Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • glossaire incertain – 3

    Deux pluviers lui courent sur son dos, des à triple collier, chasseurs de mouches égarées, en bonds de zoulous quand ils gobent. Là c’est toujours le soir, l’orage en biais de savane, loin le couple des seins pierreux, leur brume aréolaire, qu’on dit sacré pour l’un ― acquitter droit de passage. S’étendre au long du micaschiste, et nu s’il se pouvait, le corps métamorphique, proche à sentir le vieux volcan. Ça cogne le bois sans cesse, l’entendre chaque fois, ici où maintenant tu lis, et les insectes aussi, se glisser dans le rêve des simples éléphants, couché sur ton nom même. Et cette tête qui te poursuit comme hante l’enfance, avec ses yeux de pluie, devenue touristique, ploie quand tu banches le ciel lourd dans les mots.

     

    16 novembre 2016
    Glossaire, Rocher

  • Aslı Erdoğan

    Asli Erdogan

    Parfois, pourtant, très rarement, j’entends en moi une voix qui ne semble ni émaner d’un être humain ni s’adresser aux hommes. J’entends mon sang qui se réveille, coule de mes vieilles blessures, jaillit de mes veines ouvertes… J’entends des cris qui ravivent mes plus anciennes, mes plus authentiques terreurs et je me rappelle qu’ils sont nés du désir de vivre. Mes plaies ne parlent guère, mais elles ne mentent jamais. Pourtant leurs cris affreux, incohérents, viennent se briser sur des murs infranchissables et retombent en pluie sur ce sol, devenu mensonge, que sont le visage et le verbe des hommes. Leur son s’égare dans les méandres, les recoins, les impasses d’un labyrinthe et se propage dans le vide sans rencontrer un seul cœur.

    Aslı Erdoğan, Le bâtiment de pierre, Actes Sud, traduit du turc par Jean Descat

    Chères amies, collègues, journalistes, et membres de la presse,

    Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde-à-vue. Quatre personnes dont Can Dündar, (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc.

    Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la “vérité” et la “réalité”, et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde-à-vue (jusqu’à 30 jours)… 
    Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Ozgür Gündem, “journal kurde”. Malgré le fait que les conseillères n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire. 
    Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, a été également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme.

    Cette lettre est un appel d’urgence !

    La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que l’existence d’un régime totalitaire en Turquie, secouerait inévitablement, d’une façon ou d’une autre, aussi l’Europe entière. L’Europe est actuellement focalisée sur la “crise de réfugiés” et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, -auteurEs, journalistes, Kurdes, AléviEs, et bien sûr les femmes – payons le prix lourd de la “crise de démocratie”. L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que “l’Europe est l’Europe” : la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression… 

    Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant.

    Cordialement.

    Aslı Erdoğan, le 1er novembre 2016
    Prison Bakırköy Cezaevi, C-9, Istanbul

    Traduit du turc par le site Kedistan 

    Appel : Aslı Erdoğan, trois jours en décembre seraient un début…

    Tribune de Tieri Briet

    Pétition pour la libération d’Asli Erdoğan 

    Un extrait de texte chaque jour : Diacritik

    16 novembre 2016

  • F. S. Ndzomga / résidence – 2

    Avec le temps tu perds ton contenu au profit de l’eau, ce tout-autour, 
    ce dans quoi tu trempes. 
     inachevé 010
    eau du mur
    la résidence
    Il faut marcher

    I

    Il faut marcher pour découvrir jusqu’où coule la rivière, jusqu’où elle peut aller et ce qu’elle transporte dans son flanc érodé par le temps, et qui prend des formes effrayantes, quelques visages traumatisants de l’enfance et quelques morts. La rivière ne coule plus simplement au milieu du village, comme jadis ; elle ne transporte plus seulement des détritus bien choisis par exercice de son libre-arbitre. Dans un sens, la rivière étouffe maintenant, s’urbanise. 
    II
    Tu entres dans le week-end comme on entre dans un gouffre, un cimetière vivant, une cathédrale de fantasmagories. Sur les murs, tu trouves encore quelques traces d’une œuvre de Michel-Ange, une fresque bicolore qui laisse transparaître les coups de pinceau et le mélange des couleurs. La signature de l’artiste est sur un coin de mur décrépi, son nom et sa vie séparés par une lézarde qui s’est glissée là cinq fois de suite. 

    III

    En quête d’images de la ville, de profondeur, ce quelque chose qui s’énonce simplement et reflète si bien la vie. Quelques moments par le passé furent révélations, à force de ratures, à force de retourner le paysage dans tous les sens, à force de mercredi après-midi autour d’une table lisse et d’un silence qui donnait envie d’aller chercher le mot au fond de soi, à force d’écouter S. parler de Reverdy de quelques-uns de ses poèmes, un chemin tournant je crois bien, Cheng aussi, beaucoup de Cheng. Le simple n’a jamais surgi qu’à force de se laisser aller prendre la route, aller voir la Kadey, prendre quelques photos, vivre.
    IV
    Dans la nuit, il y a ce qui te rend triste : que l’autre ait vu cette main levée sans pour autant y prêter attention, ce qu’il y a tout autour, le périphérique, le superflu. Le périphérique fuit, s’efface, et le reste de la soirée n’est que jeu de dés et espoir d’un pardon total.

      © Franck Stéphane Ndzomga, 2016
      blog de Ndzomga :  Camisole et mots
      illustration : Kmo
      Des résidences d’écriture numérique, webassociation des auteurs

    12 novembre 2016

  • Ma vie au village – 64

    Sortilège de ce tombeau vert, un jour en sortirai-je ? si la brousse me désobsède ou le vent des prophéties, l’accord de soi avec un autre qui ne s’entend qu’en lui, ce souffle de derrière la mer, d’entre les arbres, qui ne s’écrit mais se profère, doucement, pour ne pas ajouter à la misère humaine. Vivre si longtemps de racines, des tubercules de la terre, comment ? avec un peu de pain solitaire et l’eau foreuse qui lave d’abord les morts puis nous contamine ― échapperons-nous à cette imaginaire copulation du pur et de l’impur ? ― tant et si à ne savoir, n’être ce qu’on donne à voir, presque rien de lui le lointain, le d’ailleurs (il paraît que) ni de son chemin qui tourne, personne ici ne le connaît. Un détail du paysage.
    10 novembre 2016

  • F. S. Ndzomga / en quelques mots

    au commencement était le refus
    l’arrogance

    je suis né et vous n’avez rien dit
    vous êtes parti au loin

    mon indignation restera à jamais juvénile

    je crée un nouveau monde et j’y vais

    la route est longue et poussiéreuse

    mais le monstre avance et enfante le texte
    le texte le cri et la patience

      camisole et mots
      des résidences d’écriture numérique

    8 novembre 2016

  • F. S. Ndzomga / résidence – 1

     
    En ville

    En ville, on se recueille devant des affiches publicitaires, quelqu’un qui peut et donc vous aussi même sans argent, sans eau, sans vêtement que celui du rêve entaché par la réalité. Il y a cette bière qui prétend représenter l’homme noir dans ce qu’il peut être selon tous les médias, exceller après la traite négrière, tous les commerces triangulaires et coloniaux, post-coloniaux, éternels. On vous encourage à vous faire enregistrer, parce que tout devient numérique et bientôt il n’y aura d’écrivains que les mathématiciens qui ne feront rien d’autre qu’aligner des zéros et des uns. L’idéal aurait été de voir la vie en noir ou blanc, mais il y a toutes ces couleurs, tous ces principes qui se dissolvent dans le cas pratique. Cette ville pue à bien des endroits, urines de qui est passé par là incontinent, si rattaché à ce désordre qui sature le paysage. Cette ville suffoque, donc tu t’arrêtes devant cette grande affiche publicitaire qui parle d’un prophète et d’une séance de délivrance et de miracles au stade du coin, ce soir, alléluia, sors de ce corps et rentres dans la terre, infeste-là de toute cette misère environnante. L’affiche parle de complots diaboliques, d’illuminatis, de rosicruciens et de francs-maçons. Tu en déduis aisément que toute richesse est sale et acquise au prix du sang. Tu deviens si fier d’être pauvre et de manquer de tout.
    Tu es un moto-taximan et vingt mètres plus loin un camion trop vieux, acheté usé en Europe, t’écrases la cervelle.

      © Franck Stéphane Ndzomga, 2016
      blog de Ndzomga :  Camisole et mots
      illustration : Kmo
      Des résidences d’écriture numérique, webassociation des auteurs

    5 novembre 2016

  • F. S. Ndzomga / résidence

     

    Je me nourris de haine, parce que d’où je viens aimer n’est qu’un prétexte à la procréation.

     D’où je viens, on commence par labourer la terre, semer la graine, nager et déféquer dans le fleuve. On vit d’abord et on choisit la vie ensuite, par défaut, comme si la direction à suivre allait se dessiner elle même au fil du temps, comme si les mots allaient venir des quatre coins de l’esprit pour former le discours.

    Le disparate a toujours été cet état initial, intermédiaire et final, colonne vertébrale d’un cycle où seul le vieillard sait ce qu’il avait à faire de sa vie; seul le mourant sait le métier de vivre, devenir ceci ou cela, ou bien peu de choses.


    D’où je viens, on ne choisit pas un travail ni la souffrance qui va avec; ça nous tombe dessus, écrasant tout, ne laissant qu’une petite ouverture à la joie ascétique.

    Cet Inachevé 014, deuxième ascèse, posté à 04:09, fait office de prologue à la résidence sur chemin tournant de Franck Stéphane Ndzomga, jeune auteur Camerounais
    qui
    > naît en 1996 à Obala (Centre)

    Je suis né ici dans la boue

    > s’enfance et + à Batouri (Est)

    J’avoue que tout ça n’était pas moi

    > s’exténue en ingénierie à Douala (Littoral)

    Ne pas écrire au moment opportun 
    Attendre le chaos la sueur et la fatigue

    > pose quelques textes sur Camisole et mots
    très occupé par la vie d’étudiant, et dit-il, un peu casanier.

    Le penser donc allant de la chambre à l’École, sur de mauvaises routes urbaines, questionnant : Que fait le poète à part se plaindre à longueur de journée?, l’entrevoir aussi brouilleur de pistes passant par la case initiatrice de l’écriture. La nécessité mécanique le contraint aujourd’hui à des parcours habituels plutôt rectilignes, mais son itinéraire poétique, devant, ne sera sans doute pas linéaire. En découvrir ici, au cours de cette résidence, des fragments annonciateurs.

    en 2009

     

      © Franck Stéphane Ndzomga, 2016
      blog de Ndzomga : Camisole et mots
      Illustration : Basquiat, Self-portrait 1982 Cultural discourse  
      Des résidences d’écriture numérique, webassociation des auteurs

     

    29 octobre 2016

  • glossaire incertain – 2

    Sur le côté, peau dure de carène qu’on ne radoube plus, de ces navires sans voyages qui guettent le départ d’autrui et puisent à cette tristesse du fond, l’exil, ou l’engouffrement sur des îles de chairs qui ne reviennent jamais, misaine des latrines à l’heure où le contrebas frise son crépu de métis anémié, ses pendeloques rousses, ce qui chute poussière sur le sol fatigué et l’ombre des marguerites, sa couleur vieux-banc frotté par la sueur et puis le tissu des fleurs crème, la bourse beigeâtre de ses fruits, son port qui s’émiette, le bruit d’échouement sec des barques embrûlées qu’il jette sur la terre quand il entend gémir dans la cuisson des cales. A son pied le passage pour gibier qui sent le lisier, l’urine, mène à des cours désertes où dort le passé.

    tek
    22 octobre 2016

  • glossaire incertain – 1

    Glossaire incertain de ce qui m’entoure. Nommer les êtres et les choses avec précaution, défaire la brutalité de nous. Lui, à l’angle, s’impose, avec au top des mains longues et nombreuses, tremblantes de sa vieillesse, des doigts qui pendillent séchés, craqueleux, un survivant mal-aimé qui se laisse emmousser par les vents, qui a des yeux jaunâtres de lichens et des petits points blancs, et personne ne caresse sa rugosité, les herbes ça ne doit pas connaître le malheur ou alors se taire comme certains humains, les exilés d’un lieu ou ceux l’étant de l’intérieur d’eux-mêmes, de la masse des autres surtout, murmurer parce qu’on est comme ça, un rien, de la race des sous-, moins qu’un esclave, moins qu’un chien, il trône en son coin pourtant, élancé, fidèle, un peu fier que personne ne sache où « il a la tête », si c’est en-haut où viennent les pieux-corbeaux, en bas où ses racines grises sur le dos de la terre forment un cercle restreint qui ombrent la matière, tout à son stipe droit dans le ciel pudique.

    elaeis guineensis

     

    15 octobre 2016
    Ciel, Glossaire, Palmier, Stipe

  • Ma vie au village -4- lecture par Jean-Paul Prat

    jeanpaulprat.fr

    13 octobre 2016

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ISSN 2610-7449
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