Catégorie : Divers
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#bouffées d’Afrique, par Hélène Verdier
#bouffées #Afrique #ouphopoau soleil révélant flamboyant indigo @chemintournant @noel_talipo @lautrehidalgo pic.twitter.com/BYbsW4TNSJ— hverdier (@h_verdier) 10 Juin 2015
etsur
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Trois poèmes de Jean-Joseph Rabearivelo
Que de fois relayés
et que de fois les mêmes,
dans la lumière ruisselante,
les laboureurs de l’azur ?Ont semé quelles graines,
ont planté quelles tiges
au royaume du vent,
et sur les monts arasés ?Sont en quel inconnu,
derrière quel feuillage
et sur quelle herbe haute,
près des rives du soir ?– Boivent à une source noire,
arrachent cressons et menthes,
puis, couchés sur le dos,
regardent les astres croîtrejusqu’à votre éclosion,
ô glaïeuls rouges et noirs,
et jusqu’au saccage par le jour
de leurs aires aériennes.*Sœurs du silence en la tristesse,
les fleurs qui n’ont que leur beauté
et leur solitude,
les fleurs – morceaux de cœur terrien
palpitant à l’unisson des nids –
dorment-elles ici, font-elles des rêves
sur la fin de leur destinée ?Les doigts
qui ne voulaient d’elles que leur jeunesse,
les doigts se sont tous joints
dans la chaude blancheur des draps –
sauf les miens qui sont si frêles
et qui savent tant choyer
les choses délicates.Mes lèvres aussi frôlent les fleurs,
les fleurs devenues plus mystérieuses,
et plus belles, et brusquement hardies.Et j’entends,
mêlées à la respiration des herbes,
leurs dernières confidences.
Ah ! comme elles seraient douloureuses
sans ces parfums pacifiques, Seigneur,
qui s’évadent avec leur vie !*Écoute les filles de la pluie
qui se poursuivent en chantant
et glissent
sur les radeaux d’argile
ou d’herbes de glaïeuls
qui couvrent les maisons des vivants.Elles chantent,
et leurs chants sont si passionnés
qu’ils deviennent des sanglots
et se réduisent en confidences…
Peut-être pour mieux faire entendre
cet appel d’oiseau qui t’émeut.Un oiseau seul au cœur de la nuit,
et il ne craint pas d’être ravi par les ondines ?
Ô miracle ! ô don inattendu !
Pourquoi rentres-tu si tard ?
Un autre a-t-il pris ton nid
tandis que tu étais en quête d’un rêve au bout du monde ?TRADUIT DE LA NUIT (1935)
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Disparition d’un corps
Le blog un corps a été supprimé. Jour et heure de sa dernière trace sur le web : 14 sept. 2014 16:28:39 GMT. Ai lu ce texte sans nom d’auteur – andreï ? l’homme, visiblement, celui aussi d’un compte Twitter – depuis son commencement (ou sa fin) #100. Le dernier # paru est le 42. Pensé plusieurs fois envoyer un message, ne l’ai pas fait craignant d’être indiscret. Puis un corps a disparu. Il manque. C’était un corps sous licence ; en voici les derniers mots retrouvés.un corps#42ce n’est pas Ernst Vacis qui avait ditle premieril faut fuir tout corpsce n’est pas lui qui disaitil fautcourir vite, courir si vite et croire qu’ainsi nous pourrions devancernos membresil faut parfois se tenir en embuscade et les saisirles jeter dans des fosses#43andreï dit qu’un jour la douleurrendra le passage à la voixet que je parlerai des heuressans nommer un organe ou un nerfsans cracher des histoires de cellules ou de crânesdes heureset d’autres heures encoreà dire au-delà de nos livres – à accumuler les prières#44j’ai oublié mon poing brisant les écrans et faisant d’Ernst Vacisde son visageune purée d’osje n’ai pas oublié – andreï – ton chant d’homme aviné – dans nos planques et jusque dans nos cages et je n’ai jamais su qui avait pu, secrètement, apporter ces bouteillesje n’ai pas oublié ce chant ni mon silence#45nous avançons – j’ai une main comprimant mon ventre et l’autretenant l’un de nos livresou montrant à andreï nos tracesnous sommes passés ici il y a des jours – depuisj’ai trop souvent regretté de résider dans mon corps – j’ai oubliéparfoisce qu’il fallait détruire#46nous devons fuir l’argile et les insectes fouillant les petits tas spongieuxque nous sommes – nous devonsregagner le verre et l’acierles immeubles, tous les immeubles – andreï – et d’abord celui où je t’ai vu déclamerUN CORPS EST est tout ce que ce que nous avons su maudire#47andreï maintenant nous devonsnous devons fuirj’ai dit ces mots à tant d’époquesdans tant d’anglesque mes voix se superposent – andreï acquiesce et tend son ventre vers la villeet attendque bientôt elle le traverse#48#49je m’appelle Ernst Vacis et je dis que bientôt(je parle de mes enfants oudes jours qui déboulent)bientôtnous ne ne saurons plus ce que vous nommezvotre aortebientôtnous aurons omisnos corps#50andreï me montreun tas d’insectes – il me dit qu’il entend déjàleurs ailes et leurs pattes craquer sous mon poidsje ne bouge pasj’attends que sa fièvre passe et que ses mains enterrent ses spasmesj’attends longtemps que sa voix s’épure#51je cherche un endroit où m’asseoirun endroit où le malaurait cessé de grandirl’argile est hostile – et c’est toute la villetoutes nos errancesque je ranimetoutes les heures où nous n’avons jamais pu nous ancrer
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Le 3 septembre en Cosaquie
Cher Jan,Lisant il y a peu le désert des Tartares — ce grand livre m’avait jusqu’alors étrangement échappé — je ne pensai pas trouver un fort Bastiani toujours debout et servant désormais, selon vos mots, de refuge pour les dépaysés.Grâce à vous il est un lieu où l’on attend que survienne, non quelque fantasmagorique ennemi mais une merveilleuse présence, celle qu’offre la Poésie.En ce jour, à tous associé, l’un des derniers venus de vos cosaques vous souhaite d’étreindre longtemps encore, avec un coeur d’enfant, ce qui est beau derrière l’horizon.Serge Marcel R.
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Sur le fleuve une barque et l’horizon
Sortait un sang léger
Du petit corps à terre
La nuit serait belle bientôt
Et doucirait les choses
Lui dans la chambre tard
Penserait à la faute
Peut-être écrit-on
Parce que l’on regrette
> GÉNÉSIE
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En ligne : Génésie
Sur le fleuve
Une barque et l’horizon
Devant soi
Mais la ligne
Est la lumière
A nos pieds
L’or mouvant d’un reflet
En l’œil des poissonsEn ligne ou plutôt sur la ligne prochaine, Génésie, poème un peu fluvial, qu’il faudrait lire, écouter, sans se laisser prendre par l’apparente gravité ou pesanteur, parce que le langage transpose à un autre étage. Génésie n’est surtout pas un texte sur l’enfance (foin des thèmes), mais à partir d’elle, en direction de la vie qui se fait dans la condition présente, un écrit à quitter ce qui d’elle, en elle, fonde l’oeuvre, si petite soit-elle, des mots à découvrir qu’on a survécu malgré tout, qu’en nous est une sur-vie réelle, un au-delà de la peine qu’il y a d’aller jusqu’au bout du chemin.Une île au milieu de l’eau
Petite et décharnée
Faite de taillis austères
Aisselles obscures d’un bras
Une île où personne ne va
En face est la frontière
…En ligne prochaine, donc, et en libre accès, ici et où ça voudra se rendre.
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Bois rouge dans la revue Arpa
Mappemondes, numéro 106-107 de la revue de poésie Arpa : 52 auteurs pour un tour du monde… Entre l’Italie et l’Irlande, le Cameroun avec un extrait de Bois rouge, poème pour instruments de la forêt.En sa nuit verteNaquit le chantChant du bois rougeChant du sangEt ce ne fut que nuit longtempsEt vent de la lune lointaine
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Antoine Maine
Les peupliersTremblent les feuilles du peuplier
Alors inquiets on lève les yeux
Et l’on interroge le ciel
Dans la crainte d’une nouvelle plaie à venirTremblent les feuilles du peuplier
Enfin ce n’est que la brise
Qui se glisse entre les branches
Et qui charrie dans son sillage
Le tintement des cloches qui là-haut vers les sommets
Accompagnait la marche du troupeau
Et les vertes senteurs
Que plantes et buissons gardaient au secret
Et que nous libérions à notre passageTremblent les feuilles du peuplier
Ce ne sont que souvenirs qui passentSi peu de lumière
Elle était toujours là semblant à portée de main
Dans la nuit qui venait de derrière les collines
Il la percevait qui brillait faiblement
Étoile en bout de course
Si peu de lumière
Elle était toujours là
Mais il attendrait demain
Demain
L’aube viendrait
Et dans la fraîcheur du matin blanc
Il se lèverait comme l’homme nouveau
Il se sentirait plus vaillant et capable enfin de l’atteindre
Demain il irait
Demain
D’un pas sûrEt les herbes folles gardent encore le souvenir de son passage
Un peu de poussière que le vent du large disperseAntoine Maine
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Amoureux, je te parle des fleurs
Pour Rosalie Scibor-Rylskaà Paul ClaudelAmoureux,maintenant que tu reposes dans cette terre qui reçoit tant de semences, qui nourrit tant de racines pour nous donner la pitance et l’ombre, qui porte tant de fondations à bout de glaise, de calcaire et de sable.Maintenant que tu as baissé les yeux, je peux te parler des fleurs et du vent dans les voiles et de la maison ordinaire qui berce ses occupants entre le ciel et la terre, de la bâtisse qui garde l’odeur du pain, remplit les coupes de vin et de liqueur ambrée.Je peux te parler de la main qui attise la braise dans l’âtre, qui retient la fraîcheur de l’eau et caresse la chevelure des enfants.Maintenant que le Pays devant toi s’est ouvert et que ses chemins te sont familiers, maintenant que la grande tache de soleil t’a prise en son milieu, ne laissant sur tes joues que des gouttes de cristal qui brillent avec la rosée,je peux te parler de la voix qui a cherché ton oreille dans la brise du large, dans les vagues stridents des quais, dans le vacarme des métropoles et dans le cri des orphelins.Nous avons habité des murailles flottantes plantées dans le désert, dormi sur des barques de fortune dans les courants contraires, compté les astres jour et nuit sous le regard de Dieu.Maintenant que tu as rangé tout cela dans les livres, je peux te parler de la côte tant désirée qui manquait à mon flanc.Je n’ai jamais connu que toi sur le pont des bateaux qui m’éloignaient de Vous.Vous, Dieu et Toi en longs conciliabules qui résonnaient souvent dans les plis de mon âme. Dieu et Toi à qui je rendais grâce en une même flamme intime et volubile.Maintenant que tu l’as rejoint en passant par mon cœur, je peux te parler des longs jeûnes de douceur, des famines de joie, du parfum de ta peau qui embaumait les chambres de solitude, de la prière qui avait tes yeux, tes lèvres, ton sourire.Maintenant que le silence s’est tu.*La femme n’a ni terre, ni pays, ni maison que l’homme ne lui destine.Elle marche toujours sans savoir ce que l’Amoureux fait de sa vie, s’il construit des châteaux de cartes ou des citadelles imprenables. Elle sonde les arcanes, traverse les douves.Elle oscille au gré de son souffle et de sa main.Elle porte ses petits et fait pousser des courbes là où il n’y avait que des plaines d’eau et de sang.Elle cherche l’herbe verte dans la neige, un peu d’or dans la boue, réclame des pluies sucrées et des parures de soie.Elle veut convaincre Dieu qu’une vie simple n’est possible qu’ayant trouvé l’âme de son âme et le cœur de son cœur, l’homme qui bat pour elle sur la terre comme au ciel.*Amoureux qui n’a cessé de discuter entre le vice et la vertu, n’as-tu rien su de l’ange qui parlait d’amour, qui piquait de sa flèche tes yeux et ton cœur pour qu’ils s’ouvrent ?Toi, si propre, si moral, pourquoi as-tu craint de te tromper de musique quand l’orchestre et le chœur vibraient à l’unisson de l’air divin qui répondait à ton jardin secret ?Amoureux tu as gardé le goût du travail bien fait, l’efficacité du détail, l’honnêteté. Pourquoi n’as-tu jamais renoncé à toi-même ?*Quant à moi, je me suis maintenue sans pouvoir prendre contact avec d’autres réalités que l’exil.J’ai attendu sur des seuils inconnus, sur la proue des bateaux qui s’éloignaient des berges, sur le bord des frontières lointaines et des puits asséchés.Je me suis perdue dans les marges de tes cahiers sans savoir que tu gravais ma vie avec ton sang, sans estimer jamais mes possibilités à leur juste valeur, quand d’autres s’éprenaient de mon apparence lascive et dissolue.Ainsi, sommes-nous tombés l’un dans l’autre, en nous croisant sans cesse dans une valse folle qui ignorait les corps.Aujourd’hui encore il me semble t’attendre à l’autre bout de l’éternité. Ne m’as-tu pas promis le paradis, malgré moi, malgré tout ?Malgré trop de confiance ou pas assez, malgré l’abus ou l’échec ?Toutes ces vaines choses, toutes ces futilités glissent à présent sur ma pierre rose et grise comme le reflet de la lumière qui joue avec tes mots :Seulela roseest assez fragilepour exprimerl’Éternité*Amoureux,je te parle des fleurs.Non pas de cette rose unique, de cette rose solitaire que ton regard n’a plus quittée. Mais de toutes les fleurs qui jaillissent en bouquets parmi les herbes folles, qui ornent les parterres des villes de mica, qui égaient les tables des fêtes, des fleurs qui se rassemblent autour des sépultures.Non pas de cette rose forte dans l’orage, fragile dans l’ondée qui retient dans son flanc la source où tu t’épanches, mais de ces fleurs sauvages qui dansent dans l’ivraie et chantent entre les pierres.Je te parle des fleurs qu’on jette dans l’immense océan et qui ne sont pas tristes dans l’Éternité, de celles qui surgissent au-dessous du niveau de la mer et mêlent, dans les profondeurs, leurs couleurs radieuses aux algues et aux poissons.Non pas de cette rose belle parmi les roses qui une fois fanée dissipera l’image de la beauté et bandera tes yeux avec le souvenir.Je te parle des fleurs qui se fraient un passage dans les sentiers perdus des épaisses forêts, de celles qui s’épanouissent quel que soit le climat, la saison, le chaos, de celles que tu as tant appelées par leur nom.Je te parle du lys du Bon Dieu, des fleurs qui crient vers toi :– Que mon bien-aimé entre dans son jardin et qu’il en mange les fruits exquis.Et quand je te parle des fleurs, Amoureux, voici les grandes larmes qui sortent, et que tu me réponds. Voici que le ciel s’écarte pour nous laisser entendre l’innocence et la grâce des journées.Je suis ici avec toi et tu vois mon visage enfin et tout s’efface et tout s’écrit dans l’herbier de la fin d’un monde.C’est Dieu en cet instant qui nous parle des fleurs.Muriel VerstichelAmoureux, je te parle des fleurs(Avec l’amicale autorisation de l’auteur)LES RACINES DE PAPIER – 2006COLLECTION SÈVE & ENCRE



