Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Topographie sonore du quartier 31

    Solo d’eau

    Les longues pluies d’octobre (qui tendent à s’espacer, présage d’une arrivée prochaine de la saison sèche), s’alliant aux « choses » de la terre ou aux fabrications humaines, font parfois varier leur musique. Ici, frappant la toiture tôlée d’un abri, de grosses gouttes malicieuses s’adonnent à la percussion.

    28/10/2025 13:40
    29 octobre 2025
    Eau, Milieu urbain, Percussion, Pluie, Quartier, Solo, Sons, Topographie, Ville

  • La ville est un multicouloir 6

    Pentes rocheuses formant d’innombrables goulets, canaux de tournures et longueurs diverses, voies de circulation, constituent au premier étage de la ville l’agencement du second degré de son multicouloir. Pour une meilleure lecture du plan, il conviendrait de légender en tenant compte d’une distinction entre couloir qui désigne proprement là où ça glisse et corridor, là où ça court. Mais qu’importe le nom. Corridor ou couloir, il est ici fréquent que l’un se transforme en l’autre, ce qui prouve la fluidité du vocabulaire. Et quand il pleut, tout se confond. La durée des orages, leur violence parfois, font que la raison courre, que le corps glisse et que dans les passages tout se noie.

    Les second et troisième degré du multicouloir de la ville se voilent lors de la saison sèche. L’image en devient floue. Une couche de poussière d’un rouge délavé d’oxyde de fer revêt les zones non bitumées de la croute du premier degré, dont les galeries et les veines se resserrent.

    28 octobre 2025
    Corridor, Couloir, Fenêtre, Pluie, Ville, Vocabulaire

  • La ville est un multicouloir 5

    Le troisième degré du multicouloir de la ville, va de la partie la plus élevée de la frondaison des manguiers, des touffes couronnant les stipes de palmiers, du faîte de chaque maison, building, lieu de culte quelle que soit son espèce et des pointes de poteaux, d’antennes ou de réservoirs d’eau, à une ligne de la troposphère que l’on peut situer à hauteur du vol crépusculaire des jacos. Son écart, partiellement colonisé par les émissions humaines, d’intensité variable selon le calendrier horaire, arpège surtout, outre le grésillement des ondes, certaines voix de rapaces, d’arondes, le verbiage rauque des corvidés et les gloussements de pigeons verts. Au-dessus s’enroulent les nuages, que l’on regarde passer.

    24 octobre 2025
    Couloir, Fenêtre, Ville

  • La ville est un multicouloir 4

    De sourdes cavités, les unes d’où l’on tire une eau plus ou moins saine, les autres dont le destin est d’avaler ce qui se perd, trouent à la verticale le haut de l’âge latéritique. Quant à la croute, que l’on cultive en ses moindres recoins, elle est surtout percée en son horizontal travers. Des murmurations racinaires, d’imperceptibles crissements, des clapotis et tapotements divers, ainsi qu’une gamme entière de vibrations, composent l’intervalle entre cette surface dominée et le premier étage de la ville, étendue dominante quoique superficielle, qui du triple niveau de son multicouloir est le second degré. Le plancher du premier étage de la ville, qu’on touche, sur qui les autos roulent et les gens vont, est zone de résonance intermédiaire. Elle prolonge les accords de la vie subterrienne et les répercute, bien qu’on ne les entende guère dans le concert urbain.

    21 octobre 2025
    Couloir, Fenêtre, Horizontal, Ville

  • La ville est un multicouloir 3

    Le multicouloir de la ville est à triple niveau, défiant cependant toute horizontalité du plan. De plus, chacun de ses degrés s’étage à sa manière, se répète en se modifiant, selon la variabilité de sa marge d’espace et de temps. Le second degré diffère en hauteur, de vue et de sonorité, des autres qui paraissent presque infiniment grands. Entre eux, l’intervalle est joué par les cadences des locomotions animales et de la marche humaine, la rumeur tumultueuse et le froissement des ailes. Les gens qui vont à ras de chaussée ignorent l’impact sur leurs corps d’une activité souterraine. L’étagement premier, nommé communément sous-sol, se présente comme multiplement subdivisé en époques, dont les plus lointaines échappent à la non-magmatique conscience ordinaire. La dernière, vulgairement nommée croute, à qui les gens qui vont sont reliés par la plante des pieds, transpercée par le multicouloir économique, est une peau scarifiée et le reposoir des poubelles.

    17 octobre 2025
    Couloir, Fenêtre, Intervalle, Peau, Plan, Ville

  • La ville est un multicouloir 2

    Le vol en cercles des milans au-dessus de la ville a pour centre une proie que son œil isole. Le dessus de la ville est un couloir d’air qui monte et qui descend, où des cercles moins grands s’insèrent, tels ceux chaotiques des corbeaux blancs. L’humain est aussi proie dans le couloir central économique. L’image du cœur soi-disant de la ville est un abdomen d’araignée, tissant le fil diffus d’une errance non seulement permise, mais planifiée. Le plan de la ville révèle un multicouloir étoilé où tournent les taxis jaunes, comme au-dessus se resserre l’œil des milans noirs. La ville cartographiée montre donc un multicentre immobile, paisible si l’on exclut des maisons les drames de la conjugalité, de qui part son multicouloir et à qui il revient, image sur qui se calque un ventre à l’affut, ensemble producteur et dévoreur de biens.

    14 octobre 2025
    Couloir, Fenêtre, Plan, Ville

  • La ville est un multicouloir 1

    La ville est un multicouloir, autant qu’une fenêtre, pour tous les gens qui vont et les automobiles. Les choses qui professent d’être liées par des racines, végétales ou de terre, en fer ou de béton, liées au lieu tournant autour d’elles, se trouvent chacune au centre de la ville, fin et commencement de son multicouloir. La ville est donc aussi multicentre immobile, qui contraste avec la fureur de ses déplacements, car l’arbre, l’herbe, les maisons, n’ont jamais aboli l’errance. Les humains, qui ne cessent d’arpenter ce multicouloir, ont aux bêtes, qui sur leurs jambes grêles ne vont pas non plus sans souffrance, interdit la divagation. Mais il en est, chats, poules nourries de peu, qui se dérobent à cette condition, ainsi que les espèces sauvages pour qui la ville n’est qu’un trou au sein des espaces nommés verts, comme elle l’est pour moi-même, bien que différemment.

    10 octobre 2025
    Fenêtre, Ville

  • Le Verbe, ce soir – Jean-Paul Prat

    Après avoir été laissé quelques mois en jachère, Chemin tournant repart, avec un poème du compositeur Jean-Paul Prat, que je vous invite à dire, à voix haute ou basse, mais à voix.

    En suite de L’image de la ville, que vous pouvez relire ici, je publierai bientôt La ville est un multicouloir, avant d’aller du Portugal à l’embouchure du Wouri, avec La nuit et le voyage, en cinq étapes d’une pérégrination urbano-maritime. De-ci de-là, se poursuivra la Topographie sonore du quartier .

    C’est avec joie que je vous attends poétiquement au tournant.

    Le Verbe, ce soir !

    I
    La danse des nuages, la sarabande de l’outre-mémoire,
    le Verbe me manque encore ce soir
    plus que les Angélus et les Pater noster,
    plus que le rire sonore de naïfs enfants
    bondissant sur les vagues de la mer
    à l’heure où se retire le soleil rougissant.

    Des traits dans le ciel bleu du crépuscule,
    le secret des lignes courbes du jour qui s’endort,
    le vieillard épuisé qui résiste à la mort
    et le chant doux des chouettes qui hululent
    quand le vert des prairies tarde à devenir noir,
    encore, encore… me manque le Verbe ce soir.

    Les polichinelles ont fermé les écluses de la nuit,
    il n’est plus temps de regimber,
    il est trop tard pour s’attarder
    dans le jour finissant, la lumière qui s’enfuit
    oubliant le cristal, le rire des bambins
    ce soir, sous les étoiles, dans le halo blafard de la lune qui point.

    II
    De la berge à l’aurore où l’onde glissante a bu
    il n’y a qu’un pas, rien qu’un pas, rien de plus ;
    courir à bout de souffle entre les bords du vide,
    entre l’île et le vent entre l’aube et l’espoir,
    gagné par la sourde ivresse, battu par les rapides,
    les cascades… encore… le Verbe me manque ce soir !

    Déjà les caïmans se chauffent au soleil,
    silencieux, comme des troncs d’arbres morts ;
    la poussière, les éclairs, les trilles des oiseaux,
    les croas des corneilles, les hiiis des chevaux,
    rien ne pourra jamais les tirer du sommeil…
    Ce soir le Verbe me manque si fort

    Si forts sont les andins nés de la pourriture,
    tirant tout droit sur des sols desséchés ;
    bien sûr il faut attendre, bien sûr il faut lutter
    et pleurer en entendant les cris de la nature.
    Les bergères ont déjà rangé dans leurs couffins
    leurs livres, leurs tricots, leur cœur… jusqu’au petit matin.

    III
    S’arrêter un instant sous le chagrin des arbres morts
    et ne plus guerroyer !
    La lune s’est cachée sous des rideaux de brume,
    frissons d’agave, parfum d’agrumes,
    le monde a vacillé…
    Se jouer des tourments dans la nuit qui s’endort.

    Clapotis, bruissements, sérénade des feuilles sous le vent
    quand le passé frappe à la porte
    et qu’il ne reste plus que des gémissements
    que la colère emporte,
    le cri des hiboux, le vert, le blanc, le noir…
    et le manque du Verbe, ce soir !

    S’allongent les plis de lassitude
    comme un drap de lin bleu froissé par le sommeil ;
    les bêtes se sont tues, sonne la solitude
    et le roucoulement du pigeon qui s’éveille ;
    le matin a tout pris : les oiseaux, la poussière, le silence…
    des pas sur le gravier… le secret de l’aube se balance !

    © Jean-Paul Prat

    9 octobre 2025

  • D’Ailleurs poésie, une chronique

    Florent Tonellio, sur le site D’Ailleurs poésie, qui rassemble des autrices et auteurs francophones, a rédigé une belle chronique à propos de Tout commence par les marimbas de la nuit et donne lecture d’un extrait de Bois rouge.

    Je vous invite à la lire et à découvrir D’Ailleurs : c’est ici

    1 septembre 2025
    La rumeur libre, Parution, Poésie

  • « Tout commence » commence…

    Après le Marché de la Poésie, il a fallu attendre que le catalogage de Tout commence par les marimbas de la nuit soit effectif.

    L’ouvrage est désormais disponible en librairie et sur le site de l’éditeur.

    Bois rouge, Génésie et Lignages, commencent une nouvelle vie sous forme de livre.

    Collection Plupart du temps ISBN/ 978-2-35577-398-3

    Format 141 x 192  Couverture avec rabats 96 pages

    15 juillet 2025
    La rumeur libre, Poésie, Poésie contemporaine

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ISSN 2610-7449
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