Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Topographie sonore du quartier 34

    Coasseries, grillonages et tambourination

    Le 08/10/2024, j’avais publié un tambour dans la nuit, d’assez médiocre qualité. L’enregistrement qui suit (à écouter avec un casque, si possible) rend de meilleure manière l’ambiance particulière de certaines heures nocturnes. Grillons, grenouilles, chant et tambour, quelques éclats de voix que l’on peut entendre avec un peu d’attention. Un climat qui me fait souvenir de celui (fortement dramatisé) décrit par Graham Greene dans son roman Le fond du problème, dont l’intrigue se déroule à Freetown. Les « descriptions africaines » de Greene sont parmi les meilleures (peu nombreuses d’ailleurs) que j’ai pu lire. Seul, à mon sens, Conrad a donné la plus forte image de ce climat, dans Le cœur des ténèbres, justement parce qu’il ne tente pas de décrire ce qui ne peut l’être. Ici, le fond et le cœur sont heureusement beaucoup plus détendus et joyeux.

    19/11/2025 20:40

    Le fond du problème, Graham Greene, Robert Laffont
    Le cœur des ténèbres, Joseph Conrad, Gallimard

    28 novembre 2025
    Afrique, Cameroun, Chant, Milieu urabain, Quartier, Sons, Tambour, Topographie, Ville, Voix, Yaoundé

  • Topographie sonore du quartier 33

    La chambre de Marcel

    Barthes, dans un cours au Collège de France intitulé « Comment vivre ensemble », disait que lorsqu’elle se détache de la conjugalité, la chambre, lieu du secret, du trésor (le sexe), isolé dans un lieu total (la maison), devient cellule, lieu ambivalent, à la fois celui d’un combat et celui du refuge de « l’intériorité pacifiante », citant Pascal pour qui le malheur est d’en sortir pour aller se divertir. Selon lui, la chambre est aussi sa propre structure, un réseau très souple des lieux fonctionnels qui se répartissent en elle comme autant de points précis : le lit, la table de travail, les rangements, le lit pouvant être une structure à soi seul, comme celui de la tante Léonie dans la Recherche du temps perdu. Ma chambre n’est pas celle de Léonie, ni celle de Proust, de Jacob ou de Giovanni, mais simplement la chambre de Marcel, dans laquelle j’écris. À ce titre, lieu d’écriture, je la considère comme faisant partie du quartier et vous livre un peu de sa sonorité.

    19/11/2025 10:10

    La Chambre de Jacob, Virginia Woolf, Éditions Stock
    La Chambre de Giovanni, James Baldwin, Payot et Rivages

    20 novembre 2025
    Afrique, Bruits, Chambre, Milieu urbain, Quartier, Sons, Topographie, Ville, Yaoundé

  • La ville est un multicouloir 9

    Le multicouloir est l’organe buccal de la ville, un trou, dont la langue est nombreuse. La ville énonce ce qu’elle comprend, mais que dit-elle ? Rien. Ou le moins qu’elle puisse dire : pas plus que ce qui la compose, qu’elle contient et libère au sein de son multicouloir conjointement trou et mamelle : langue qui suit le fil de son ventre d’araigne. Chacun des termes de l’énoncé de la ville étant un point de sa trame langagière et vibration d’un corps participant de son lieu sonore, dire et ne rien dire s’équivalent ici. La ville est mutité parlante dans le trou de sa bouche, verbale endophasie qui tapisse son canevas mammaire, en qui toutes les espèces, humaines ou non, se déplacent et bruissent.

    Fin

    11 novembre 2025
    Corps, Couloir, Fenêtre, Langage, Ville

  • La ville est un multicouloir 8

    Le multicouloir en qui ce dire courre ou glisse, épouse la morphologie de la ville. Sans les reliefs qu’elle étage, qui ne se bornent pas au modelé visible des surfaces, à la variation des contours, et partant au dessin d’ensemble, dans un cadre, de toutes les choses qui se touchent, dont les points sous-tendent un fil mystérieux, ce dire ne serait qu’un monologue ennuyeux, un discours recto tono. Le fil que fabrique le ventre d’araignée de la ville en son multicentre immobile forme la chambre d’écho de l’atmosphère sonore et la trame langagière qui emplissent le multicouloir de son corps. Les gens qui vont le suivant, ainsi que les bêtes sur leurs jambes grêles et les espèces ailées, mais aussi êtres et choses qui se meuvent sans quitter leur place, en même temps qu’étant multiple terme de son énoncé, traversent le dire de la ville et par lui sont traversés.

    6 novembre 2025
    Couloir, Fenêtre, Ville

  • Topographie sonore du quartier 32

    Un dimanche à 9 heures

    Depuis l’élection présidentielle du 12 octobre dernier, « l’ambiance » dominicale était comme suspendue, accrochée à l’incertitude, à un possible impossible. Le résultat ayant été proclamé, c’est reparti non pas « comme en 14 » mais « en 18 », année du précédent suffrage. L’ambiance reprend ses droits sur la ville. L’enregistreur est placé au centre de l’appartement, ouvert à trois points cardinaux.

    02/11/2025 09:12

    3 novembre 2025
    Ambiance, Cameroun, Milieu urbain, Quartier, Sons, Topographie, Ville

  • La ville est un multicouloir 7

    L’intervalle coïncidant à l’air que l’on respire, entre le sol et le niveau trois du multicouloir, rassemble les éléments particuliers à l’atmosphère sonore de la ville. L’atmosphère sonore de la ville est un lieu, plutôt qu’une ambiance. Du terme lieu ressort davantage le volume de sa matérialité. Qui sait écouter en perçoit l’étendue bien au-delà de ce que l’œil voit. L’ambiance est étroitement localisée, mesquine, franchit peu les limites de la concession ou du sous-quartier. Elle est réduite aux chansons d’un quelconque programme radiophonique, au charivari d’une soirée à boire, à l’éclat convenu des voix lors d’un visite-bébé. Tout autre est ce lieu, ce topos que les émissions produites par les autres degrés rejoignent, non un banal empilement de bruits semblables ailleurs, mais le dire même de la ville et son atmosphère sonore.

    31 octobre 2025
    Couloir, Fenêtre, Lieu, Ville

  • Topographie sonore du quartier 31

    Solo d’eau

    Les longues pluies d’octobre (qui tendent à s’espacer, présage d’une arrivée prochaine de la saison sèche), s’alliant aux « choses » de la terre ou aux fabrications humaines, font parfois varier leur musique. Ici, frappant la toiture tôlée d’un abri, de grosses gouttes malicieuses s’adonnent à la percussion.

    28/10/2025 13:40
    29 octobre 2025
    Eau, Milieu urbain, Percussion, Pluie, Quartier, Solo, Sons, Topographie, Ville

  • La ville est un multicouloir 6

    Pentes rocheuses formant d’innombrables goulets, canaux de tournures et longueurs diverses, voies de circulation, constituent au premier étage de la ville l’agencement du second degré de son multicouloir. Pour une meilleure lecture du plan, il conviendrait de légender en tenant compte d’une distinction entre couloir qui désigne proprement là où ça glisse et corridor, là où ça court. Mais qu’importe le nom. Corridor ou couloir, il est ici fréquent que l’un se transforme en l’autre, ce qui prouve la fluidité du vocabulaire. Et quand il pleut, tout se confond. La durée des orages, leur violence parfois, font que la raison courre, que le corps glisse et que dans les passages tout se noie.

    Les second et troisième degré du multicouloir de la ville se voilent lors de la saison sèche. L’image en devient floue. Une couche de poussière d’un rouge délavé d’oxyde de fer revêt les zones non bitumées de la croute du premier degré, dont les galeries et les veines se resserrent.

    28 octobre 2025
    Corridor, Couloir, Fenêtre, Pluie, Ville, Vocabulaire

  • La ville est un multicouloir 5

    Le troisième degré du multicouloir de la ville, va de la partie la plus élevée de la frondaison des manguiers, des touffes couronnant les stipes de palmiers, du faîte de chaque maison, building, lieu de culte quelle que soit son espèce et des pointes de poteaux, d’antennes ou de réservoirs d’eau, à une ligne de la troposphère que l’on peut situer à hauteur du vol crépusculaire des jacos. Son écart, partiellement colonisé par les émissions humaines, d’intensité variable selon le calendrier horaire, arpège surtout, outre le grésillement des ondes, certaines voix de rapaces, d’arondes, le verbiage rauque des corvidés et les gloussements de pigeons verts. Au-dessus s’enroulent les nuages, que l’on regarde passer.

    24 octobre 2025
    Couloir, Fenêtre, Ville

  • La ville est un multicouloir 4

    De sourdes cavités, les unes d’où l’on tire une eau plus ou moins saine, les autres dont le destin est d’avaler ce qui se perd, trouent à la verticale le haut de l’âge latéritique. Quant à la croute, que l’on cultive en ses moindres recoins, elle est surtout percée en son horizontal travers. Des murmurations racinaires, d’imperceptibles crissements, des clapotis et tapotements divers, ainsi qu’une gamme entière de vibrations, composent l’intervalle entre cette surface dominée et le premier étage de la ville, étendue dominante quoique superficielle, qui du triple niveau de son multicouloir est le second degré. Le plancher du premier étage de la ville, qu’on touche, sur qui les autos roulent et les gens vont, est zone de résonance intermédiaire. Elle prolonge les accords de la vie subterrienne et les répercute, bien qu’on ne les entende guère dans le concert urbain.

    21 octobre 2025
    Couloir, Fenêtre, Horizontal, Ville

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ISSN 2610-7449
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