l’oiseau transmue la station du lieu
graffite le ciel bombe le mur du son
Serge Marcel Roche
L’énigmatique reine et qui n’a pas vécu, cette inventée du cœur, est le besoin qu’avons d’un ailleurs près des mains, de la peau, image irréfléchie. Le paysage renvoie au double état des choses, la nature de fabrique qui impose brutale le monde dans quoi l’on naît et la nature rêvée, connue de peu, qui nous désincorpore de toute autorité ; il fallut se rendre invisible ― même encore ― pour sortir de la chape, laisser une loque à terre, un chiffon pour trophée à l’empire romain. Pygas fut l’ennemie des dieux et du fascisme antique, nous donnant de passer au milieu des armées, de subvertir les conquêtes. N’étions pas, ou seulement une ombre, celle migrante des forêts.
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| résurrection de Pygas |
Paysage qui diffère, ce corps réprimé comme les forêts saignent.
Tout est dans l’œil, lampe du soma disait un quelqu’un sous la règle du vent, mais nous enténèbrent trop de globes sans clarté, opaques verriers de haine depuis deux cent mille ans. Passons au travers d’eux comme brisent la route les spores des fougères.
Paysage abusé-corps contraint. Silence-réponse aux dominations, en face, à l’opposé du monstre, de ses abatteuses mécaniques et ses lourds bouteurs de terre.
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| la reine Pygas |
Un conduit de termite c’est en quoi nous vivons peut-être, déchiffrant dans l’obscur des bouts de phrases déchirées à quoi se résument les jours, des mots qui voudraient dormir. Le village s’enterre. Le soir, Z. va au boutique pour me chercher le pain. Lecture fragmentaire d’un journal d’emballage où l’on parle funérailles de la regrettée Rose, naissances vivantes et certains taux du cacao, mots qu’on dégrène d’un bruit sec, claquant. On s’encouche parfois avec la famine.
Dessous, les grouillements fabriquent une horrible musique, celle des fourmis brunes dévore les cris humains, voix des pauvres rongée par des mâchoires de fer. Il y a des chambres affreuses où les démons sévissent, qui ont en gueule des crocs sanglants, d’infâmes petites dents, politiques et littéraires.
C’est encore la nuit, et puis le double maléfique d’elle, on ne sait plus où se tenir comment, sinon à guetter des lucioles, passages d’enfantines brillances, à garder dans le cœur le chant des doux hiboux pour soustraire leur beauté au rictus des sorcières.
On élucubrera des poèmes.
Plus tard, la tête blanche d’un cossyphe petit, de quoi tenir durant des jours.]
Tout est moins vert — désert avance — et la poussière, les autos,
que rarement désormais marchons en file indienne
et qu’on ne sait plus lire les dos
ni le silence
Lettre à F. (extraits) : suis à Ngola depuis une semaine, les dents, et encore pour une autre au moins, le temps d’arranger ça, mais S. c’est l’ennui, trop loin pour mes pieds d’où c’est un peu animé pour tromper la bête, et je me tape des insomnies ; pas d’écriture ou presque, rien ne vient sinon tension et dégoût, pas grand-chose d’intéressant à lire, ailleurs une telle masse de mots et de quoi quoi quoi nous étouffe, de l’air de l’air de l’air, en plus il fait une chaleur sans issue ; … merde, il ne faut pas que tu lâches l’écriture ( même si des périodes où tu ne peux pas, noter des bouts de quoi pour garder la main, quand tu reviendras de Ponton la Belle tu vas nous pondre quelque chose de bien) parce qu’il n’y a personne dans ce pays qui écrive au-dessus, ils s’arrêtent tous à tes chaussures … impression que tu es loin et pourtant le Congo c’est pas la mer à boire… moi je rêve d’Argentine où je n’irais sans doute jamais. etc.
J’espère qu’on ne te surmène pas là-bas et qu’il y a du poisson braisé… Si tu trouves une carte-postale tu me rapportes ça.
un conduit de termite c’est en quoi nous vivons peut-être
la ville encore, celle où je ( ) plus souvent,
des bouts de phrases déchirées, à quoi se résument les jours, des mots qui voudraient dormir, le village s’enterre (en moi)
mot d’ordre que le monde : achever l’objet fini