Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Bois rouge : silence et vent

    Ce que l’on dit retourne en elle
    Toute parole qui tombe de nos mains
    Tout mot tombé des rives de nos bouches
    A l’heure du bain dans ses ruisseaux
    Toute émission des corps et cris d’oiseaux
    Suit la rouille de ses pentes
    Glisse en elle
    La massive
    La prenante
    Qui fait de tout reprise
    Saisie même de silence
    Et vit de chasse
    Nous laisse nus

    En son ventre l’on glisse
    En elle l’immobile
    Forte gisante
    Étendue
    Quoique droite
    Quoique grande
    Qui n’épanche
    Qu’ombres abondantes
    Et reflets drus
    Entre nos bras
    Garde hautes ses branches
    Quand nous dressons la tête
    Porte fier son cou
    Altiers ses faîtes
    Lourds de pendants
    Qui ne se penche
    Que sous le vent
    Sous plus fort qu’elle

    Retourne en l’antre d’elle
    Respir d’homme de bête
    Et tout halètements
    De nos dires les plus hauts
    En elle qui ne profère mot
    Qu’en nous dans notre sang

    En sa nuit verte
    Naquit le chant
    Chant du bois rouge
    Chant du sang
    Et ce ne fut que nuit longtemps
    Et vent de la lune lointaine
    Puis tout devint clair un matin
    La voix de l’oiseau dans l’air
    L’œil du poisson dans la rivière
    La paume douce de nos mains

    Vent immobile vent
    De sa nuit verte
    Et le silence
    Vert silence
    En son midi
    Qui l’entend
    Silence même quand les grands singes crient
    Immobile vent
    Sous les branches
    Verte nuit

    Qui l’entend

    Qui le nomme
    Hors nos mains
    Hors nos veines
    Souffle ou vent
    Ce tournant immobile
    Hors nos chants
    Qui l’écrit
    Qui l’incante et le craint

    A tout départ de son
    A tout essor d’ailes
    Le tournoyant
    L’inentendu
    En notre sang
    Qui ressort sous nos doigts
    Couleurs de tambour
    Brunes couleurs tendues
    De la nuit verte
    Et blanc silence du jour
    Immobile passant

    pour instruments de la forêt
    Extrait paru dans Arpa 106-107

    19 janvier 2014

  • Bois rouge : un peu de ciel

    Un peu de ciel enclos
    Par les grands arbres
    Qu’une main tire à notre portée
    Un peu de ciel roui de ciel tanné
    De soleil écrasé sous la pierre
    Teintant la peau d’éclats de fer
    Un pan de ciel si haut
    Entre les murs
    Son reflet à nos pieds
    Dans un carré de terre
    Et les milans ombrés
    Qui tournent passent
    Qui foulent l’air
    Et le font noir
    Nuances d’ailes
    Le ciel si haut si loin
    Mais si bas en nos corps chauds
    En semence dans nos mains
    En salive dans la bouche
    Ou blanche farine du jour
    Qui sèche sur les toits
    Ou linge au sol de la cour
    Le ciel sous nos pas
    Doux et clair et dur à la fois
    Le ciel en forme de poussière
    De brique qui rougeoie
    Rocoue la piste de nos doigts
    Tressant à nuit venue
    La fibre des étoiles

    En saison de feu
    Dénué de grain lourd
    Lame lisse plaquée
    A l’oblique des yeux
    Feuille grise d’acier
    Et dénudé d’oiseaux
    On ne le voit
    On ne le touche
    Avec la peau
    Mais il est en voûte d’esprit
    Lui qu’on repousse
    A chaque pas qui le poursuit
    L’infécond que l’on cherche
    Le soudain qui dégoutte
    Toute sa laitance d’eau
    Ciel de si longue attente
    Que l’on épouse sous les pluies
    Et qui teinté de lune
    S’empare de nos reins






    pour marimbas, sanzas, tambours de peau, hochets
    Extrait paru dans Arpa 106-107

    15 janvier 2014

  • Bois rouge : en elle, la forêt (3)

    Ils inventèrent la musique à l’écoute
    A l’écoute des pluies
    A l’écoute des gouttes
    Sur leurs pennes brillantes
    Sur les limbes de cire
    Lobes vertes dentelles
    Et toutes découpures
    De feuille de fougère
    Quand des bras leur naquirent
    A l’aisselle
    Forme de mains
    De longs doigts
    Pour battre l’air
    Qu’ils n’eurent plus bec
    Mais bouche pour dire
    La forêt c’est de la musique

    Ils eurent voix
    Et chant de pluie
    Chant de bois
    Dans les veines
    Et joie joie joie
    Rouge de sang
    Plus forte que peine
    Et qu’oubli d’en-haut
    Du très-haut lieu d’origine
    D’où cigognes noires ils tombèrent
    Au commencement de la pluie
    Et connurent l’humaine nuit
    D’être en bas si solitaires
    De prendre couleur de terre
    Teinte d’écorces de racines
    Toutes nuances d’arbres de vie
    Eux qui furent le premier sang
    A qui nous devons danse et chant
    A qui nous devons musique

    En son ventre
    Tout son d’air
    Tout son d’eau
    Tout bruit de vent
    Et tout bruit d’ailes
    Retourne en elle
    La prégnante


    pour marimbas, sanzas, tambours de peau, hochets

    12 janvier 2014

  • L’art de marcher dans les herbages

    le jour
    son pendant à porter
    les pistes à départir
    les heures à remonter
    le prochain pas à faire

    12 janvier 2014

  • Bois rouge : en elle, la forêt (2)

    Mienne
    Et non mienne
    A moi venu d’ailleurs
    D’entre deux fleuves
    De ville ancienne
    D’entre collines
    Puis de plaines
    Et de terres froides
    Sous la bise
    De bois taillis
    D’oblongs prés
    D’obscurs étangs
    De peupliers
    De noires grailles
    Dans les ramées
    D’agarics brillant de rosée
    Et du coucou à nuit tombante
    En elle donc descendus
    Par forte pluie
    De celles qui donnent
    Couleur d’ambre à la terre
    Les hommes dans l’oubli
    D’abord dit-on cigognes noires
    Cigognes noires et silencieuses
    Au chant des gouttes de la nuit
    En elle seuls
    A l’écoute
    Inventèrent la musique
    A tout départ de chant la pluie
    A tout départ d’ailes le vent

    pour marimbas, sanzas, tambours de peau, hochets

    8 janvier 2014

  • Bois rouge : en elle, la forêt (1)

    Retour en elle

    En l’antre qu’elle est
    La gravide
    La familière même sous la lune lourde
    L’entière pleine
    Avide et nue

    Tout commence par les marimbas de la nuit

    Chant des gouttes
    De miel dense
    De sève acide
    D’eau
    Et de l’amante nuit
    Sur elle
    A tout départ de chant la pluie

    La pluie sur les lames
    Le vent des mains dans les coques brunes
    Les sons naissant
    Les premiers sont
    D’humide timbre de terre
    Puis viennent les grenouilles heureuses
    En long prélude aux danses
    Qui scient le bois noir de la nuit
    Qui fendent le silence
    Les coassantes
    D’air de boue d’eau de feu

    Tout commence en elle
    Au milieu
    En son ventre
    En sa lisse trouée
    Où sont tombés les hommes
    Issus d’une grande pluie
    D’en-haut venus
    Avec l’oubli
    En elle double
    La légère
    La pesante












    pour marimbas, sanzas, tambours de peau, hochets
    5 janvier 2014

  • Ce que je cherche en étant délaissé se découvre trop loin de moi

    quand je vais vers le rocher de toi et que s’enrêve entre les herbes

    le chemin d’autrefois

    1 janvier 2014

  • Le milieu du sommeil

    Au long du mur un peu de lune descend le chemin en peignant les cheveux des belles mexicaines. C’est rose et c’est d’argent. Le pagne de la nuit déroule les yeux noirs d’une femme qui se promène. Il ne pleut plus, mais l’eau creuse encore les ravines. Les grenouilles font un bruit d’usine, entre les cases où l’on file un vieux rêve sans fin.
    29 décembre 2013











  • Une tête de pierre posée là sous la pluie solitaire tranquille Les herbes de la savane se couchent à regret Quelqu’un tire le drap de la nuit Un visage apparaît si l’on se penche si l’on se tait si le regard abstrait l’énigme de la longue attente du jour Un oiseau dit crépusculaire se pose dans le creux de l’oreille Un palmiste écoute le vent éveiller l’ombre des paupières La tête dort selon le temps les yeux ouverts ou les yeux clos

    prolongement Brancusi /commentaire Francis Royo
    28 décembre 2013

  • Prolongement imagé du commentaire de @francisroyo / Analogos

    Brancusi bronze 1910
    The Metropolitan Museum of Art
    © 2011 Artists Rights Society (ARS), New York

    26 décembre 2013

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ISSN 2610-7449
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