Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Saison de verre 5

    Les voix sont plus fortes et plus claires sur les toits
    Quand on rentre de la rivière
    Et que descend le froid
    Qu’il reste les derniers gestes à faire
    Pour éteindre le jour
    Poser la lampe à terre
    Tirer le pagne du sommeil
    Rêver qu’une luciole passe

    •

    La nuit enferme la forêt
    Le village et l’église blanche
    Mais les ombres où elles vont
    Avec leurs yeux de glace
    Savent comment percer cette immobilité
    Pour faire leur face-à-face
    Dans les arbres lunaires

    Brouillons retrouvés
    supplément au Journal de la brousse endormie

    29 juillet 2017

  • Saison de verre 4

    L’on marche avec un éclat de verre sur le front
    Entre le ciel et soi
    Qui tient le plain jour à distance
    Et toutes choses dans le demi-sommeil des hommes
    Comme si la ville était rêvée
    Par des inconnus lointains
    Au-delà des toits envoilés
    Couverts de cendre et de poussière

    L’on marche entre les fosses en flamme
    Sur des feuilles de teck qui claquent en chutant
    Et forment sous nos pas une mer immobile
    Mais sonore une mer sans rivage sans vagues
    Sans voiliers dans les vents en alarme
    Où se baignent nos pieds de terre et de racine
    Là sur l’aire sacrée près de l’église calme
    Qui attend son dimanche l’encens vert et les cris

    Brouillons retrouvés,
    supplément au Journal de la brousse endormie
     

    22 juillet 2017

  • Saison de verre 3

    Il est seul au milieu des arbres de la forêt
    Des grands arbres immobiles
    Sous leur poids d’oiseaux remuants

    Seul au bord de la ligne qui descend
    Entre les grenadilles géantes
    Il passe en lui-même doucement

    •

    Le long trait gris des palmiers
    Dessine encore un peu le ciel
    Sur un fond de lumière froissée

    Quand à demi-mots l’on va seul et triste
    Murmurer près de la statue blanche
    Sous les fleurs vertes du manguier

    Brouillons retrouvés
    supplément au Journal de la brousse endormie

    15 juillet 2017

  • Saison de verre 2

    Ce lieu sans paysage
    Enclos par les grands arbres
    À la saison de verre
    Semble ailleurs que sur terre
    Les hommes pourtant vivent là
    Leur jeu de cases et de champs
    De pistes qui se croisent
    Sous un ciel absent

    •

    Il n’y a qu’un vent de misère
    À pousser l’ennui devant soi
    On dirait un pays sans personne
    Cependant des gens marchent
    Entrent dans les boutiques
    Ou reviennent de loin

    Brouillons retrouvés
    supplément au Journal de la brousse endormie

    8 juillet 2017

  • Saison de verre 1

    Au-dessus du lit le néon rumine sa lumière
    La ville ne dort pas
    On entend les machines à bois
    Les grillons
    Des ailes de papier qui battent contre la vitre
    Derrière le cadre le cliquettement d’un gecko
    Et des pas sur le chemin
    Des pas de nuit traînants entre les cases

    •

    Le vent chasse les cendres du soleil
    Aux portes des maisons qui s’ennuient
    Le ciel est sans couleur sur les arbres fripés
    Mais il y a dans la poussière
    Le blanc dévoilement d’une fleur de goyavier

    Brouillons retrouvés 
    supplément au Journal de la brousse endormie
     

    1 juillet 2017

  • Ma vie au village – 84

    Quelquefois les étoiles sont toutes au-dessus de toi laissant un couloir au peu de lucioles. Tu oublies l’oppression. La vie même. L’interdit. Il n’y a que tes pieds sur la terre. Quelquefois ton œil transperce la paroi des arbres ou l’eau boueuse de la rivière.

    Sinon tu rêves informément ce qui te reste à durcir du temps — image contrefaite dans le cercle d’eux, une carte-photo où ne parait ta haine des initiations, la leçon sexuelle et les simulacres d’orgie — tu migres avec l’air de rien sur les ailes d’un papillon noir.

    On est debout, là, sans faire, que cracher du colgate sur le jour naissant.

    Ou l’on monte à Ngola, dite aussi des collines combien on ne sait pas ni le compte des morts par la corde ou l’arme automatique, et toujours l’abordons à l’heure crépusculaire quand grésille l’amorce des néons. Les vitres s’attiédissent, bientôt le dehors froid, nos reins chauds, des rires parfois, faux éclats conjurant l’hostile, la pub sur les panneaux, slogans de corps trop lisses, cases à galerie qui nous dépassent dont on peine à fixer les formes sous la lampe, roses devantures mannequins rentrés bidons bleu plastique massifs canapés comme des cercueils pour les vivants, la vitesse trompeuse de l’automobile, l’énervement. Le trou que fait la lune dans la sombritude et ma négrité.

    façades avec néons la nuit
    Avoir des mots à soi, de langue brute, palais cannibale, qui sentent la peau, les eaux, le trottoir, la mouillure, des mots qu’en marchant on garde dans la bouche, des mantras qu’on profane, moquant la fausse vertu. Puis le car s’arrête, l’auto, alors on est perdu.

     

    10 juin 2017

  • Ma vie au village – 83

    Rester, tout en étant quand même, dans la nasse de la ville-image — faire revenir à la case de soi la part enfuie du passé — ce qui de l’oubli s’était imposé et qui soudain t’accorde une mémoire ; marcher, avec la faim intérieure au ventre, pour écrire les pages qu’on ne pourra mettre dans le livre de tes vies semblables qu’arpentent ceux qui sont toi, qu’ils dévorent avec les yeux en mode lecture inassouvie des signes. Au village, tu n’as que faire des lumières, le bitume de la nuit t’enduit, tu longes les bordures, à l’aveugle, et tu prends des poses au détour du chemin. Tu pars, t’extrayant du foyer, ce qui ronge, disant que je vais chier, et tu le penses à cause de cette vie — ailleurs au moins il y a des coins pour ça — tu erres un peu mais sans durer, afin qu’ils ne croient pas, les autres, que tu perds le sens de l’orientation. Partir, aller où l’espace est peut-être de lignes plus droites qu’ici, les pages pas trop froissées, audible le soupir, davantage l’étreinte, sa durée, après que tu te sois confié à toi-même la chose, qu’à ton enfance tu aies fait l’aveu, te murmurant qu’avec le temps l’on peut malgré tout souffrir, qu’on a le droit de tout se dire, eux celui de ne pas savoir, partir, aller vers un qui sans besoin de mots saura écouter lire le spasme de ta bouche.

     

    The Bourne Supremacy, P. Greengrass, 2004

    3 juin 2017

  • Ma vie au village – 82

    La pluie son bruit longtemps sur les palmes tressées ou la tôle des toits, la route si grasse depuis que n’y sommes allés, je néglige le village comme on détourne de soi le souvenir d’un amour passé ; j’aspire plutôt la ville par les yeux, quêtant des ombres l’aumône d’un regard, guettant des visons brèves derrière la vitre de l’auto, flashs de chair contre les murs trop noirs ; pas facile de s’y trouver la nuit dans ce foutoir urbain, de l’extraire de ses propres luisances et celles qu’elle génère, les néons rose et vert, les braseros de feu sanglant qu’on évente entre ses cuisses, l’ivoire jaunie de l’œil avec au centre un puits distendu par la colle, un gouffre qui t’appelle pour qui tu ne peux rien, I can make nothing, je pleure, ces vies que tout périme, une bougie qui seule s’endort au fond de la boutique — encore tu vacilles toi et parfois te dresses à l’effort, tu te shootes au reflet, au bain révélateur, à l’inverse de ce qui paraît — encore la nuit et cet on-dit que certains sont ténèbres, qui vont fiers pourtant laissant l’empreinte de leurs corps sur la paroi de granit, pénètrent les écrans, lumière négative comme les mains trouvées, le contour de ces mains — posées grandes ouvertes sur la pierre — ces mains mises à même la peau, bouche à l’about des sarbacanes, la giclée heurtée du pigment ; marcher, parfois dans un désir pur qu’on te jette à la terre, aller où l’on ne sait pas si quelqu’un, une présence qui respire le même fluide clair, partage ta translucidité, l’élan inexpliqué, cet en-toi qui ne s’ouvre qu’à l’onde familière — la nuit, avec ses yeux

    Marguerite Duras  Les mains négatives
    27 Mai 2017

  • glossaire animé

    l’oiseau transmue la station du lieu
    graffite le ciel bombe le mur du son

    gif oiseau

     

    20 Mai 2017

  • notes à propos d’un paysage (16)

    L’énigmatique reine et qui n’a pas vécu, cette inventée du cœur, est le besoin qu’avons d’un ailleurs près des mains, de la peau, image irréfléchie. Le paysage renvoie au double état des choses, la nature de fabrique qui impose brutale le monde dans quoi l’on naît et la nature rêvée, connue de peu, qui nous désincorpore de toute autorité ; il fallut se rendre invisible ― même encore ― pour sortir de la chape, laisser une loque à terre, un chiffon pour trophée à l’empire romain. Pygas fut l’ennemie des dieux et du fascisme antique, nous donnant de passer au milieu des armées, de subvertir les conquêtes. N’étions pas, ou seulement une ombre, celle migrante des forêts.

    résurrection de Pygas, dessin
    résurrection de Pygas
    13 Mai 2017

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ISSN 2610-7449
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