Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Éros au bord de l’eau (12)

    entrés, dans la ville et sur, le quelque-chose-se-faisant change, un creux qui se creuse lui-même, en lui-même et nous qui entrons, sans but, sans artifice, franchir, lire, dé-lirer, mille signaux, mille clartés troubles, douteuses, ce peu du bonheur, pacifiant, de pour une fois n’attendre rien, que la réflexion des surfaces, le jeu d’un miroitement, se et ne pas se, laisser voir, s’insinuer, glisser nageurs, oubliés du temps, par le flanc, rues, marché, boutiques, nous marchant, la dévêtir, à notre façon, mauvaises manières, lui faire le plan, avec les traces qu’on laisse en l’air, lever sa chair, cicatrices, non vues des gens, ses blessures internes, son sang, de terre, de bord, pas à soi, sa dérive, les petits tremblements, tourbe forestière, sol marin, mystérieux naufrages, le vent

    1 mars 2024
    Éros, Chair, Mer, Océan, Sang, Tirésias, Vénus, Vent, Ville

  • Éros au bord de l’eau (11)

    on passe, des villas cruelles, leurs murs, autour d’elles, leurs ventres, gros de tapis, pleins de luminaires, dieux pendus au ciel que nous ignorons, que font-ils dedans — et derrière des arbres en forme de gland — on s’avance, les délaisse, par à-coups lents pénétrons étranges, non le bourg : son dehors, le travers, contre la route, l’ordre, n’allant au port, au canon de l’église, blanche, la mer, qu’on regarde faussement, sans un point-de-vue d’angles qui diffèrent, ces choses en nous, déjà, victorieuses, perdantes, que l’on n’estime pas, ni haine, ni sympathie, ou d’autres poids, mais ce que ça fait dans les veines, ce sensible sur nos peaux, la lumière dans le cerveau, qui s’impriment, deviennent part de soi, s’opposent à l’image qu’on attend d’elles — notre œil, et leur vie, complices —

    27 février 2024
    Éros, Cerveau, Image, Lumière, Peau, Tirésias, Vénus, Ville, Œil

  • Topographie sonore du quartier 15

    Cris dans la nuit

    J’habite près de l’abattoir. Je le vois, sur la colline d’en face. Je l’entends surtout. Son bruit, toutes les nuits, quelquefois le jour. Des hurlements humains, la pression de l’eau sur le béton rougi, rarement le meuglement des bêtes, comme si la plupart se résignaient au sacrifice. Parfois l’une ou l’autre crie, une plainte que notre langage ne peut traduire. Inconfortable extrait sonore, où le tic-tac du réveil ajoute à l’agonie la cruauté du temps.

    27/01/2024 à 00:59
    Capture d'écran d'une vue aérienne ; en haut à droite un cercle rouge entoure l'abattoir de la ville.
    25 février 2024
    Abattoir, Afrique, Animaux, Bêtes, Cris, Milieu urbain, Nuit, Quartier, Sons, Ville

  • Éros au bord de l’eau (10)

    suivons la route encore humide — ce qui s’écoule de nous — une ligne étrangère, un bord sans fin, gris bitume, gris sable, gris mer, et ce pesant désert du ciel, où

    l’on n’ira pas, tient tête à notre faim de clarté sa tristesse — les choses prennent couleurs humaines — allons, se moulant dans la précise lenteur du jour, son contretemps

    ses contrepeines, marchons à hauteur de nous, sans voir si ça nous mène et si un horizon, devant l’endroit, derrière nos pas qui trainent au pourtour de tout — on s’avance —

    en file indigène, sans mots, paisibles d’apparence, sur la longueur vers Babylone, les gens se disent quand même ce qu’ils pensent, croient d’eux, des petits faits, cousus —

    nous rien du tout, ce tout qu’on ignore, aimant le silence, le nu, mais aussi l’inconvenant, le disparate, ce qui surprend d’une conversation, scruter l’air de l’autre qui —

    marche alors que nous marchons, cherche de son œil hypocrite la direction, on file seulement la cicatrice du goudron, ses boursoufflures, les petits trous, anus d’où —

    sort une herbe vivante, parfois des bêtes fourmillantes, trottinent à l’air — elles creusent des tonnes, la matière, veinurent, aèrent, vont, telles qu’un train, dans la brousse,

    sinue, parmi les vertes végétations, consulte, caou-tch ouc-caou-tchouc soufflait-il hier, un catalogue de vestiges cachés, tus, entre fossilité/putréfaction — reprenons notre

    chemin, raclant les gommes — nous irons visiter le musée de la locomotive tutélaire, témoin des travaux-forcés, à l’époque des trusts sanguinaires, des morts par pi

    qures de tsé-tsé — arrivent nous croisant en face, d’abord des motocyclettes, ventres emballés de polyane ou similicuir, puis des camions, à revers les mêmes, (quoi dedans :

    on imagine), l’instant du vide, quand ils passent, un bref tourbillon de feuilles sèches, et films plastiques — bientôt la ville, très côtière, sa cathédrale et son canon sur

    l’Atlantique — nous marchons alors qu’ils marchent, pas de notre côté, on entre dans, presque en rêve, étourdis par l’odeur nomade, du sel et d’une pizza aux quatre fromages

    23 février 2024
    Éros, Ciel, Marche, Mer, Océan, Route, Sable, Silence, Tirésias, Train, Vénus, Ville

  • Éros au bord de l’eau (9)

    on revient se rendort dans la case muette, rassurés qu’à l’entour les sons, grenouilles crapauds de mer, et ce ronflement de machine-avant, machine-arrière, le branle des premières autos, l’odeur soudaine de citrus et de peau, d’eau calme entre les cuisses, le jour qui point, se dresse hors des chiffons, Babylone l’océan, son ennui de vivre autrement, la vieille loco du chemin de fer, le vieux tronc où l’on s’assoit, sa plage puante, ses poubelles, des oiseaux dans les cocotiers qui chantent, on voudrait ne penser qu’à rien, et que la violence s’efface, la fatigue aussi, nôtre, antique, plus âgée que le temps, tout, qui ne disparait qu’en un même regard, approché sur la route, où l’on va, doucement, en gardant ses promesses, le peut-être qu’un jour, mais l’usure, de soi, de ce monde-là, on marche à pas de chat, sur le sommet d’un mur, dans la ville se dire, allons au bout du jour, parmi les rues, les boutiques, sous le tissu, sans un sourire, aventurer sa main, manger un quelque-chose, du peu, avant de revenir

    20 février 2024
    Éros, Eau, Jour, Mer, Océan, Oiseaux, Sons, Tirésias, Vénus, Ville

  • Topographie sonore du quartier 14

    Casser les coques

    Une fois la pulpe de la noix d’Elaeis guineensis (palmier à huile) détachée de la coque du fruit, cette dernière est cassée en vue d’en extraire l’amande qui servira à la fabrication de l’huile de palmiste, utilisée principalement en savonnerie et cosmétique. Ici, c’est en vue d’un usage domestique.

    11/02/2024 à 17:43
    18 février 2024
    Afrique, Huile de palmiste, Milieu urbain, Palmier à huile, Quartier, Sons, Topograhie, Vie quotidienne, Ville

  • Éros au bord de l’eau (8)

    la pluie lave tant la nuit qu’elle devient noir réglisse, ses gouttes ploquent sang le sol les surfaces, percent la vitre du temps, l’enduisent de sa graisse, elle si forte qui rabat le vent, si grand, tient le large en ses mains de pluie, étouffe le bruit non sien, la ville la mer on sous trois-cent-mille tonnes de silence, un dernier floc, le trou, l’obscurité mouillée qui nous aspire, comme au village des orpailleurs, le père descendait, avant que l’on s’exile, toujours plus, se courbait au fond, dans la boue, creusait, le trou, pour des grammes de rien, sucé jusqu’au front, tété par la terre — il fallait raser tout un chien pour vaincre les eaux — on tirait le volet sur nous, là le ciel s’éventre, livre ses boyaux, d’une autre manière, bien que l’on ne sache si l’on vit encore ou que l’hébétude, ou que la noyade, du vent, des lucioles, le renversement, la lourdeur des mots — chien nu ne rompt pas les flots, dit Vénus qui sort, et puis ça s’arrête, dégouline un peu, on part ramasser plein de poissons morts et des écrevettes —

    16 février 2024
    Éros, Chien, Ciel, Eau, Mer, Océan, Pluie, Silence, Tirésias, trou, Vénus, Vent, Village

  • Éros au bord de l’eau (7)

    un ciel plaqué de fer la tôle le jour humide sans trace des avions sans rayures d’oiseaux voute plane contre elle notre perplexité rien qui ne la sépare de ce bas gris fumée si lent si presque inerte sauf un trait qui s’incline sur quoi vont des bateaux de grands voiliers parfois que l’on devine et d’épaisses nuées un trop-plein de menaces sous la coupe du vent mais ne bougent ici que le peu de nous-même le désœuvré de soi tremper ses pieds dans l’eau qui se démène, plus grise que le haut, un bandeau sur la page, un livre inexistant, ça nous dit pas grand-chose, sauf qu’on pourrait partir, sortir de cette poisse, de tout cet engluement, quand nous prend le chagrin, la pesanteur du temps, la vague, vague, vague vague, qu’une pirogue fend le sable ses veinules son pelage de bête étendue sur le flanc l’amas noir des rochers le bois flotté flottant dans l’ombre dense oisive sous les arbres comme un corps de noyé des maisons que l’on voit derrière qui nous patientent le calme malgré tout quand on rentre le soir —

    13 février 2024
    Éros, Ciel, Corps, Eau, Mer, Océan, Temps, Tirésias, Vénus

  • Topographie sonore du quartier 13

    Fendre le bois

    09/02/2024 à 07:24
    11 février 2024
    Afrique, Bois, Cuisine, Feu, Milieu urbain, Quartier, Sons, Topographie, Vie quotidienne, Ville

  • Éros au bord de l’eau (6)

    Éros s’endort, corps sur nuit, lune entière, et chevaux marins, le premier rouge, le second vert, d’autres bistres, leurs cavaliers, barbares, la tête hors du flot, des papillons nageant, au milieu du plastique, entre les déjections, des huiles de surface, et des cadavres au fond, les décombres d’une ville antique, Éros dort, Éros s’agite, crawle dans sa sueur, brasse sur les plis du drap, fuyant un poulpe-drone et son œil multiple, la vrombure des hélices, alors que vient d’en bas, un banc fantasmatique de carrelets géants, il court le long d’une rue, d’une ville inhabitée, sous un ciel rose bonbon, et des nuages pers, en direction de rien, retourne sur lui-même, à l’entrée d’une boutique, le bruit que cette eau fait, de choses qu’une main froisse, des sachets en papier, et cette odeur du vent, et ce gout de crevette, là juste au bout des doigts contre sa bouche ouverte, ses jambes qu’il replie, le verre noir de suie, l’air ivre de pétrole, sur la route les gens repassent, ce bruit, un bruit de plainte, le cri des pêcheurs

    9 février 2024
    Bruit, Cheveaux, Corps, Eau, Eros, Mer, Nuit, Océan, Poissons, Rêve, Tirésias, Vénus, Ville

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ISSN 2610-7449
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