Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Un pied dans la lumière

    J’ai un pied dans la lumière entrée par le volet disjoint. Pas de fenêtre, pas de vitre, mais un carré de bois et des éclats de peau. Ça sent le crépi-ciment, le corps vaguement humide, le bruit des premières autos, les draps sueux, le vent, un peu la pisse du matin, l’éveil de la ruelle. Je sors du trou de la nuit cherchant le rêve, rien. Des entrechoquements de marmites. Le crissement fibreux d’un balai. L’horrible commerce diurne dans l’impudeur des égouts. Je ne veux pas plus de jour qu’en donne le dehors contraint, pas plus que ce bris, j’attendrai couché une heure asociale pour sortir, l’œil mauvais et faussement éteint.

    Vie d’Éros Sambóko #1

    26 mars 2020
    Corps, Lumière, Nuit, Peau

  • Tombeau

    Vieux mort déjà, vieux squelette au genou brisé, dont la chair cancéreuse éclairait ton corps dans la pièce, avant, au Pavillon, où près de l’entrée un figuier lance encore ses racines autour d’une statue, mère de ce trou d’ombre, toi tu ne voyais plus la lumière du soir, seulement le plafond.

    Un temps je t’ai abandonné c’est vrai, savais-je ou pas que pour trois cent cinquante francs, dans un bordel à ciel ouvert la mort t’avait mangé le sang ? Je viens avec l’huile, le pain, et ce dire : tu vas t’en aller bientôt, je regarde ta courte agonie, la disparition de l’effroi, qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Des biscuits et du chocolat.

    Tombeau de Simon Z.

    12 mars 2020
    Corps, Lumière, Mort, Peau

  • Paysage

    Le sec s’insinue des lèvres jusqu’au pli des cuisses, des collines bordant un parc d’herbes brûlées aux deux tertres figés plus haut dans l’image. C’est une photographie à l’aperture secrète. La lumières des phares cercle sur le papier des taches de poussière, le ciel bas, la route.

    Férir à petits coups ta bouche, ouvrir le puits alors qu’autour tombent les cendres. Corps lourds au lit, et tes os pèsent, nos jambes cognent la nuit qui nous enferre, la vieille nuit lunaire pâle à tirer du sang. Sommes-nous séparés mon amour par ce temps et le paysage défait, la saison, un mur noir et blanc ?

    On marche avec lenteur en dix pour cent d’humide, sans voir devant soi, sans quelqu’un qui appelle, face au miroir impur. Face au cadre oppressant. À chercher l’embrasure du geste de mains sales, ce qui fleure sous les doigts.

    On ne pense pas dans ce désert, on ne fait plus que tendre vers la pluie.

    Paysage saison sèche

    5 mars 2020
    Corps, Nuit, Paysage, Peau, Saison

  • Kambélé

    Pas de ciel ni de lune à travers les manguiers, mais un couvert de poussière, des bruits composant la route, l’ampoule nue d’un bar, nous qui buvons en face une mauvaise bière. On ne voit que des yeux qui ont creusé le jour.

    Il y a des cris, des motocyclettes. Les entailles de la peau. Les sons-éclairs de vies dont une part est muette. Le chantier de nos corps qui ont été pesés.

    Le trou dans nos têtes

    Kambélé 18:47

    9 février 2020
    Black Hole, Corps, or, Peau, Route, trou, Village

  • Ngola la nuit

    Ngola s’aborde aussi la nuit, avec des corps d’ombres, ses lumières presque passées, défaites et le fil de son œil qui tourne à l’angle d’un désespoir. On voit des mains gémir contre le mur des cours et des vies de non vivre marcher là pour s’offrir au risque de la peau — la vitesse de l’auto fractionne les désirs. On voit des faces dont les yeux n’accordent le regard qu’à la honte d’autrui et sa fierté secrète, aux plissures cachées de l’iris dans l’orbe du hasard. Veillent des mannequins sans bras, blancs d’un silence trop plastique. Leurs songes froids de choses meurent au fond des boutiques, derrière sur un peu d’eau flottent les rognures du jour, tous les cheveux coupés, des rajouts qui n’ont plus de tête. Là où plus loin les néons clignotent, ayant rabattu sa capuche, quelqu’un rentre le cœur éteint.

    Ngola la nuit (son corps caché)

    30 janvier 2020
    Corps, Nuit, Regard, Ville

  • Ngola la nuit movie (2)

    22 janvier 2020

  • Ngola la nuit movie

    14 janvier 2020

  • Extrait de Bois rouge
    3 janvier 2020

  • 12 heures de jour en 1 minute 20

    3 janvier 2020

  • Dénudé

    Calvin dans une cellule a rendu par la bouche, et si je n’écris pas suis autant cadavre que lui. Mais les pages défuntent, les mots aussi. Ai rédigé des notes, à Laval P.Q., sur son autre destin. Qui est le nôtre, d’une double vie. Celle pauvre, bagage qu’on traîne, lourd mais sans presque rien, une brosse à blanchir les dents de la nuit, une crème pour grimer le jour, peut-être un chapeau. Et celle qui flottante, dessus, nous tient la tête, hors du béant, non du rêve — son invention, d’un ailleurs que parfois l’on touche. Une sorte d’horizon, lointain des choses et du soi. Savait-il, d’avoir lu, le chant d’une bergeronnette, le parfum des tilleuls et le creux de la pierre où le noir transparaît ? Croire sa parole seule est ce qui reste à faire. Croire son dénudement, bien que nul ne se donne, qu’on soit plutôt livré. Dans la brousse, près du rocher, on dressait notre vision, là des cases, là l’infirmerie, le pressoir peut-être ici, l’eau était proche pour les chiottes et le bain. Il faudrait des lampes-tempête dans la nuit trop grande pour nous. Un vert de fond cadre son sourire triste en place des murs de la prison, et de ciel en haut si peu à regarder la sente entre les bokassas. Notre part défrichée retourne à la forêt. Où sont les traces de son dépouillement qui me diraient si je suis encore là, quand ce soir, bleue de sang, la lune dépèce un corps de chèvre et déplume des oiseaux mourants ?

    14 décembre 2019

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ISSN 2610-7449
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