Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • notes à propos d’un paysage (15)

    Au pays de Pygas il est en corps un lieu qu’ignorent les cartes à la surface, l’endroit d’une autre chair, un esprit différent dans la foule des arbres ou dans le veld urbain, la zone des solitudes qui n’a mesure que le regard de l’un, façon de se toiser, de tendre et traverser le miroir de l’accoutumé.

    Paysage qui diffère, ce corps réprimé comme les forêts saignent.

    Tout est dans l’œil, lampe du soma disait un quelqu’un sous la règle du vent, mais nous enténèbrent trop de globes sans clarté, opaques verriers de haine depuis deux cent mille ans. Passons au travers d’eux comme brisent la route les spores des fougères.

    Paysage abusé-corps contraint. Silence-réponse aux dominations, en face, à l’opposé du monstre, de ses abatteuses mécaniques et ses lourds bouteurs de terre.

    la reine Pygas, dessin de Serge Marcel Roche
    la reine Pygas
    6 Mai 2017

  • Ma vie au village – 79

    Un conduit de termite c’est en quoi nous vivons peut-être, déchiffrant dans l’obscur des bouts de phrases déchirées à quoi se résument les jours, des mots qui voudraient dormir. Le village s’enterre. Le soir, Z. va au boutique pour me chercher le pain. Lecture fragmentaire d’un journal d’emballage où l’on parle funérailles de la regrettée Rose, naissances vivantes et certains taux du cacao, mots qu’on dégrène d’un bruit sec, claquant. On s’encouche parfois avec la famine.

    Dessous, les grouillements fabriquent une horrible musique, celle des fourmis brunes dévore les cris humains, voix des pauvres rongée par des mâchoires de fer. Il y a des chambres affreuses où les démons sévissent, qui ont en gueule des crocs sanglants, d’infâmes petites dents, politiques et littéraires.

    C’est encore la nuit, et puis le double maléfique d’elle, on ne sait plus où se tenir comment, sinon à guetter des lucioles, passages d’enfantines brillances, à garder dans le cœur le chant des doux hiboux pour soustraire leur beauté au rictus des sorcières.

    On élucubrera des poèmes.

     

    29 avril 2017

  • notes à propos d’un paysage (14)

    Un paysage c’est ton-mon corps, ou celui d’autrui, ce sont tes lèvres de masque vivant, la négresse salive de ta bouche passant sous le pont que j’avale, et toute lecture épidermique faite du moindre creux, des plis, rivières, zone-savane, forêt-seconde et celle plus profonde en qui je n’entre pas, les grains de poivre à leur maturité, la source enfouie d’un ru, les senteurs de café sous le tissu du bois. c’est ça. Aussi là où je me promène en explorant tes vides.
    23 avril 2017

  • notes à propos d’un paysage (13)

    [Au bord de la route 10 j’ai vu à contre-jour une colonie de barbus chauves, il se peut que, mais ce sont eux qui s’agrippent en tous sens au tronc mort dans mon Serle & Morel et leur chrîp chrîp de voix.


    Plus tard, la tête blanche d’un cossyphe petit, de quoi tenir durant des jours.]

    Tout était vert sans cesse, j’imagine l’écœurement soudain de l’un, n’en plus pouvoir de n’avoir comme ciel que la peau de l’autre en avant de soi, une carte en détails de la surface humaine, qui cloque, qui pustule, et s’excavore aussi, noiraude à l’infini, ou sa vigueur, son salut, ce qui porte vers elle, au sein de la couleur du monstre s’arrêtant dans un cri à l’adresse des arbres : voulons voir ce que vous voyez, entendre ce que vous dites, quoi là-bas derrière la mer de vous ? eux qui se moquent que nous ignorions une onde même de leur pensée, et ce réprouvé d’entendre les radieux, les parlants à qui leur demande.

    Tout est moins vert — désert avance — et la poussière, les autos,
    que rarement désormais marchons en file indienne
    et qu’on ne sait plus lire les dos
    ni le silence

    : chacun dans sa peau
    17 avril 2017

  • Ma vie au village – humeur pascale

    Certains clercs, le ventre en avant, colonisent à coup de drôleries l’intelligence des fidèles. Du troupeau, il ne faudrait pas que les bêtes pensent. Ah ! la belle résurrection qu’on nous promet : tout se réveillera de chez les morts, sauf le cerveau.
    16 avril 2017

  • Ma vie au village – mouvement

    Deux ou trois passages de ce Ma vie traînent leurs pieds dans un laboratoire. Ne sachant où j’écrivais, j’ai voulu sans doute m’inventer une profession qui pourrait au moment donner un air de fiction, mais le village-ci n’est qu’une tombe à ciel ouvert. Il fallait du sang (qu’on me reproche) qu’il y ait de la glaire, des émonctules, de l’ichor, des débris. J’étais alors vivant, plus vivant qu’aujourd’hui à une certaine hauteur de strate, face souvent à des presque morts. Des qui mourraient tout le temps. J’allais au dispensaire plusieurs fois par semaine. Les heures au dortoir des tuberculeux ou dans la chambre à sida sont les plus belles de moi, d’être-là, ce que j’ai fait de plus utile au cours d’une vie de misère.
    8 avril 2017

  • Bout de lettre

    Lettre à F. (extraits) : suis à Ngola depuis une semaine, les dents, et encore pour une autre au moins, le temps d’arranger ça, mais S. c’est l’ennui, trop loin pour mes pieds d’où c’est un peu animé pour tromper la bête, et je me tape des insomnies ; pas d’écriture ou presque, rien ne vient sinon tension et dégoût, pas grand-chose d’intéressant à lire, ailleurs une telle masse de mots et de quoi quoi quoi nous étouffe, de l’air de l’air de l’air, en plus il fait une chaleur sans issue ; … merde, il ne faut pas que tu lâches l’écriture ( même si des périodes où tu ne peux pas, noter des bouts de quoi pour garder la main, quand tu reviendras de Ponton la Belle tu vas nous pondre quelque chose de bien) parce qu’il n’y a personne dans ce pays qui écrive au-dessus, ils s’arrêtent tous à tes chaussures … impression que tu es loin et pourtant le Congo c’est pas la mer à boire… moi je rêve d’Argentine où je n’irais sans doute jamais. etc.

    J’espère qu’on ne te surmène pas là-bas et qu’il y a du poisson braisé… Si tu trouves une carte-postale tu me rapportes ça.

     

    1 avril 2017
    Lettre

  • Ma vie au village – sorte d’intermède

    nous sommes tels que marchons sur lui, l’image de nos foulées

    un conduit de termite c’est en quoi nous vivons peut-être

    la ville encore, celle où je ( ) plus souvent,

    des bouts de phrases déchirées, à quoi se résument les jours, des mots qui voudraient dormir, le village s’enterre (en moi)

    mot d’ordre que le monde : achever l’objet fini


    29 mars 2017

  • glossaire incertain – 9

    Je cherche l’oiseau, plutôt je l’attends mais ne sachant qui. Le dernier jour peut-être sera le quand, les ailes de l’amour-temps proviendront du tout en bas de moi, au-dedans le plus haut. D’ici, hors traquet des montagnes et gobemouche bleu que je voyais ailleurs, j’ai près de quatre-vingts espèces dans un coin du cerveau. Sur les pages d’un carnet aussi, avec des timbres, des photos. Un crâne de calao.

    L’oiseau, c’est l’un de ceux qui passent. Cru voir un touraco, son violet magnifique, du bout de l’œil derrière la vitre de l’auto.

     

    24 mars 2017
    Oiseau

  • Horizontal et l’ennui

    (14)

    Deuil d’un homme tranché à la jugulaire, saigné au quartier comme un veau.
    Tambourinage, puis on oublie.

    19 mars 2017

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ISSN 2610-7449
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