Leurs filets ravaudés quelques partent à la sombre, rame en main légère de bois gris qu’ont tant lustré les paumes, capter le silure du rêve aux tréfonds. Certaines durées de lune donnent songes de poissons ou d’arachnicoles fantasmes et les lignes diffèrent. Depuis que creusent les Chinois en amont, dans l’eau c’est plein de terre, on n’y retrouve plus les noyés, tout se perd rongé par mercure ou plomb, peut-être que crèvent aussi les démons aquatiques. On pose sennes et nasses en dessous des ponts, flotteurs en polystyrène. Il y a deux traverseurs, l’un dit des Allemands bel ouvrage de quand pendaient des corps entre les mangues où personne ne passe, seulement le manioc qui sèche, le soir s’y baigne nu contre les piles près du rivage, se couvre de savon, se rince avec des rires, s’oint de coco à luire l’onde des fesses entre tuyaux qui portent une eau rouge au château, derrière la scierie.
Catégorie : Ma vie au village
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Ma vie au village – 32
À démanger passons toute une part du temps, on se racle savane et terre, et toute une part d’emportement, puis une autre aux lisières à chercher le djengui, une de transes de nuit, une qu’obsèdent les chiens, la misère, encore à ne rien faire comme si interminablement, une à scruter la brique qui craquèle et compter tous les enchaînés, avoir l’œil conjonctivé, avoir la chique, le pian, la teigne, courir devant, rire quand même avec ses dents, tourner le jour en portions de boule, le saler de ciel blanc et se tenir à la passe en la bordure d’elle qui voit camionner sa verdeur au lointain. Donc on se gratte dès le matin, on desquame les siècles en pilant la fibre des noix, on fume du tabac rance, chassant les malnutris et les chèvres d’autour de soi. Ceux qui rentrent ont la lance tiède et sanglante. Il y a l’ahan des femmes qui dans leur ventre pétrissent le jour naissant.
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Ma vie au village – 31
Les milans tournent le béton du ciel, les cris sont plus lucides, la rumeur de la ville en haut grésille dans l’oreille. Il faudrait que le corps ne soit pas si las. On voit un œil parfois dans un semblant de bleu qui nous regarde, une scorie de nuage avant l’engouffrement. Ah, mais n’oubliez pas le sang toujours sur la route, les solitaires que l’on calcine. La plaque est mise à chauffer et nous allons : cuire dans l’oubli. prophétiser des spasmes, des nausées. entendre loin pourtant, si loin que ça dépasse les avions. prendre le mauvais air qui nous rompra les os et s’endormir disant que rien n’existe. ausculter les asthmatiques hiboux. avoir des dyspepsies lunaires. ahaner entre mousse et drap. suivre au plafond toute une géographie des taches et résidus des nimbes de la pluie. vouloir en rêve pénétrer des isthmes qui se resserrent. ancrer la pirogue au lit. Puis on voudra que ça finisse, tournant toujours comme s’arrêtent les disques anciens, craquètements de saphir au bas de l’horizon dans les secs herbages.
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Ma vie au village – 30
Au bord durant près de vingt années, sans rien voir souvent qu’un bout de vitre sale (dans la chambre il y a peu de lumière) l’œil en-haut avec la pensée prise au chalut des araignes, réduite en cocons suçotés, boules grises des toiles qui me servent de sapin pour Noël, l’oreille au clic-clic amoureux des geckos sous le cadre et crissement de cafards dans les cartons à terre, je cherche le mot trouvant, la nuit ce qui en elle, l’or du rien, pourquoi je pleure au regardé de l’ombre d’une lanterne en toc achetée à Casablanca tandis qu’un gamin saigne ailleurs sur le trottoir en bas, pourquoi je quoi et que cette vie-ci est un poème politique, un exanthème, prurit mais doux pourtant du cutané de l’âme, je cherche la musique malgré et gardant tête dans le carré du jour, c’est si petit que près de la fenêtre, lit non loin, on ne voit pas le ciel sans se pencher très bas (avant ça passait les pas, les pas des gens, ça défroissait la terre, et ça faisait plus ou moins l’amour comme si je n’existais pas, comme si nocturnement je ne pouvais être qu’absent), j’écoute, je querre l’ailleurs à reverser dans ces mots-là.
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Ma vie au village – 29
La sombre en bas, loin des noyés qui l’hantent, coulant banchages, pétrissant boue, on s’est assis à flanc de peau sur elle bien avant les regroupements et bien avant le sang qui passe, un fou disant que c’est la porte de l’étage qu’ensuite ça va où, juste au-dessus du ru, préférant l’eau d’en haut avons rivé nos pieds, y’en avait des grenouilles grasses et des chenilles noires et de grands escargots, y en avait jusqu’à, avec des sablicules, des luciphores, des montauriens et des babelicoles parmi les feuilles épaisses, sans compter les bucérotides et tous les musophages, crûment qu’étions près de l’arbre ancien quand lors du bain certains virent des formes blanches avec de longs cheveux.Ce sont mi mâles-mi femelles des esprits très curieux (cela) qui appellent, attirent, mais ne parlent ni ne bougent et n’ont pas de regard et lui (cela) / il (cela) elle (qui) loge dans le ventre tien, ce reflet te dit quoi, me dit viens.
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Ma vie au village – 28
Qui peut faire l’inventaire de soi, à quoi sert, ici tout est l’instant, même ce qui est derrière ou devant, il n’y a pas d’histoire de moi, le gouffre de la lignée t’aspire et tes milliers de pas entre la route 10, la rivière, deux hachures qui s’ignorent au travers du rien, vont au tertre que tu seras, à notre enkystement commun sur la rotondité de la terre ou bien l’on est assis, l’œil vague guettant quoi, une luciole, des tarentes ou le papillon noir de moi me disant que quelqu’un, à rapporter près de ses mains le peu qui surnage autour et s’accrochant à tout ce rêve, au flou, ne pensant qu’à la fin, l’immense est là qu’on n’aura pas vu, le cœur prodigieux d’elle et son arbre au milieu et lui avec son trou juste à notre hauteur par qui l’on entre dans la lumière, alors le bilan, qui peut le faire ? des ombres et je-même sommes.
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Ma vie au village – 27
J’en ai vu salive et du sang, mis des cadavres en terre, cherché des yeux ce qui pouvait encore être un semblant de veine sous la peau du rose le plus pâle qu’on trouve dans les plus dégoutants romans, resté à rien qu’attendre que fusse en croix noté le plasmodium ou le bacille, alors reviens toujours à ce tracé courant le long et qui m’obsède l’imaginaire, s’impose à la racine des nerfs, mais va-t-on, que reste de nous hors et dans jusqu’au jour sur le seuil du bloc où quelqu’un lave à grande eau nos coulures et brosse le ciment. Sur la ligne du pavillon je marche en avant de la mort et c’est écrire ça peut-être, quand n’ai jamais voulu su pu tenir l’affreux journal de la maigreur des corps et des exhalaisons qui ne me lâchaient pas, l’attente projetant dans un comme hors-du-temps où malgré tout flottait un reste de désir, transcrire les yeux brûlants.
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Ma vie au village – 26
Être les pieds sueux dans la poussière et la chaleur moitissant l’aine en traînant sur la piste fait qu’on s’arrête un jour et quelqu’un dit c’est le village, on torche un peu de terre puis on oublie. Un siècle passe, c’est quoi même. Tout ce que connaissions de notre monde aboutissait au bord de la rivière, la sombre, trait brun charriant de l’or, des vipères, qu’en rêve avons franchi pour s’installer quasi dans l’immobilité sur dévers d’un bas-fond grouillant de croupissures de sponges et d’ensorcellements divers, mon dieu pourquoi, on s’est endigué là, en sommeil et mort spirituelle. Les sacrifices ont glissé à la boue, restent traces violines de ces corps inconnus sur le séché fluo des algues entre la terre et l’eau.
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Ma vie au village 25
À lire en chuchotant ce qui précède, au milieu des cadences, hauteurs différentes de cris et l’eau chutant dans les bassines, à cette heure l’air étant moyennement numide, on se dit que la mort viendra comme ça avec demi-mesure, qu’il y aura un silence étouffé mais serein, une peine gracile, le presque-oubli du visage aimé et que sur le goyavier les colious n’arrêteront jamais leurs chicanes. Une main désincarnée me zérotera l’existence et tout soudain sera vert pâle, je verrai derrière l’horizon.écrire absence ici
puisJ’ai la roche éruptive de qui vit d’une brèche ancienne en zone et phase de rajeunissement et des îles dans le golfe qui ont boulées d’en haut, la tête du solitaire paraissant pétrifiée mais l’œil sourit dans son orbite de lichen. Mon volcan s’éteint pourtant, se cache sous les mousses, le stipe d’un palmier là où sa pente est douce, courbé presque tombant, ne connait plus que brèves ascensions de laitance, des hoquets de liqueur.
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Ma vie au village – 24
(à lire en chuchotant)
Pourquoi presque toujours ne pas écouter devant comme si quelque chose nous fait ployer le dos, nous rend obliques et sourds et vouloir retrouver cette infernale source qui peut-être n’était qu’un peu d’humidité, tout se contient dans l’arrière entre bornes retenant les eaux, des portes disant est-ce toi l’ayant fait ? ce cela qui t’assigne, la mer verte et si grande, ses draches cognant nos quais, les pontons de la plaie filant vers un là-bas sauvage qu’on invente et notre amour de la barbarie, ne pas ‘aller plus loin que cet en-face-de végétal et terreux, rhizomant, tuberculaire où vont des vies fragiles, rester en faux en-soi dans la terreur d’être, s’occultant le désir et l’œil, s’éclipsant la levée des sons où les limitations s’inversent et les iniques lois afin de ne paraitre pas, de seulement vouloir la braime, le sapoutre, d’inaleptiques bien-étants dans quoi barrissent les plaisirs| avec des métissures de chairs qui vieilliront sous des semblants de tristesse, quand la joie| j’engendre des concerts, j’érecte les parties sur la ligne du vent, érige les sommités des banales fougères en signe contredisant votre perversité et vous inocule profondément tous les poisons de la pensée que vos pollutions dissimulent parce qu’ai pour moi la forêt, ses choses étranges, et que n’avez que votre peau.
