Les pieds des passants, les roues d’auto et de motocyclette scripturent la ville. On roule, on marche, au sein du graphique urbain, que sans cesse on élabore et qui nous travaille, chacun à des degrés divers. Mais quelques uns seulement l’inventent vraiment, la masse, elle, est copiste. Les gens savent (à peu près) où ils vont, les autres, non. Ce n’est pas qu’ils tracent des lignes au hasard, c’est qu’ils ne connaissent pas l’issue. Qui peut être un giclement de sang ou de plaisir. Éros écrit tout aussi bien dans la chambre qu’en son dehors-intérieur quand il sort par la fenêtre. Il arpente la ville, la mesure au mètre près, elle habite pieds et jambes. Il a l’œil à la cheville, au jarret, où se forment les lignes, car l’œil écrit la ville, sans oublier l’oreille et le nez et la ville les écrit. Mais en tant que personnage, il n’est que le motif et la motion du texte.
Étiquette : Ville
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Ngola la nuit
Ngola s’aborde aussi la nuit, avec des corps d’ombres, ses lumières presque passées, défaites et le fil de son œil qui tourne à l’angle d’un désespoir. On voit des mains gémir contre le mur des cours et des vies de non vivre marcher là pour s’offrir au risque de la peau — la vitesse de l’auto fractionne les désirs. On voit des faces dont les yeux n’accordent le regard qu’à la honte d’autrui et sa fierté secrète, aux plissures cachées de l’iris dans l’orbe du hasard. Veillent des mannequins sans bras, blancs d’un silence trop plastique. Leurs songes froids de choses meurent au fond des boutiques, derrière sur un peu d’eau flottent les rognures du jour, tous les cheveux coupés, des rajouts qui n’ont plus de tête. Là où plus loin les néons clignotent, ayant rabattu sa capuche, quelqu’un rentre le cœur éteint.
Ngola la nuit (son corps caché)
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Ndzomga / Cocktail pour finir
Le monde est peuplé d’étranges créatures qui ne jurent que par le pécule, l’or noir, la suprématie des couleurs sur la raison. Ça m’étripe et je ferme les yeux tandis que lentement le surfer s’éloigne des terres.
Peu à peu je prends conscience des émotions ancrées derrière un «terre à bâbord». Flotter a ce quelque chose de gênant. On ferme les yeux et on compte les heures, humides ici, émergentes.
Maintenant nous rejoignons la résidence élevée fièrement au-dessus du monde marin. Des hommes sont venus, ont décidé de monter au haut de la vague, de suivre des flèches indicatrices qui ne disaient pourtant pas où l’on s’arrête. Il aurait peut-être fallu préserver les émissoles, ne pas les gaver d’un mixage d’eau et d’or noir sortant des séparateurs.
On continue le travail qu’ennoblit la monnaie fiduciaire largement distribuée pour faire taire. Les étoiles ont déserté un tel paysage. On tourne la roue, somnole, complote, acquiesce.
II
Ce que j’ai cherché dans l’iris de tes yeux, un peu de gaieté à répartir sur les semaines présentes et à venir. J’essaie toujours de détourner le regard, haïr, punir le monde de ce sarcasme qui refuse tout pas vers la réciprocité.
Tu ne regardes que ce qu’il y a d’autre dans la salle, puis la ville, puis le mode sénile et revanchard.
Je ne cesse pourtant pas mon voyage en apnée dans la profondeur de ton regard fuyant, espérant quelques réverbérations instantanées ou latentes de la flamme juvénile et hésitante que je porte.
Quelques sentiments indicibles m’habitent de jour en jour, de ne pouvoir visiter tes profondeurs, à être bien trop jeune pour posséder ton regard.
ÉchangeursIl faudrait déconstruire, commencer par faire imploser ce qui fut, jadis, résidence politique et lieu de débauche. Dans le cas présent, il a fallu attendre la mort accidentelle de la sorcière. Mais on voudrait généraliser la destruction aux champs des vivants et des morts, faire table rase, niveler.
Ici doit passer une route au dessus de la route, puisqu’il faut bien conquérir l’espace, gagner du temps avant le passage honteux aux urnes.
Époque de boîtes, de serrures,d’impasses pensées pour les foules,de croisements régulant le flux vers d’étroites issues temporaires.plutôtdéprogrammer l’avenir→ prendre la routeDéconstruire ? Oui, le soi, l’anonymat…
Aller même jusqu’à la vérité, l’enclaver…Déprogrammer l’avenir semble illusoire, si ce n’est par la force du poète qui nie la ville telle qu’elle se présente, remet en cause les échangeurs, les avenues, les coins de rues, toutes ces prisons de la forme.
Prendre la route… Celle que le gouvernement refuse de construire…
« C’est fini »
Blogue de F. S. Ndzomga : Camisole et mots
Tous textes de la résidence : © F. S. NdzomgaIllustrations originales : © KmoJ. M. Basquiat The african cosmogramDisséminer les écritures : webassociation des auteurs




