Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Relevé

    Trop de bruit dans le jardin pour qu’une grive chante et donne un peu de lumière, trop de gens qui passent sans écouter ce qui invente l’univers : la rousseur des flancs de l’oiseau, les traces de l’araigne semées sur le brouillard. Restent – à la surface des nerfs – la fin abrupte du jour, le pain de l’implacable nuit, le pressoir de la tristesse, la main gantée du ciel, le bras appesanti du visible qui se renverse.
     
    13 octobre 2013

  • Dans la chambre

    Dans la chambre, le décor est une moustiquaire. Lui, rêve de murs blancs, d’une case au bord de la rivière, d’une pile de livres à terre pour franchir le jour, passer d’une rive à l’autre dans l’esprit, revenir à la nuit, dormir à la frontière. Il cherche la forme de sa vie, pour n’avoir pas sans cesse à fuir l’inconcevable présent, l’impossible destin, le parti pris du monde qui lui fut imposé. La mise en terre de toute naissance.
     
    8 octobre 2013

  • Le silence noir

    Le silence noir de l’insomnie
    Aux tempes secrètes de la nuit
    Un grillon dans la chambre
    Et puis des voix lointaines sur la route
    Rapportées par le vent
    Reversées dans les mots
    On a peine à les lire sous la lampe trop dure 

    De la lune
    Ils flottent entre les feuilles du mandarinier
    Entre les clameurs de grenouilles
    Semblables à certains cris d’oiseaux
    Quand ils s’attroupent dans les arbres
    Près des foulées

    Surgit un désir de savane
    De sable sous les pieds
    D’horizon monotone
    D’attente de la pluie
    D’un giclement d’orage au bord des forêts sombres
    Dont la fraîcheur lui parviendrait
    Odorée de mangues et de lourdes goyaves
    Mais il est seul sur le lit

    2 juillet 2013

  • Invitation à la lecture d’un poème d’Antoine Maine

    Il ne faut pas trop parler d’un poème, comme Zundel le disait à propos de Dieu, on l’abime. Cette note n’est donc qu’une invitation à lire On pourrait croire, qu’Antoine Maine nous offre sur son blog De passage, à se laisser emporter par son pouvoir évocateur.
    13 juin 2013

  • Bois rouge dans la revue Arpa

    Mappemondes, numéro 106-107 de la revue de poésie Arpa : 52 auteurs pour un tour du monde… Entre l’Italie et l’Irlande, le Cameroun avec un extrait de Bois rouge, poème pour instruments de la forêt.

    En sa nuit verte
    Naquit le chant
    Chant du bois rouge
    Chant du sang
    Et ce ne fut que nuit longtemps
    Et vent de la lune lointaine

    arpa-poésie
    3 juin 2013

  • Vitrail du jour

    Une case vide
    Une langue échouée
    Des mots qui se refusent
    Trop de cris
    Dans le silence étroit
    La tristesse qui dort
    Sous les branches
    Avec la joie
    Des pieds nus sur l’écorce
    Une pluie de bois mort
    Le présent la durée la douleur
    L’implacable attente du sens
    La face grise du coeur
    Des torses qui fusent au loin
    L’odeur des mangues à terre

    Voix d’encre 39

    24 mars 2013

  • Trame du jour

    Il n’y a pas d’horizon
    Seulement des ajours de dentelles
      à la cime des frondaisons
    Des parures de feuillages
      et des claquements d’ailes
    Sur fond d’ocre
    Le blanc cède au noir le mystère
    Le sang d’un flamboyant se dilue
    Au matin tout redevient vert

    Voix d’encre n° 39

    11 mars 2013

  • Chant du deuil de Mylène

    Sous l’ampoule
    Un lit trop grand pour elle
    Froide en sa robe de poupée
    Il y a des formes à terre assises
    Au milieu de la nuit
    Assises au centre de la terre
    Qui jouent le jeu
    Des plaintes des murmures
    Il y a des ombres qui se penchent
    Une main qui chasse les mouches
    Car c’est le jour
      déjà
      avec ses oiseaux
      ses fleurs de caféiers
    On descend lentement
      à neuf heures
    Portant le bois
      le corps
    Dans la cour où la terre ouverte
    Est vite refermée
    Pas de mots
    Pas de pleurs
    Seulement quelqu’un pose
    Une tache sanguine
    Le calice solitaire
    D’une rose de Chine

    Poème paru dans le numéro 39 de Voix d’encre

    25 février 2013

  • Soir courant

    D’abord la descente de la cacaotière
    Le silence à trois heures
    Les oiseaux se reposent
    On est seulement là
    Si loin de tout
    Même de la terre
    Dans le manège immobile de la lumière
    En bas sur le plateau étroit
    La case glisse sous le coude de la rivière
    La sente plonge et se noie
    Les fourmis suivent la trace acide
    Du rêve des orangers
    Les papillons tressent la rive
    On est assis sur les rochers
    Chacun à la frontière de soi
    Et quand une aile brune coupe en deux le soleil
    Un garçon dénudé au creux d’une pirogue
    Tire le pagne de l’eau
    Baisse de l’autre côté le rideau des grands arbres
    Replie le sable humide sous nos pieds

    Poème publié par Voix d’encre n° 39, 2008

    18 février 2013

  • Chants à faire et à défaire

    (Refrain : Il n’y a que)
    Nous descendions – le sable était de mer – vers les boutiques de la ville, or cet homme-là n’aime pas la mer, mais les regards étaient d’étoiles et les corps de cendre chaude. Au retour les lampes à terre noyaient le jour dans leur lumière, la chambre sans fenêtre sentait le linge humide, le savon, et pour tromper l’angoisse il n’y avait qu’un vieux journal populaire.
    Il n’y a que le sable gris du ciel pour servir de carte sur la table du présent où la solitude a mis le couvert. La blanche tristesse du jour désoriente l’horizon, la pensée s’accoude au silence, le cœur saisit le couteau du rêve entre les plis de la saison. Vient le crépuscule du soir qui ramasse les miettes de l’attente, parce que l’on n’a rien d’autre à manger.
    Sur la route passe une auto, c’est le même jour qu’hier, le même rouleau de poussière et dans les yeux à peine ouverts des cases la même fatigue qui se lit. Il n’y a guère que le bain dans l’eau vierge de la rivière qui change quelque chose au refrain.
    Dans la nuit il n’y a que la brume et la poussière et le pilon sourd du temps, le son du bois fendu par une femme tard rentrée, une lampe, des mains tendues, la rumeur de la ville coulant vers la frontière, vers un ailleurs ignoré des ombres qui glissent.
    Sur le tranchant du sommeil, devant la case au bord du jour, à la lisière des yeux noirs de la forêt, à la frontière d’un ailleurs sans nom, il n’y a que la cicatrice de la piste dans le regard, le long des reins la cendre tiède, la poussière, la racine amère du matin, le froid laissé par les étoiles, le soleil incertain, la salive jetée en terre, les reliefs du rêve, les franges de la brume, et l’eau de la rivière en bas qui nous attend.

    Poèmes recomposés
    1 février 2013

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ISSN 2610-7449
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