Chemin tournant

Serge Marcel Roche

    • Sur le chemin
    • Parution 2025
    • Parution 2023
    • Mini bio
    • Infolettre
    • Contact

  • Poétique du Petit Corps, C. Tisserand-Simon

    Ce mois-ci, ce sont les corps que nous disséminons annonçait Pierre Cendrin, le 1 février, sur le site de la webassociation des auteurs : le corps dans tous ses états. En Afrique, mais ailleurs aussi, quand on dit corps on pense aussitôt danse (et l’on frôle le lieu commun). Il se trouve que le lendemain, c’était fête à côté et que j’ai fait un bout de film. Point de départ, piste peut-être, sauf que j’étais sans écriture à disséminer. A voir quand même, ces images floues, sur petit écran :



    Sans texte donc qui ne soit pas mien sur le corps qui danse, j’ai vagué pendant des jours. Jusqu’à Recours au Poème et Poétique du Petit Corps :

    Bouger… Ne pas bouger
    Ne pas bouger
    Se dire bougeant
    Invitation poétique à réécrire le corps dans l’espace.
    N’est-ce pas, au fond, ce qu’est la danse ? 
    Traduction, re-présentation, bien entendu langage ?
    Poétique du Petit Corps est un long poème de Corinne Tisserand-Simon qu’elle présente dans son avant-propos comme un exercice de langage, une fantaisie poétique écrite à l’usage de ceux qui s’interrogent sur le corps, notamment les acteurs, les danseurs et toutes personnes désireuses d’approcher le théâtre et la danse. 
    Poème à vivre, à exercer, à représenter le corps. Poème à rendre le corps à son voyage, à sa parole. Poème qui prend corps et corps se faisant poème. Comme ce combat dansé qui transforme l’opposition de la lutte en un magique et poétique instant.



    Poétique du Petit Corps

    Bouger… Ne pas bouger
    Ne pas bouger
    Se dire bougeant

    Immobile
    Se dire immobile
    En attente d’un tremblement si preste
    Ou si long à venir…
    Longue dérision de l’espace rebelle
    Apte qui pourtant se veut doux limpide lucide translucide
    Immobile figé inerte
    Comme les statues d’antan qui dénigraient les mers inconnues.
    Immobile par peur du mouvement
    Qui abîmerait les jardins inondés de rosée                                   
    Immobile
    Le corps est dans le sépulcre des ans
    Immobile
    Le corps est là où tout n’est que tumulte jaillissement et tempête
    En attente en tension
    Il prête attention au silence de l’aube
    Bouger : s’autoriser à bouger
    Puis crier
    Rayer le silence d’un cri
    Changer la surface du monde
    En esquissant un tout petit mouvement
    Lâcher une pulsation
    Là où il est
    Ouvrir une béance
    Et regarder la béance
    Se voir dans la béance
    Ne pas la refermer tout de suite
    Y laisser s’installer l’œil
    Qu’il capte l’étendue du vide
    Provoquée par le si petit mouvement
    Laisser résonner le cri
    Jusqu’à ce qu’il se brise…
    Et refermer
    Ne pas bouger
    Etre immobile
    Arc-bouté sur l’espace refermé
    Rétention
    Se taire aussi
    Laisser le silence recouvrir le corps immobile
    La lumière est blanche ou grise
    On ne choisit pas
    C’est selon
    Mais sûrement pas les deux
    Même alternativement
    « ohé, remue-toi »
    Le corps entend
    Il trésaille
    La tête pivote légèrement…
    Mais non espoir en suspens
    Très lentement elle se replace comme avant
    Le corps s’endort
    Un peu plus loin un peu plus tard
    Dans l’obscurité un cri
    Aigu bref
    Comme une déchirure
    Une lame tranchante dans le vide de la nuit
    Encore le silence
    Revenu brutalement comme
    Le plomb qui scelle le mystère
    Des jours et des nuits
    Inquiétant comme
    Une menace d’éternité
    Le temps est long
    Nul ne peut savoir
    S’il poursuit encore son cours

    Le rythme s’accélère

    Extension rétraction extension rétraction…
    Puis…
    Très vite ça s’ouvre ça naît

    …

    lire l’avant-propos et l’intégralité du texte sur 
    Recours au Poème



    Corinne Tisserand-Simon

    #Cie Les Goupils @LesGoupils
    Moïra ou les Enfants du Désert, théâtre (Éd. ETGSO, vol 5, 2007)
    Petit Cri Cherche Petit Corps, théâtre (Éd. ETGSO, vol 12, 2011)
    Poétique du Petit Corps, 2001, poésie
    Petite Musique du Corps, 2003, poésie
    Ouvrages collectifs

    Merci à C. Tisserand-Simon et Recours au Poème
    d’avoir spontanément accueilli cette dissémination
    27 février 2014

  • Disséminer Salves d’Hervé X. Lemonnier

    Qui sait ?
    Arlequin du verbe à l’infinitif, mais arlequin de la sagesse qui recoud les morceaux épars du monde, Hervé X. Lemonnier (notez l’X, vingt quatrième lettre de l’alphabet – pour 24 salves xylographiques ? la xylophonie des contraires ?) jette sur le fil des petites phrases douées d’un étrange pouvoir salutaire. Il y a quelque chose en elles qui est de l’ordre de la santé du rêve, de la vivification de l’imaginaire. C’est aiguisé et tout ensemble doux, expression mordante mais jamais désenchantée de la pesanteur du réel, qui incite à réinventer le rapport du regard et de la raison, rompt la fixité des idées, nous rend à la mouvance, à la mobilité. C’est fabulatoire (et non teur), sensitif et réfractaire. Ça redonne à l’intelligence la part de fantaisie qu’on a fait crever. 
    # Infinitif Salve 23



    Garder le temps des fleuves.

    Abraser à son tour les virages délictueux.

    Refléter l’endroit pur des preuves à dénoncer.

    Dénombrer une à une les plumes égarées.

    Démembrer les soudures

    Marteler les fosses souveraines.

    Crier sous l’eau.

    Palier d’envie, renoncer au nom des terres anciennes.

    Nommer l’instant d’une ruelle.

    Nager loin de leurs eaux, dépasser une bouée. Épuiser.

    Sombrer encore un peu juste retrouver un peu plus loin.

    Rappeler aux heures seules leurs rêves. Enfanter.


    # Infinitif Salve 24

    Déambuler toujours devant faire encore chaud.

    Allonger l’heure entière mentir aux instants frais.

    A suffire nous y penserons ensuite.

    Délasser l’ordre ancien, reposer.

    Retirer l’ombre à part, tenir à ses coussins.

    Frémir à ces confins.

    Annoncer par étreinte.

    Enchanter par seul souffle, interposer.


    Spicilège


    Démanteler les cintres, habiller le parterre. #22

    Distinguer l’étoile rebelle, peindre des nuits sans toit. #17

    Accroître l’épice sucrée de nos rires légendaires. #14

    Caresser l’unisson, rassembler l’ambre claire. #13

    S’éluder bien longtemps d’appartenir, semblant. #10

    Rebondir sur un bord, annoncer la déroute. #6

    Finir au fond qu’importe laisser faire. #5



    Capture d'écran : titre du blog de H. X. Lemonniereradadire
    23 février 2014

  • Rochers
    tête de tortue
    vieux rêves pris dans la pierre         et

    le ciel blanc

    15 février 2014

  • Bois rouge : Final

    Bois rouge
    Pluie
    Verte nuit
    Du sang
    Saveur piquante
    De l’encens
    A l’ourlet des écorces
    Vent
    Blanc silence
    Et tous les cris
    Halètements
    Dans la nuit verte
    Tintinnabulements
    Danse du chant
    De longue plainte
    Entre nos mains
    S’écoulent arbres rivières
    S’écoulent les clameurs d’oiseaux
    Et la douceur de l’antilope
    Et l’ironie de l’éléphant
    S’écoulent le rire et le sang
    Vers un ciel si loin

    Bois rouge
    Couronné
    De résine
    Longs fûts
    Sertis de braise
    Seul horizon
    N’avons ligne de fuite
    D’autre frontière
    Que frondaisons
    Quand nous marchons sur la rouille
    Sur les pistes de fer
    Hommes tombés d’en-haut
    Au commencement de la pluie
    Parmi tout autant de lumière et de nuit
    Tombés avec l’oubli
    Et cette peur de l’obscur
    De la pénombre humaine
    N’avons d’autre frontière
    Que la marche et le chant
    Chant du bois rouge
    En notre sang
    D’autre labeur que danse
    Hissant la chair
    Effaçant la distance
    D’aujourd’hui à demain

    Tout commence
    Par les marimbas de la nuit
    Et la rengaine des sanzas
    Éclats d’étoiles
    Sous nos doigts
    Matière noire
    En nos veines

    Vient le froid
    De la lune verte
    Enveloppant
    Nos ombres assises
    Enveloppant
    Des formes grises
    Gisantes sur un lit
    De terre
    Et doucement
    Le chant s’éteint
    Répréhension de la forêt
    Retour trop long retour
    Quand d’elle ne sortons
    Hors le temps
    Où les corps se mêlent
    Étrangement à sa musique


    Serge Marcel Roche, Bois rouge
    pour instruments de la forêt
    marimbas
    sanzas
    tambours de peau
    hochets

    9 février 2014

  • Bois rouge : oiseaux

    Tous mots
    Tous dires de nos bouches
    Les voici sur la branche
    Oiseaux de paradis

    Et voici
    La parole
    En longue plume blanche

    Tous sons d’elle
    Les avons pris
    A l’extase des ailes
    A l’envol des cris
    Vibrant dans les manguiers

    Les voici sur la branche
    Qui nous ont appris
    Les langues dialoguantes
    Les longs phrasés d’appel
    Et les brefs répons
    Dans l’isthme des gosiers
    Ou encore les susurrements
    Quand la lune s’approche
    Que l’effraie chuinte au bord des toits
    Voix de nos mains qui dansent
    Et timbre de nos doigts
    Mesurant le silence
    En cadences de nuit

    Voici
    Contre le ciel
    La parole en longue plume blanche

    Paroles de haut-vol
    Ou bien de moindre cime
    Et prenant peine au sol
    Tant de mots et de signes
    Et tant de noms si doux
    Qui avec ceux des fleurs
    Sont miel de nos langues
    Le tout premier écrit
    La toute première page

    L’on dit de nous de livres ne connaissent
    Quand avons la parole
    Sans cesse
    Dans les yeux

    Aux inventeurs du jour
    En plumages de joie
    Un chant de fête
    D’admiration
    Un tendre hommage
    A nos prophètes
    Parlant contre le firmament
    Eux qui ne furent partagés
    Lors des antiques sacrifices
    Entre qui ne sommes passés
    Ni même le grand feu
    Ni le tison des pères
    Ou la braise des fils
    On ne fend la parole
    On ne fend pas le sang
    Nul ne coupe les signes
    Traversant la nuée
    Non ne furent séparés
    Jamais de leurs envols
    Mais simplement s’effacent
    Inconnus sur la terre
    Inconnus dans nos mains
    Corps de gloire
    Tendresse

    Il y eut l’arbre l’eau
    Il y eut au-dessus l’oiseau
    Ces choses étranges
    En forme d’ange
    Contre le ciel

    Oiseaux d’amour
    Chant de joie
    D’inquiète joie
    Vent de nuit
    Brise
    Et danse de nos doigts
    A l’inverse des peaux
    S’écoulent arbres rivières
    S’enfuit ciel sous nos pas
    Derrière les grands rideaux

    pour instruments de la forêt 

    5 février 2014

  • L’écrit comme reposoir de la photographie

    Martin Colombet est photographe. Son travail : portraits tout aussi bien de gens divers, d’un inconnu, d’un ministre, d’un enfant autiste, d’un aventurier. D’africains dans une maison. Une maison dont on ne voit qu’un pan de mur blanc. Cette dissémination présente le texte qui précède ces images sur le site de Martin, un texte composé qui n’est pas simple légende ou suite de notes techniques, mais leur donne de pouvoir entrer dans une histoire, celle du regardant, d’en devenir une part, si petite soit-elle. Elles surgissent et s’installent au sein du récit de sa vie défilante où tant de visions mortes se superposent et s’entrechoquent dans le flou, sans jamais produire de clarté. Ici l’écrit offre à recevoir l’image comme une présence nette, comme une parole humaine (autre, nouvelle, à chaque fois) sur le mur blanc, une parole tranchante qui va jusqu’aux jointures de l’âme déranger le regard et le transformer :

    DECEMBER 16, 2013
    “AU SQUAT AFRICAIN”
    Depuis cinq mois je fais des portraits dans un squat de Belleville, un squat d’africains dans une maison abandonnée. Ils vivent là à dix, parfois plus. Ca va faire une dizaine d’années que la maison s’est transformé en squat, elle devait être plutôt jolie comme maison, dans une petite ruelle sans voitures, avec des arbres et puis des fleurs. Ils vivent tous là et l’été, avec la chaleur, ils préfèrent être dehors, sur le perron. C’est là que je les ai rencontré. Les dimanches ils invitent la famille, s’échangent les nostalgies, parlent du pays, jouent de la musique, chantent, dansent. Rapidement les blessures claquent, se vautrent dans la rue et les âmes s’échauffent aux rythmes des percussions. A chaque fois que je passais devant la maison j’étais happé par une esthétique qui me foudroyait, c’était implacable, je voulais tout prendre. Les visages, les peaux noires au soleil et cette façon de regarder, de se tenir. Un truc dans le dos, et puis dans les yeux aussi.
    La première fois que je suis allé les voir, c’était avec un ami. Il en connaissait quelques-uns et il m’a mis à l’aise avec eux. Moi j’étais déjà dans mes photos. Le jour même j’ai fais quelques images, mais la plupart ne voulaient pas encore poser. Il m’a fallu ramener quelques tirages des premiers portraits, et puis manger avec eux, passer du temps sur le trottoir, eux toujours à l’ombre, à fumer ce qui passe et chanter ce qui viens et puis moi, le seul blanc, au soleil. Au milieu de l’été ils ont repeint le mur sur lequel je les prenais en photo. La maison n’avait pas de fenêtres, pas d’eau et pas d’électricité mais le mur il était beau et c’était tout ce qui comptait à ce moment là.

    “AU SQUAT AFRICAIN”

    © Martin Colombet 2013






















    Le texte en reposoir de la photographie.
    J’aime ce titre car il symbolise bien ce que peuvent représenter pour moi les mots vis à vis d’une image. J’ai toujours voulu écrire avec mes photos mais j’ai longtemps été complexé par le fait que je ne savais pas écrire avec style, sans lourdeur, et que je faisais beaucoup de fautes d’orthographe. Je ne voulais pas adopter un style journalistique qui me semblait n’avoir aucun intérêt pour mes photos. 
    Les premières fois que j’ai écris et publié sur mon blog, j’étais terrifié par l’idée que les gens allaient me lire, bien plus que ça n’a jamais été pour l’idée qu’ils allaient voir mes images. Je considérais que le texte était bien plus intime et qu’il révélerait sur moi des éléments de ma personnalité que je préférais dissimuler. J’ai toujours eu peur que l’utilisation des mots révèlent « l’infâme cancre » que j’ai été à l’école, et faisait naître en moi un sentiment d’imposture. 
    J’essaye modestement aujourd’hui de faire travailler les deux ensemble, tout simplement parce que je trouve qu’ils forment un beau couple et qu’ils me permettent d’enrichir mon propos. Le texte par ses capacités de contextualisation et de narration me permet de faire gagner de la force aux images. Pour les images de « Gilles Pommier » par exemple. Sans le texte, c’est juste un homme au milieu de son jardin. Le texte me permet de dire qu’il est prêtre, homosexuel, séropositif, et de raconter sa vie. Le texte soutient les images précisément là où elles sont faibles je crois.
    Martin Colombet
    janvier 2014
    disséminer les écritures
    webassociation des auteurs

    Mots venus au tournant du chemin :

    L’image me laisse nu. C’est tout ce qui me vient à voir. C’est tout vu qui me désempare, m’abandonne, m’efface. L’image est nombreuse, elle tombe sans cesse dans la mémoire. Chacun peut-être débrousse en soi cet amas devenu vague, incertain, comme l’on fouille une décharge publique afin d’en ressortir l’objet, comme l’on trie des cartons pleins pour raviver des ombres. Peut-on écrire sans partir de l’image ? Sans lui tourner le dos pour qu’elle emporte à des étages qui nous sont inconnus la part de soi laissée en elle, qu’on oublie ? Quand elle revient, remonte le moment venu, se re-présente à soi, émerge au sein du confus où l’on cherche, elle refait la surface encombrée de pensées inutiles, délivre sa présence, la livre à mot nouveau. L’on retrouve en elle l’image que nous sommes, de qui l’écrit à sa manière donne à voir la forme, la beauté et le drame.
    31 janvier 2014

  • Bois rouge : Rivières, ruisseau

    Cette nuit nous étions sans lumière
    Sans flamme entre nous dans son abri de verre
    Et sans parole
    Il fait froid quand nous ne sommes pas
    Enroulés dans le pagne des mots
    Il n’y a qu’une brûlure qui parfois rompt le dos
    L’odeur de mangue sure de la peau
    Où la tête s’incline
    Nous dormons sur litière de sable
    Et de bois sec et d’eau
    Entre draps de poussière et de suint

    Hier les pluies glaçaient le bain
    Que serions-nous sans le baiser de la rivière

    Elles passent les dangereuses
    Couleur de tabac brun
    Lentes sous les saccades
    Des noires hirondelles
    Et vont loin trop loin
    Pour qu’on les suive
    Au-delà de nos rêves
    Toujours nous sont nuit
    Si loin qu’elles s’avancent
    Où il n’est plus de terre
    Toujours sont remous
    Du gris sommeil
    Des rives
    En nous

    Elles portent aux brèves chutes
    Entre rochers de leurs bassins
    Nos pirogues tendues
    Qui fendent
    Proue saillante
    Le jeu d’être à l’encontre
    Offertes aux plats scindant le flux
    Qui leur coule des hanches
    D’engloutir à chaque poussée
    Nos rames hautes et pénétrantes
    Dans leur sombre lumière

    Rivières rêves en nous
    Songes noirs du silure
    Et du poisson-vipère
    Rêves de chairs oranges
    Glissantes et phosphorées
    Elles nous sont nuit
    Lentes qui passent
    Lourdes de terre
    De vents de vieux chevaux
    Grosses de blanches fées

    Mais
    Ruisseau
    Jeunesse
    Tendresse de nos années d’avant
    Joie de nos maigres corps
    A l’ombre des bambous
    Petit ru dans nos mains
    Courant doux sur nos cuisses
    Chant
    Caresse
    Musique vierge du bain
    Sitôt prière dite
    Bredouillée dans l’enclos
    Chuchotis des matins
    Ruisseau
    Refrain
    Quand nous allions
    En descente joyeuse
    Au long des sentes grasses
    Cueillir avant qu’il ne s’efface
    Le reflet de la nuit
    Sur l’eau
    Rosée
    Refrain
    Koas du crapaud
    Sous nos pieds
    Plaintes de lune
    Dans nos bouches
    Que l’on chasse
    En jets de salive amère
    Et les premières chansons d’oiseaux
    Entre feuillis des branches basses
    Tit-uît
    Tant de sons clairs
    Ouvrant le jour
    A chaque pas
    L’on se poussait
    Brisant le froid
    Et le silence
    Riant pour conjurer les morts
    Mais
    Encore
    Ruisseau du soir
    Qui délassait la chair
    L’enflure de nos ventres
    Nos veines gonflées de fruits
    Portant sueur et mousse du savon
    Vives éruptions des jeux
    Et nos gémissements
    Qui les portait en l’antre d’elle
    Dans son obscurité
    Où enfants
    N’osions aller
    N’osions passer la frontière
    Ruisseau d’amour
    Dans ses trouées
    Dans le triangle des clairières
    En file mâle
    Descendions
    Pieds de poussière ou de boue
    Jambes couleur des brûlis
    Tiède cendre du dos
    Se poussant
    Et criant pour conjurer le sort
    Voici le vol des jacos
    La nuit vient
    Cou-houhou
    La tient tient ses ciseaux
    A découper nos rêves
    Dans l’aile des hiboux
    Encore un peu de temps
    Dans la brûlure de l’eau
    Où s’écoule l’oubli de tout
    Tant de sang clair
    Qui se dilue
    Caresses

    Hier nous étions
    Dans le frémissement des palmes
    Sur les lèvres de la rivière

    Enfants
    Elle     passante     nue

    pour instruments de la forêt

    29 janvier 2014

  • Bois rouge : Arbres, les silencieux (2)

    Les démesurés sans colère
    Les doux gardiens de leur semence
    Dressés face à nous
    En terre continente
    Quand la chair lève sur notre peau
    Les cartes de nos errances
    Vastes virginaux
    En ciel de nuit
    En ciel d’enfance
    Contenant traces de nos bains
    De nos jeux de naguère
    Lors nous étions nus
    Et luisants
    Et purs
    Dans les rivières

    Les droits
    Devant sans cesse
    Derrière
    Sans cesse à l’entour
    De nos pas
    A qui l’on revient toujours
    Qui nous sont le troisième jour
    Du temps d’avant que l’on cherche
    Qui nous sont chemin de retour
    En verdure de pagne à nos reins
    Et cette lumière d’autrefois
    Dans la braise du matin

    Quand l’un
    Par l’esprit du feu
    Tombe
    S’abat
    Se donne
    En sec gémissement
    Puis long fracas plaintif
    Fleuraison de lucioles
    A l’étage d’en-haut
    Dansent nos jambes cendrées
    Sur la terre tremblante

    Voici disent les bouches souriantes
    Conjuration du froid
    Provision de parole
    Et c’est un autre hors et loin
    Ailleurs où nous serons demain
    Qui doucement s’éveille

    Arbres
    Les silencieux
    Que nos lèvres prononcent
    En parlers inconnus
    Mots du vieil oubli
    Verbes du vieux secret
    Tournant la salive des jours
    Quand nous allons seul chacun
    Malgré les rires
    Les cris les rites de l’amour
    Dans l’eau de la rivière
    Entre leurs jambes hautes
    Quérir l’enfance du ciel

    26 janvier 2014

  • Bois rouge : Arbres, les silencieux (1)

    Les grands
    Les vastes qui nous sont lumière
    D’autre monde et gloire flamboyante
    En murmure d’abeilles de mouches
    Chuchotement de fourmis lentes
    Qui nous sont verve du lointain
    En rumeur d’écorces
    Complainte des racines
    Et stances sortant de leurs bouches

    Ils marchent
    Les étendus
    Marchent au pas de nos dires
    Eux qui nous fondent
    En l’immobile vent
    Qui sont corps de nous les parlants
    A l’écoute de toute sève
    Et de tout sang
    De nos mots s’élevant
    Sous leurs ailes

    Et nous aussi marchons
    Sur la ligne d’eux
    Qui sont frontière horizon
    Couleur de la nuit verte
    Ombre d’ombres d’un ciel bas
    Au-dessus de nos têtes
    Descendu par imposition
    Et sous le couvert des huttes
    Toit des cases où nous dormons
    Sont encore ce ciel si bas
    Ce voile de l’en-haut si loin
    Cette frontière

    Là
    Devant
    Sans cesse corps de nuit
    Sans cesse éclat d’esprit
    Entours dont on ne sort

    Sans l’un
    Qui parfois s’éteint
    Ou que l’on tue
    Par foudre hache
    Brutale scie
    Nous n’aurions tambour
    Ni de guerre
    Ni de fête
    Ni son lourd du deuil
    En nos places 

    Et n’aurions mortier
    Ni pilon
    Pour que l’unique jour danse

    pour instruments de la forêt
    22 janvier 2014

  • tourner la boule

    malaxer la blanche farine
    du jour

    22 janvier 2014

Page Précédente Page Suivante
ISSN 2610-7449
  • S'abonner Abonné
    • Chemin tournant
    • Rejoignez 157 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Chemin tournant
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre