fréquence 18 (2-3)

Est-ce ce qui heurte les parois et ce qui les dépasse, le dedans-dehors de tout, un vent, l’unique venant d’où, (nous disons : contre le rampant, la surface, alors qu’il parle une autre langue, ou contre la viande humaine, le sexe, la dépravation, puis une suite de choses qui seraient ordinaires et vaines) toujours ailleurs que dans la lettre, les mots, les livres, la poésie, et quand on le prononce avec nos bouches on ne sait rien de ce qu’on dit. Et l’autre, presque jumelle bien que mécanique, stellaire, ce qui par son dépouillement nous illustre, le monde, la terre, et de temps en temps le tintouin de la vie : l’interrogation, nue, solitaire – contre-choc des corps-chair(s) : un éclair d’où en l’homme naquit l’extérieur-dieu, le grand monstre des peines, dans la stupéfaction que se déchire le ciel au moment le plus doux. Elle, peut-être lui, l’emplissement vers quoi tendre le cou, qui n’est pas le fugace mais le vrai temporel, son silence amoral.

fréquence 18

Forcément se perd la douceur d’un trait, d’une ligne filant muette, dessous, intérieurement hors et par les côtés de l’être, chuintante comme le premier pas, en suite qui s’efface – n’allons au bout, quelque pic ou rivage, qu’au prix de ce soupir né d’un entr’ouvrement, de l’aperture des lèvres sur la peau d’une main – malgré marcher tout à l’écoute, en ourlant l’ombre des routes, son dessin dilué par lenteur ou célérité, fuir le vacarme automatique en pistant l’écho du parler dans la denture et le cerveau. Ce qui va où passe à travers par les nervures du cuir sous forme de murmurations, bruissements divers, capture des sons à peine devant, juste au dessus du front, le but n’ayant à faire avec le voyage, mais le mouvement de l’instant, le surplace aussi, la vacance, les faux-fuyants dans une marge, même en cours de, l’échappatoire, la ruse, le reniement, l’abandon. Sans cesse à quérir ce bizarre discordant, brûlant doux au regard, qui s’entend, nous taraude de sa distance, se laisse obscurément voir, approcher quand tu es nu, perplexe et titubant, par le fatal détour de soi où l’on s’égare.

fréquence 20

S’enfonce une cale dans la nuit. Cognée dont le bruit sépare. Fait une fente par où le jour. De même qu’entaillant ce corps multiplié, nos mains diurnes réverbèrent tous les sons de l’obscur. On équarrit sa propre chair. La creuse au couteau du temps. Évidant le membre choisi avec espoir d’aller sur l’eau. De traverser droit, bien qu’assis, vibrant d’ouïr le chant des morts, le grelot de leurs ossements. Les craquements de l’incendie. Mais l’axe toujours se dresse.
Et la terre pulvérulée qui sous les portes glisse enduit le sol des maisons, et les rêves, et les pensées, jusqu’à l’irrespiration. Car l’on étouffe aux crispations de l’air entre le maudit rampant, la chute, l’érection du signe au désert où les amers sont mouvants, entre l’état végétal du livre, le bris de sa copie de pierre, ses veines qui se vident, dessèchent, et son lent émiettement. Poudre qui rebrousse au vent.

fréquence 21

Alors, tête hors, la tenir, nageur, au-dessus des forêts dans un carré de peinture où l’air englobe tout le creux des choses, je respire, le poivré des broussailles en bas, la vase des ravines et tant d’un inconnu et ce qui est à taire des houles qui repaissent, toujours à la fenêtre s’encadre un chien rêveur. Le vide de soi, en maux de nuque, ventre, est dans l’œil affamé par son errance même, on cherche par va-et-vient tremblant un reflet qui traverse le blues des vitrines. Chaque être seul, amarré au vœu ou calcul que la nuit ne s’achève sans vision du plaisir tend jusqu’au cou vers l’embrasure à sa portée, puis sans se renoncer ne copule qu’avec les dévotes tristesses : où se trouve le promis de la bouche divine, là-haut, passé la mare du feu ? Peut-être que le vent qui sur la plaque imprime ces corps délités, le blanc d’œuf des coulures d’avions, parvient à le nommer, l’ajointant à une paternité si étrange qu’on n’y comprend rien, lui, dans son humble énormité d’au-delà, le royaume et nous dans les sépulcres lunaires.

fréquence 23

Accolant le mot qui précède à son immatérialité, cela fait un abri, une encoignure au soi, d’où goûter leurs passages parfois simultanés. L’eau se fracture en milliers d’elle tandis que lui est mouvement ou bien le flux astral du langage. Une voix que l’on regarde tout en se retournant. L’assimile-t-on à des tempêtes qui brisent les arbres et les maisons, venues des Bourbouilles insulaires, de l’atoll des Créolités ? Peut-être, oui, l’entendre ainsi, démonique, angéliaire, et troublée par le sort, celui de quiconque est né.

fréquence 25

Suspendu, chutant, il faudrait l’écrire vertical puis obliqué par les vents cogner longtemps la fenêtre mais qui parmi les nombreux est aussi parallèle et près de l’horizon. On voit un cargo modeste sur son flanc, sang cuit qui se détache du rêve et des orages, du long gris fossile des durées, évidé, seul dans l’échouement. Finir ainsi, au bord de tout, liché par cette frontière, suçoté par les marées, sans éprouver d’elle(s) ni voir passer sur la corniche chaque jour à même heure dans une auto le spectre tricéphale d’un instant de bonheur. Conjointure de ses faces qui ne sont dos à dos, l’une tombe l’autre s’étale, et c’est d’un poids faramineux, d’une extrême immensité, tandis qu’au long du torse, de ta joue, ça caresse. Se trouver dedans, être sous, presque poisson-réflexe mais de surface, lagunaire, ou légèrement volant entre les deux abysses quasi-oiseau d’une mer et sa terre, intérieures. Encore, patienter son dégouttement, du tourmenté à l’évanescent, inattendu bien que prédit, une céleste dépression, éterniser de corps le fluide des secondes quand elle coule et ricoche contre les alluvions mentales, l’aggloméré de la poussière en concrétions pensives. Toute la langue côtière est giflée par l’altan, la trombe dure, ensuite, accalmié, l’on ramasse en sortant clovisses et bigornes jusque sur les toits ou pour l’un seulement quelque éros bleu pâle à tenir dans sa main. Au sein des terres très loin si gonflées de rivières, rien n’a changé.