Présence inattendue d’un petit cossyphe à tête blanche (Cossypha niveicapilla) sur l’arête d’un toit. Il s’envole presque aussitôt, mais son chant demeure, hélas un peu lointain. C’est un poète, féru de glossolalie et d’imitation, dont la voix ressemble à celle de la grive kurrichane. Il est peu courant de l’apercevoir et de l’entendre en milieu urbain, aussi profitez de cette vision sonore, au cœur des bruits nombreux de l’activité humaine.
Poursuivons notre exploration sonore avec une suite aux métiers ambulants. Après la vendeuse de fruits, le cordonnier, le couturier, à écouter ou réécouter ici et le ferrailleur là, voici le vendeur de vitres et d’étuis pour smartphone, muni d’une sono portative qui lui cause parfois quelques soucis. Voici ça.
Ici les corbeaux sont aussi pie, de plumage noir et blanc, Corvus albus étant leur nom latin. Anthropophile envahissant, le corbeau pie dispute avec certains personnages humains la tête du classement de « grande gueule dans le paysage sonore ». Nous l’aimons bien quand même.
05/10/2024 15:51
Tambour dans la nuit
L’enregistrement est médiocre, mais rend compte d’une certaine ambiance nocturne. Tambour, voix humaines, grillons.
Après plusieurs mois d’absence sur ce chemin-ci, retour à la topographie sonore du quartier. Le premier enregistrement, peu avant un départ précipité pour l’Europe, laisse entendre les notes flutées de bulbuls communs et le cri rieur d’un martin-chasseur du Sénégal, le second, peu après être rentré, le climat calme mais toujours rythmé d’oiseaux et de bois cogné. Ce que la fenêtre me donne à écouter.
24/03/2024 06:31 Dimanche, au point du jour (19)26/09/2024 10:37 Ce que j’entends de la fenêtre (20)
au studio photo, elle, en robe blanche, lui qui se tient droit, contre la peinture : ciel, rivage, et stipes palmés de cocos, dans le fond : la ville, avec son canon, et nous qui, posons, graves, doux, pieds sur le lino — oubli du tirage, on demandera ce que nous faisions — puis après les chutes, le grand port marchand, où ne va personne, nous déambulons, d’abord, entre des maisons, toutes idéales ; ensuite l’on pousse, vers la frontière, pour dire qu’on a vu, cet un peu d’ici, et ce gris de mer, le noir des rochers, de gros éléphants qui, chassés, tombèrent, là au bord de l’eau
d’elle, nous, parlons tout un jour de pluie, d’anodine enfance, des tristes années — les coups, aussi, tombaient du ciel, de la main de demi-dieux, et leur bouche mordante, aux dents bien rangées : dehors les chiens, les impurs ; lui : tout quoi qui se dit : vrai, avant de comprendre : oh que non, trop tard (Éros, sa naïveté) — le toit de la case craquait sous les pins, entre la violence (alors sous terre) et la dévotion, de l’autre côté, lui se laissait faire, par un corps timide, autre que le sien, il vivait sans aventures, lui, il se souvient d’une grande nuit,
Où qu’elle se déverse par le monde, la pluie sonne familière. Un détail pourtant change toujours sa musique. Ici, la petite note d’un insecte inconnu, solitaire. Tendre l’oreille à l’écoute des trente premières secondes pour savourer sa présence.
L’enregistrement donne à entendre un ramasseur de ferraille, qui parcourt les quartiers pour collecter les objets métalliques jetés à la rue ou « gâtés » que les gens peuvent lui remettre. En fin de journée, un acheteur disposant d’un entrepôt et qui revendra la ferraille à une société de recyclage, paiera sa récolte au poids, entre 200 et 300 francs CFA le kilo de cuivre ou d’aluminium, 100 francs le kilo d’acier.
06/03/2024 à 09:37
Gâté gâté… Gâté gâté-là… Télévision gâtée… Les vieux frigos gâtés… Les vieux ventilateurs gâtés-là… Les vieux téléphones… (?)…
on tourne, à la surface du sol dur, que nos pieds ressassent, on arpente l’image qui, autour, le plan hors de nous, s’étale, se répand, vide, solitaire, malgré le nombre des gens — semble, pourtant, non plus, qu’ils ne l’habitent, sait-on, nous, si l’on va quelque part et d’où, même sur la terre — à terre, la couleur des fruits — verts, on traverse, sans que nous happe l’hostile indifférence des regards, ce nous ne savons quoi du cœur, assis depuis toujours, mais prêt à toute violence, la moindre guerre, le moindre petit coup, dans la chair, de l’autre, du frère, ou du chien qui passe, l’œil en coin, l’œil de son propriétaire— cité bien propre, balnéaire, sans de visibles poubelles — odeur municipale, ce qu’il faut juste, de faits divers, noyades, querelles de conjugalité, et l’œcuménique ennui de façade des bords de mer — ce qu’on traine, nous, une tension, vers le désordonné, l’affleurement du caché, l’innocence au fond des corps, la fatigue méta-physique, des joies toute minimes, presque pures, presque très claires — on se dit qu’on fait quoi, qu’on va où, encore — plus loin que les entrelacs, les détours, le commerce, tout ce théâtre du marché, sa vieille mise-en-scène, qu’on enjambe soudain — dans un rêve, dont on voudrait sortir,
entrés, dans la ville et sur, le quelque-chose-se-faisant change, un creux qui se creuse lui-même, en lui-même et nous qui entrons, sans but, sans artifice, franchir, lire, dé-lirer, mille signaux, mille clartés troubles, douteuses, ce peu du bonheur, pacifiant, de pour une fois n’attendre rien, que la réflexion des surfaces, le jeu d’un miroitement, se et ne pas se, laisser voir, s’insinuer, glisser nageurs, oubliés du temps, par le flanc, rues, marché, boutiques, nous marchant, la dévêtir, à notre façon, mauvaises manières, lui faire le plan, avec les traces qu’on laisse en l’air, lever sa chair, cicatrices, non vues des gens, ses blessures internes, son sang, de terre, de bord, pas à soi, sa dérive, les petits tremblements, tourbe forestière, sol marin, mystérieux naufrages, le vent