Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Pages sèches #5

    Danser sur six marimbas et trouver la parole. Entendre la musique dénommer l’instrument. Plus de séparation d’avec la main, d’exploitation économique ; retour à eux-mêmes des pieds.

    J’écris des écrits.

    Papiers brûlés tombant du ciel comme des oiseaux.

    Chromatic tests for painting in another life

    wave of Pygmesia

    8 février 2018

  • Pages sèches #4

    un coquillage, une pierre bleue, sur les fleurs crépusculaires du drap ;
    composition du nocturnal à partir de froissements ;
    rêves à mémoire de forme ;

    Être en l’en-nuit : façon de vivre le pesant vertical du jour, de penser l’horizontal et sa courbure légère.

    Certains mots hantent notre esprit et l’entent sur une ligne qui se ramifie. Direction langagière. Essaimante. Lactée.

    Chromatic tests for painting in another life

    Kribi beach #2

    Saïd Zekri
    7 février 2018

  • Pages sèches #3

    Besoin nerveux, corporel, de couleurs et de parfums.

    (nuit) le wouuh que lance un duc en haut, plus bas les bars et leur musique (jour) des voix sur le chemin de l’oreille assourdie.

    Le rapport de soi à soi (lieu de l’écriture) en qui sont tous les autres soi et lieux du soi, le(s) possible(s) des autre(s). L’S de soi, pluriel sinueux, fluvial, massif, du particulier ; l’S du nous, singulier deltaïque déliant la complexité de l’ethnos. Courbes de la rivière.

    Chromatic tests for painting in another life

    Kribi beach #1

    3 février 2018

  • Pages sèches #2

    L’anxiété vient du sec qui s’abat si l’on se couche,
    les lèvres fendillées, le nez irrespirant,
    la bouche, seule.

    Notation manquée des dates, la saison a commencé le tant et sitôt : réverbération des organes, plus grand retentissement phonique dans la part des humains quand les bêtes se taisent ou modulent selon l’humide.
    Sommeil durant ‒ écrit ‒ une phrase seule et courte,

    nette comme l’oubli.

    Chromatic tests for painting in another life

    Savannah in the dry season – 2

    28 janvier 2018

  • Pages sèches #1

    L’absence de lumière, électrique, et ce trop plein de ciel, pas dessus-nous devant, l’excès d’extrême indice d’une coupure frontale et dans la tête le soleil besogneux éblouissant d’ennui ; ça dénerve le temps.

    Cendres, des pleurs de cendre, sanies des cieux.
    La poussière, insinuante, accouplée au désert.

    On se croit parfois sur la mer,
    celle anonyme à l’intérieur de tout.

    Chromatic tests for painting in another life
    palette : savannah in the dry season
    Savannah in the dry season – 1

    20 janvier 2018

  • Ma vie au village – 100

    Dans l’herbe sèche couche de terre gaufrée, on trie par mâchement puis labeur d’excrétion ; ça pullule encore dessous l’univers, déglutissant nos restes de papier, des bouts de phrases déchirées à quoi se résument les jours, vocables qui voudraient dormir.

    Le village s’inhume en moi. Se rendre à le chercher suivant des voies internes, trouver ce qu’il a formé d’atopique, le motile, l’ambulant.

    Sang-nuit-temps, des mots qui s’en vont, reviennent,
    et d’autres le verbe passer

      Le village – marché – 1965 ; Source : Tropenmuseum

    12 janvier 2018

  • Ma vie au village – 99

    J’en viens au bout, étant foiré, presque vidé par le village, alors que c’est infini. Un minulle peut-être, traverse les fumées, le son de caisse claire des cris. Vers les sciages percute le bois de grume, cogne ou la terre ou les chaînes en acier, clave dans le cours de la musique, et sur la route derrière qui chantourne grincent sous les poids le multiple essieu, les lames d’un ciel éteint. Cet incessant bruit de genèse. Quand tout n’aspire qu’à sa fin.

    Je n’irai plus au rocher sur qui l’on érige des portes et dresse des linga.

    9 janvier 2018

  • Ma vie au village – 98

    Souvent debout à l’heure du foie ou de la vésicule biliaire, en reniflant je m’interroge sur ce quoi-là, cette vie de pas-grand-chose, de peu d’écrit(s), ces morceaux non choisis, famineux, paludéens, ensemble héliotropiques et sélénaires, marqués par l’opacité, le devoir trouble du comment celer, grimé d’un face-à-face, acides reflux de ma nuit, d’un refus, de la colère, d’une aversion contre le faire, qui me rognent, m’épuisent. Troupeau de corp(s) sur le toi(t).

    On peut me saboter (ils) j’embrasse leurs injures.

    Vivre est plus périlleux que ça.

    6 janvier 2018

  • Ma vie au village – 97

    Sur la langue son goût charbon séparé de ce qui macère, la forêt s’éloigne d’où, se replie vers le point de mémoire, n’aurai d’elle dans la bouche autre qu’un bouquet salivaire pour mes digestions futures, je ne mangerai plus, garderai la famine là juste entre les dents, mâcherai jusqu’à nausée la fibre de l’oubli des recoins aux senteurs de citrus et de coumarin, et fumet d’épices étrangères, carminales, jacinthées, en qui l’on pouvait tant s’enfouir les narines.
    J’ai la peau du soir trop rude pour parler, la fatigue si vieille, mais il y a le vent et les manguiers fleurissent, on descend vers les pluies, il faudra tenir l’effort de spirer avec le moins d’angoisse, guetter les deux ondées qui ne vassent pas même le tronc des bananiers ou l’aisselle des voyageurs. 
    2 janvier 2018

  • Ma vie au village – 96

    Paysage dans le bas en strates ocre-orange, disparition progressive du vert, ciel dévorant tout à hauteur des yeux ; on se déporte au sol, à l’entour des pieds. Encore ce crépitement de la lumière et la chaleur parasitant les sons. Entrée en sorte de dormition où s’opère une dessiccation de la mémoire et des nerfs. Sur l’image mouvante, la chorée des corbeaux, gestuelle graphique : vue de soi qui s’altère. Nous dénudé.
    Le resserrement vient de ce que la poussière nous consigne hors du monde — est-ce lui qui s’abstient, qui se démet de nous ? — voulant ainsi comment me rendre à quelle urgence ? quand seulement pour peindre dans une autre vie, je fais le chromatisme des couleurs qui m’encernent.
    31 décembre 2017

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ISSN 2610-7449
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