on passe, des villas cruelles, leurs murs, autour d’elles, leurs ventres, gros de tapis, pleins de luminaires, dieux pendus au ciel que nous ignorons, que font-ils dedans — et derrière des arbres en forme de gland — on s’avance, les délaisse, par à-coups lents pénétrons étranges, non le bourg : son dehors, le travers, contre la route, l’ordre, n’allant au port, au canon de l’église, blanche, la mer, qu’on regarde faussement, sans un point-de-vue d’angles qui diffèrent, ces choses en nous, déjà, victorieuses, perdantes, que l’on n’estime pas, ni haine, ni sympathie, ou d’autres poids, mais ce que ça fait dans les veines, ce sensible sur nos peaux, la lumière dans le cerveau, qui s’impriment, deviennent part de soi, s’opposent à l’image qu’on attend d’elles — notre œil, et leur vie, complices —
J’habite près de l’abattoir. Je le vois, sur la colline d’en face. Je l’entends surtout. Son bruit, toutes les nuits, quelquefois le jour. Des hurlements humains, la pression de l’eau sur le béton rougi, rarement le meuglement des bêtes, comme si la plupart se résignaient au sacrifice. Parfois l’une ou l’autre crie, une plainte que notre langage ne peut traduire. Inconfortable extrait sonore, où le tic-tac du réveil ajoute à l’agonie la cruauté du temps.
suivons la route encore humide — ce qui s’écoule de nous — une ligne étrangère, un bord sans fin, gris bitume, gris sable, gris mer, et ce pesant désert du ciel, où
l’on n’ira pas, tient tête à notre faim de clarté sa tristesse — les choses prennent couleurs humaines — allons, se moulant dans la précise lenteur du jour, son contretemps
ses contrepeines, marchons à hauteur de nous, sans voir si ça nous mène et si un horizon, devant l’endroit, derrière nos pas qui trainent au pourtour de tout — on s’avance —
en file indigène, sans mots, paisibles d’apparence, sur la longueur vers Babylone, les gens se disent quand même ce qu’ils pensent, croient d’eux, des petits faits, cousus —
nous rien du tout, ce tout qu’on ignore, aimant le silence, le nu, mais aussi l’inconvenant, le disparate, ce qui surprend d’une conversation, scruter l’air de l’autre qui —
marche alors que nous marchons, cherche de son œil hypocrite la direction, on file seulement la cicatrice du goudron, ses boursoufflures, les petits trous, anus d’où —
sort une herbe vivante, parfois des bêtes fourmillantes, trottinent à l’air — elles creusent des tonnes, la matière, veinurent, aèrent, vont, telles qu’un train, dans la brousse,
sinue, parmi les vertes végétations, consulte, caou-tch ouc-caou-tchouc soufflait-il hier, un catalogue de vestiges cachés, tus, entre fossilité/putréfaction — reprenons notre
chemin, raclant les gommes — nous irons visiter le musée de la locomotive tutélaire, témoin des travaux-forcés, à l’époque des trusts sanguinaires, des morts par pi
qures de tsé-tsé — arrivent nous croisant en face, d’abord des motocyclettes, ventres emballés de polyane ou similicuir, puis des camions, à revers les mêmes, (quoi dedans :
on imagine), l’instant du vide, quand ils passent, un bref tourbillon de feuilles sèches, et films plastiques — bientôt la ville, très côtière, sa cathédrale et son canon sur
l’Atlantique — nous marchons alors qu’ils marchent, pas de notre côté, on entre dans, presque en rêve, étourdis par l’odeur nomade, du sel et d’une pizza aux quatre fromages
on revient se rendort dans la case muette, rassurés qu’à l’entour les sons, grenouilles crapauds de mer, et ce ronflement de machine-avant, machine-arrière, le branle des premières autos, l’odeur soudaine de citrus et de peau, d’eau calme entre les cuisses, le jour qui point, se dresse hors des chiffons, Babylone l’océan, son ennui de vivre autrement, la vieille loco du chemin de fer, le vieux tronc où l’on s’assoit, sa plage puante, ses poubelles, des oiseaux dans les cocotiers qui chantent, on voudrait ne penser qu’à rien, et que la violence s’efface, la fatigue aussi, nôtre, antique, plus âgée que le temps, tout, qui ne disparait qu’en un même regard, approché sur la route, où l’on va, doucement, en gardant ses promesses, le peut-être qu’un jour, mais l’usure, de soi, de ce monde-là, on marche à pas de chat, sur le sommet d’un mur, dans la ville se dire, allons au bout du jour, parmi les rues, les boutiques, sous le tissu, sans un sourire, aventurer sa main, manger un quelque-chose, du peu, avant de revenir
Une fois la pulpe de la noix d’Elaeis guineensis (palmier à huile) détachée de la coque du fruit, cette dernière est cassée en vue d’en extraire l’amande qui servira à la fabrication de l’huile de palmiste, utilisée principalement en savonnerie et cosmétique. Ici, c’est en vue d’un usage domestique.
Éros s’endort, corps sur nuit, lune entière, et chevaux marins, le premier rouge, le second vert, d’autres bistres, leurs cavaliers, barbares, la tête hors du flot, des papillons nageant, au milieu du plastique, entre les déjections, des huiles de surface, et des cadavres au fond, les décombres d’une ville antique, Éros dort, Éros s’agite, crawle dans sa sueur, brasse sur les plis du drap, fuyant un poulpe-drone et son œil multiple, la vrombure des hélices, alors que vient d’en bas, un banc fantasmatique de carrelets géants, il court le long d’une rue, d’une ville inhabitée, sous un ciel rose bonbon, et des nuages pers, en direction de rien, retourne sur lui-même, à l’entrée d’une boutique, le bruit que cette eau fait, de choses qu’une main froisse, des sachets en papier, et cette odeur du vent, et ce gout de crevette, là juste au bout des doigts contre sa bouche ouverte, ses jambes qu’il replie, le verre noir de suie, l’air ivre de pétrole, sur la route les gens repassent, ce bruit, un bruit de plainte, le cri des pêcheurs
la ligne arrière, on ne la sent que par les vibrations de voitures, qui traversent l’écran, le hachurent à hauteur du toit, pas souvent, ça part vers la ville balnéaire, ça revient dans un soleil humide — nous, plus bas (d’elle une pente légère), baignant dans le fleume, tranquilles, on demeure le matin à visionner le tronc de l’arbre inconnu, ses racines qui se projettent (on s’assoira dessus), la bande sombre, pétrole, hérissée de rognures, de bris, une autre miel, rase, veinurée dedans, où se lisent des cartes sphères, avec sans cesse lourd le bruit cognant du temps ;
car à ce bruit toujours devant, de l’image, il ne sait s’il pourra donner son temps, que lui le prenne et l’engouffre ou si lui l’avalera, ce fruit, de l’amour d’un dieu-même, qui le donne aux hommes perdus ; là devant, juste après le travers que nos orteils fouissent et cette part du sable changeante au bord de l’eau : le fond de la terre, les cieux ; on flemmarde encore, jambes étendues, Éros sort du flot, dit des choses belles, nous rions aussi, oubliant la guerre, le bruit, le trafic en haut par dessus nos têtes, tout au premier jour, très nus, solitaires — et jusqu’à la nuit —