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Ma vie au village – 48
Tandis que clignote le coeur de Jésus on nous tue la parole, tue le vent, et l’amour que serait aussi dit quelqu’un le temps même, on l’éventre d’un mot, déchirant son espace de savoir si le leadership progresse au labo, si baisse la courbe des incontinents et les divers du reste, mais où ne sommes pas la lumière est belle pourtant / entre les murs jadis elle était le seul horizon, l’oeil ne voyant que signes et réfractions, oui parler sans saisir, happer, donnait un ciel au chaos, guidait à sortir un peu de notre étouffement, toujours se recevant figurait ce qui n’existe pas, le monde, le dieu, peut-être d’autres hommes, puis sans prendre, danser comme prolongement d’elle, être son corps alors hissait dans le réel le tout jusqu’au désir, on s’ôtait de l’imaginaire, mais ce ne fut qu’au début des âges / ceux-là censés nous rendre le verbe perdu, sa personne, aveugles autant que les démons, ne voient qu’au-dessus des fleurs de café la lumière est belle pourtantPygas je l’invente, elle me sort de la bouche, libre recluse étrange au centre des chassés qui migrèrent dans la nuit verte depuis les fleuves oubliés, l’unique encore munie d’ailes et du souvenir d’antan.
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Ma vie au village – 47
Applaudissez pour lui ! Au village il y a toujours un idiot. Bien que d’un autre genre, en brousse ici, c’est moi qui ne sort jamais dit-on, à peine s’il respire, il « travaille » à des sorcelleries d’ailleurs, écrit de nuit, dans la nuit, sur elle, des choses qu’on ne comprend pas, le jour l’orage de saison est retranché dans sa caverne, comme derrière un mur un train de marchandises qu’on charge et qui attend, les gens marchent le long des rails de poussière, on patiente jusqu’au soir le signal du vent, que l’enchainé se libère qu’il roule de gare en gare tambourine les tôles et que les lattis grincent craquent sous la poussée, enfin le corps rend grâce, les gouttes font des dessins sur les vitres de la raison, il recompose des vieux poèmes et ne lave jamais ses babouches, le temps ne lui suffit pas.
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Ma vie au village – 46
Alors l’eau chute de si haut que sur l’entôlage des nuits le vacarme prospère, cardiaque sanguinant à rouiller les jointures, tous les emboitements aux angles de l’esprit enformant le corps dans la mousse et dans les draps du lit, la pluie – d’abord jaculatoire – tombe vite grossie de toute sa pesanteur. Ensuite contre la gaze, l’affolement ailé des termites nubiles ; c’est que tout cherche la mort et la lumière. Les cœurs sont aux fenêtres, à la fraicheur qui passe, guet de ce qui libère et par terre aussi où se contorsionnant les iules ressemblent à des humains tragiques. Sommaire soulagement des surfaces de peau puis le jour revient qui cogne aux palmiers, tape son bois dans la longueur et c’est le paradis des mouches.Dessin de Pygas, la pauvre née, en fausse guerrière fabuleuse. Ce n’est pas la reine d’Ethiopie, pas mon rêve non plus, mais sur la branche après l’orage, seulement le chant de l’oiseau.
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Ma vie au village – 45
Trop long d’attendre les pluies, de suer sur la natte, tout le jour d’être l’œil collé aux hématies, à vos coprocultures et votre hypocrisie, corps entôlé dans le labo-cahute de n’avoir vent de rien qui tant soit peu féconde, pas d’histoire à redire ni de rêve ni de mots comme Mboumba et Ngoko ou le voyage d’une hirondelle. On allume un brasseur d’air et d’illusions optiques, d’auditives hallucinations : ké-ké-ké d’un indicateur ou l’autre encore qui chante hein-hein avec sa queue et nous emmènerait à l’arbre du jardin. On est calé dans la violence torpide de l’ennui ; dans les transpirations ; même à croire parfois qu’il n’y a plus de forniquerie, que s’éteignent les chairs sans eau, c’est qu’on attend les pluies (et aussi quoi qu’on dise, la fin).Je pense Pygas aux vieux seins, reine de Pygmésie, la crée dans pour ma sur-vie, elle ne retiendra pas le sang de votre attrait, les incendies qui nous consument, mais le temps vient de se reclure en soi, d’être heureux dans l’exil.
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Èlépi-ô ! 5
pour ce n° 5 d’Èlèpi-ô, « Parles »,
Senghor, lu par Léopold Sédardu même trois extraits des Chants pour Signare,
bricolage de brousse, sur une musique de Jean-Paul Pratet puis, cadoté par Anna Jouy pour Qazaq d’une lecture,
la livre ici à votre écoute
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Ma vie au village, autre intermède
Toi le village et moi depuis on ne se sent plus. Ma vie-là c’est de la broussaille, du bokassa, des détritus, une encrouture de marigot. Merci de m’avoir donné la parole mais si personne ne vient, c’est que tu es un pueblo de mierda. Pourtant jeudi surpassé, à l’orée de Mokolo, les abattoirs puaient toujours les douze bœufs sacrifiés du matin, j’ai fait quelques pas dans ton obscurité et vu que je t’aime encore. Alors pardon, redonne-moi la parole et ma nuit.
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le cancrelas ne murmure pas
ce que lisent les sauvages
– Toutes ces allégories ne signifient rien, vous n’avez pas répondu à ma question : « Pourquoi ? » J’attends impatiemment une réponse.– Je n’ai pas répondu au « pourquoi ? » Vous attendez une réponse au « pourquoi ? » reprit le capitaine avec un clignement d’yeux ; – ce petit mot « pourquoi ? » est répandu dans tout l’univers depuis la naissance du monde, madame ; à chaque instant toute la nature crie à son créateur « pourquoi ? » et voilà sept mille ans qu’elle attend en vain une réponse. Se peut-il que le capitaine Lébiadkine seul réponde à cette question et que sa réponse soit juste, madame ?– Tout cela est absurde et ne rime à rien ! répliqua Barbara Pétrovna irritée, – ce sont des allégories ; de plus, vous parlez trop pompeusement, monsieur, ce que je considère comme une impertinence.– Madame, poursuivit le capitaine sans l’écouter, je désirerais peut-être m’appeler Ernest, et pourtant je suis condamné à porter le vulgaire nom d’Ignace, – pourquoi cela, selon vous ? […] Je suis poète, madame, poète dans l’âme, je pourrais recevoir mille roubles d’un éditeur, et cependant je suis forcé de vivre dans un taudis, pourquoi ? pourquoi ? Madame, à mon avis, la Russie est un jeu de la nature, rien de plus !– Décidément vous ne pouvez rien dire de plus précis ?
– Je puis vous réciter une poésie, le Cancrelas, madame !
[…]
Tenez, madame, vous demandez : « pourquoi ? » La réponse est au fond de cette fable, en lettres de feu!
– Récitez votre fable !
Il existait sur la terre
Un modeste cancrelas ;
Un jour le pauvret, hélas !
Se laissa choir dans un verre
Or, ce verre était rempli
D’un aliment pour les mouches…– Seigneur, qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria Barbara Pétrovna.
– En été, quand on veut prendre des mouches, on met dans un verre un aliment dont elles sont friandes, se hâta d’expliquer le capitaine avec la mauvaise humeur d’un auteur troublé dans sa lecture, – n’importe quel imbécile comprendra, n’interrompez pas, n’interrompez pas, vous verrez, vous verrez…A cette vue, un grand cri,
S’adressant à Jupiter,
Sort aussitôt de leurs bouches
« Ne peux-tu donc pas ôter
Ces intrus de votre verre ? »
Arrive un vieillard sévère,
Le très noble Nikifor,– Je n’ai pas encore fini, mais cela ne fait rien, je vais vous raconter le reste en prose : Nikifor prend le verre, et, sans s’inquiéter des cris, jette les mouches, le cancrelas et tout le tremblement dans le bac aux ordures, ce qu’il aurait fallu faire depuis longtemps. Mais remarquez, remarquez, madame, que le cancrelas ne murmure pas ! Voilà la réponse à vore question, ajouta le capitaine en élevant la voix avec un accent de triomphe : « le cancrelas ne murmure pas ! »Dostoïevski, Les Démons







