une trace d’enfance
Mais pour toi un visage — deux plutôt
Quand tout s’écrit et tout s’efface
Dans l’herbier de la fin d’un monde

2010