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Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • L’image de la ville 8

    Reproduire, ici, n’est pas servilement copier l’image archivée dans la chambre de la mémoire, chambre qui est un trou bien plus noir encore que la ville, mais la recomposer à partir de son ombre. L’inconnu de l’image, si fortement éprouvé, n’en demeure pas moins ressemblance la plus fidèle à l’image de ce que nous avons vu. Si l’image, sa matière, est en quelque sorte le corps de son inconnu, l’inconnu lui, est en tant qu’esprit de l’image l’esprit de ce que nous avons vu. Re-produire l’image de ce que nous avons vu sera lui rendre une matérialité, de telle sorte que l’inconnu soit plus fortement perçu, éprouvé, que son corps. La forme donnée dans l’écrit à l’image, à partir de son ombre, sera telle que l’inconnu, qui ne peut se disjoindre d’elle, sera plus sensiblement et intellectuellement perçu. Il s’agit de re-produire une forme qui soit, plus que celle de la matière de l’image, une forme-apparition de sa ressemblance.

    ©Josef Albers Hommage to the square Blue green 1950
    WikiArt Fair use

    27 Mai 2025
    Archive, Chambre, Copie, Ecrit, Esprit, Image, Inconnu, Matière, Mémoire, Ombre, Ressemblance, trou, Ville

  • L’image de la ville 7

    La seconde transformation de l’image consiste en une reproduction de sa première copie, quand elle n’est encore que l’image de ce que nous voyons par la fenêtre de la chambre, au bord de la nuit. Aussitôt que nous voyons par la fenêtre, l’image est dans la chambre. Dans la chambre se retrouvent imagés le carré noir du trou de la ville qui n’est pas sans lumière, la couleur du rideau et l’ombre de l’inconnu, ressemblance de l’image. Il ne faut que 100 millisecondes pour que ce que nous voyons devienne une copie de ce que nous avons vu, une image du passé. De la mémoire. Il faut des heures, des jours, voire des années, pour la re-produire, c’est-à-dire la transformer et la déposer dans la chambre de l’écrit ou du rêve, qui devient une fenêtre ouvrant sur son inconnu. Ou parfois n’est besoin qu’une infime fraction de temps pour écrire que je vois le trou de la ville, un carré noir à la surface orange du cerveau.

    © Josef Albers Hommage to the square 1967
    WikiArt Fair use

    22 Mai 2025
    Carré, Cerveau, Chambre, Copie, Image, Inconnu, Lumière, Passé, Poésie, Reproduction, Ressemblance, Transformation, Ville

  • L’image de la ville 6

    L’inconnu, éprouvé par ces transformations successives, n’est plus qu’une ombre de l’image vue au seuil de ma chambre, le carré noir de la ville, le trou de la ville au bout du couloir, mais cette ombre ou plutôt telle manière d’ombre sur la page, est toujours ressemblance de l’image. L’inconnu est l’ombre de l’image, autant dire sa lumière ou plutôt telle manière de lumière dans la chambre, puis dans l’écrit. S’il ne se reconnait pas dans l’image, c’est que nous l’avons éloignée de lui, lui qui ne cesse pour autant d’être sa ressemblance et qu’aucune transformation ne peut vaincre. L’ombre, étant son inconnu, est plus meuble, mouvante, que la lumière, l’image n’est que changeante, selon la couleur du rideau. Ressemblance n’est pas copie que le temps pâlit.

    © Josef Albers Hommage to the square : Greek island 1957
    WikiArt Fair use

    20 Mai 2025
    Copie, Fenêtre, Image, Inconnu, Lumière, Ombre, Ressemblance, Transformation, Ville

  • L’image de la ville 5

    L’image n’entre pas dans l’écrit par une fenêtre, on l’y dépose, mais elle fait de l’écrit une fenêtre, qui s’ouvre sur elle et son inconnu. Grâce à l’image déposée, l’écrit à son tour devenu fenêtre sur l’image conduit cette dernière, qui est une photo copiée, à des récepteurs organiques qui la traitent et la transforment au gré de leurs capacités. Ils peuvent tout aussi bien changer imperceptiblement la couleur du rideau, modifier le plan du trou de la ville, réduire ou intensifier sa lumière, jouer de sa ressemblance à l’inconnu. L’employée du jour ou le veilleur de nuit regardent par la fenêtre de l’écrit et font une lecture de l’image contenue. C’est la troisième transformation de l’image, la seconde étant sous leurs yeux.

    © Josef Albers Hommage to the square : Amalgamating 1971
    WikiArt Fair use

    16 Mai 2025
    Copie, Ecrit, Fenêtre, Image, Inconnu, Lecture, Photo, Plan, Transformation, Ville

  • L’image de la ville 4

    On recherche l’inconnu, bien qu’il ne déserte jamais l’image. Il entre toujours avec elle par la fenêtre, quelle que soit la couleur du rideau. Ils descendent toujours ensemble dans la même chambre d’hôtel, à moins que celle-ci ne soit indisponible, par accident. Tous deux entrent même lorsque la ville est plongée dans le sommeil ou seulement l’obscurité. Étant tout entier conjoint au visible de l’image, l’inconnu ne se cache pas derrière elle, tel un amant honteux. Le veilleur de nuit peut tranquillement dormir ou lire durant son office. La réceptionniste peut abandonner ses fiches afin de rêver.


    © Josef Albers Hommage to the square : beaming
    WikiArt Fair use

    13 Mai 2025
    Chambre, Fenêtre, Hôtel, Image, Inconnu, Ville

  • L’image de la ville 3

    Cependant l’inconnu, également éprouvé, se retrouve confus. Pris dans un sentiment ou pire, une pensée. Au point qu’il titube, cherche la clarté d’un réverbère où il ne se reconnait pas. On l’a transplanté, sous forme d’image, au sein d’un écrit et il ne se reconnait pas entièrement dans l’image que l’on donne de lui. Il ne reconnait ni la fenêtre, ni la ville, encore moins la couleur du rideau. Il lui semble avoir été jeté dans un trou qui n’est pas celui de la ville, mais le trou d’une chambre, d’un couloir, où de terribles yeux l’épient et jugent durement sa confusion. Les yeux ne voient pas que dans le fond, cette confusion n’est pas entièrement la sienne, qu’elle est surtout la confusion de l’écrit. L’image dans l’écrit ne possède pas la netteté de l’inconnu. Elle est un facsimilé, une photo copiée, quand ce qui trouble l’inconnu est l’impression qu’il a produite et l’image de son épreuve que l’on a mise dans l’écrit.

    © Josef Albers Hommage to the square : Guarded 1952
    WikiArt Fair use

    9 Mai 2025
    Copie, Ecrit, Fenêtre, Image, Inconnu, Photo, Ville

  • L’image de la ville 2

    1 texte en 10 fenêtres

    Ce que nous éprouvons de l’image, qui n’a pas la netteté d’une ouverture, ne s’inscrit pas dans son carré, est une part plus ou moins grande d’elle et d’un inconnu. L’image et l’inconnu de l’image entrent aussi par une fenêtre, même lorsque le rideau déployé dans toute sa largeur nous plonge dans le sommeil ou simplement l’obscurité. L’obscurité, elle, est une image, mais non la joie ou la tristesse. Certaines fibres de cette fenêtre, entrelacées, conduisent l’image à des récepteurs eux-aussi organiques qui la traitent, la transforment. Ce que nous ressentons provient de cette transformation de l’image, plus ou moins bien ajustée à son inconnu.

    Josef Albers Study for a homage to the square 1949
    © Josef Albers WikiArt Fair use

    6 Mai 2025
    Carré, Fenêtre, Image, Inconnu, Ouverture, Poésie, Ville

  • L’image de la ville 1

    1 texte en 10 fenêtres

    Par la fenêtre je regarde l’image ; elle aussi est une fenêtre. Je vois ainsi le trou de la ville. Ce trou : un carré noir au seuil de ma chambre, la ville qui n’est pourtant pas sans lumière. Je regarde cette lumière, en elle tout devient fenêtre. Il y a une tristesse au bord, semblable à la couleur du rideau, qui retient l’image d’entrer. L’image entre, si l’on tire la couleur du rideau sur le côté. La fenêtre elle aussi est une image ; par elle je vois la lumière de la ville. Ce que nous voyons n’est qu’une image de ce que nous voyons. Je vois l’image, de la fenêtre, de la ville, de la lumière de la ville, de la couleur de son rideau tiré sur le côté. La couleur du rideau est une image de la tristesse. Le rideau tiré, de la tristesse envolée quand l’image est entré par la fenêtre.

    Josef Albers Interior B 1929
    © Joseph Albers WikiArt Fair use

    1 Mai 2025
    Carré, Fenêtre, Image, Lumière, Poésie, trou, Ville

  • Parution prochaine

    Après la parution en 2023 du Journal de la brousse endormie, sortira en juin prochain, toujours chez La rumeur libre, Tout commence par les marimbas de la nuit, un triptyque poétique composé de Bois rouge, écrit en 2010, Génésie et Lignages, écrits entre 2012 et 2014.

    Bois rouge est une ode rythmique au ciel, aux arbres, aux rivières, aux oiseaux de l’Est-Cameroun où j’ai longtemps vécu, une improvisation du chant pour instruments de la forêt. Génésie et Lignages déclinent le fleuve, la ville natale, la campagne aimée et l’influence des « choses » sur l’enfance de l’écriteur. Textes à lire à haute voix, si l’on peut, afin qu’en ressortent toutes les nuances sonores.

    Selon le mythe de la création porté par les Bakas, peuple premier de la grande forêt, les humains furent d’abord cigognes, puis ils tombèrent sur la terre. Alors, chante Bois rouge, ils inventèrent la musique à l’écoute, à l’écoute des pluies, à l’écoute des gouttes, […] quand des bras leur naquirent à l’aisselle, forme de mains, de longs doigts pour battre l’air, qu’ils n’eurent plus bec mais bouche pour dire : la forêt c’est de la musique.

    Musique forte aussi de Génésie et de Lignages, celle de l’enfance et de tout ce qui forme la trame d’une vie humaine, bien loin des clichés biographiques.

    Les heures passaient sans mot dans l’ombre du visage, à son tour le jour s’en allait […] Et toujours un silence de vitre, de fenêtre, de route sans passage, sauf qu’une voiture parfois plus tard venait de loin rouler entre les draps et faire un autre monde de la blancheur des phares aux fentes des volets. Plus tard aussi une mare d’eau noire resserrée sous les saules, l’allant droit du chemin dans beaucoup de lumière et le corps du serpent à franchir au travers, soi ne sachant encore si passer par-dessus, si détourner ses pas, cette ombre rouge là au milieu de la terre, l’ile au milieu de l’eau, ce que l’on ne dit pas.

    29 avril 2025
    Afrique, Arbres, Cameroun, Campagne, Ciel, Enfance, Fleuve, Forêt, Influences, La rumeur libre, Lignages, Oiseaux, Poésie, Rivières, Ville

  • Topographie sonore du quartier 30

    Devant l’épicerie

    Pour le trentième audio de cette topographie du quartier (qui reprendra en octobre avec, je l’espère, une nette amélioration de la qualité d’enregistrement), arrêtons-nous un instant devant l’épicerie où je fais régulièrement quelques achats, au bord de la route nationale 1. Le sol est en train d’y être lavé et l’employé en charge de ce travail nous empêche fermement d’entrer. Je m’assois donc sur une caisse heureusement placée là et je savoure une pause sonore toute en vrombissements, voix et percussions.

    19/04/2025 08:49
    22 avril 2025
    Afrique, Cameroun, Milieu urbain, Quartier, Sons, Topographie, Ville

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ISSN 2610-7449
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