puis tu somnoles un peu, adossé où le mort bredouillait les derniers mots d’une vie, la stupeur d’un pourquoi, l’innocence de la faute, objectant sa pureté, la candeur de son ignorance, et pleurait voyant ses moqueries passées, qu’il ne pourrait plus rire d’elles, que les gens ne trouveraient jamais les preuves d’une perversité, sa part fuyait, la douleur dans ses mots, tus même quand on le battait, qu’on pourrait t’imputer ce crime, puisque son dit mourrait dans tes bras, sans tomber sur le sol muet, froid, tu ressasses ce que le mort disait ses premières paroles tournoyant au-dessus du chaos, ses mots, à ce moment, la blessure, l’extirpaient du feu des multiples géhennes, Tiré, tu le croyais, épousant sa foi et son ironie, la quête encore alors que s’achève la route, qu’on ne tient plus aux promesses ; tu fais le tour de la cellule, vingt pas, non pour surprendre le jour, mais joindre l’autre bord de toi, te fier à la transmutation, à la réception du plaisir, vingt pas (un jet de pierre) dans le désordre, sortir d’une vieille housse les habits secrets, et t’en revêtir
Étiquette : Nuit
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Tirésias de nuit (21)
puis cette nuit entière qui te découpe, tu glisses dans le noir broyeur de squelettes, mangeur de mots, que trouent encore des phares, la brume des lampadaires, entre leurs cassures les voix de gens qui errent [fin de la séquence du jour] — sous ton drap délavé, l’odeur de ce qui se tait, que tu ne transpires, parmi les jacinthes le sommeil de l’eau ; te rassure une pluie légère, ses flocs sur le toit, dans le fond du seau, la lune qui se noie n’entre plus par les brèches, comme autrefois, quand tu pleurais, pour n’importe quoi, rien, t’endors-tu ainsi, le cœur à ce rien, le peu qui te reste, que tout près de toi murmurent les rhizomes et que des grenouilles ronchonnent — on entend le rêve soupirant des chiens, la tiédeur des tôles, et de temps en temps, par l’autre côté, une moto qui vient ; et des coups de feu ; un songe grotesque : tu cavales nu, une foule t’acclame, alors que t’enrobe l’usure du tissu pour contrer le froid — nouveaux coups de feu, ça court sur les sentes, toi, avec tes jambes tu irais très loin, jusqu’à l’Atlantique, à la nage jusqu’à Bioko, tu nagerais comme une jument, la tête hors de l’eau, à voir les étoiles les feux des cargos, les porte-conteneurs, leur chargement bleu, un pli de lumière ;
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Tirésias de nuit (16-20 reprise)
si peu, morceaux de langage, que la ville égorge, ingère, broie, d’ailleurs tu longes des abattoirs clandestins (odeur de bucle, sang séché), constamment sur la ville un nuage de mots (étiquetés), fantôme des voix d’en bas qui s’entrelacent, s’entretuent, ça gueule, toujours, plus haut, qu’on parle qu’on se taise, tu l’entends, et ne voudrais pas, la mère vagabonde inspecte encore le tas, sort des informités, déjections de termites, où se trouve ce qu’on espère trouver, en t’éloignant la phrase se répète, dans une langue claire, nouvelle, au plaisir de dire, à ses jeux — tu penses, derrière, la chambre distante, devant, un rat crevé qui semble rire, se moquer, l’enjamber, franchir ce qui ceint d’une gaine de fer, opprime, pas seulement toi, la terre, le désir d’habiter sans contraindre, le don d’exister, tu mesures aussi le retour à faire, l’obscurité, puis aller de nouveau, matin, dans le vide, son immensité, et dans sa jeunesse (si les ciels un jour pouvaient fendre, se déchirer), changer, tu soupires après jouir des nuances, sans trop y attendre (ta lucidité), et sentir la chair tout inoccupée, libre, providente, qui s’accorde enfin à ce nom caché, de toi que tu portes, gardes informulé, des lettres plutôt, des sonorités, jazz interne que tu musiques en tes entrailles, sur ta peau, entendu seul par les deux (tes amours secrètes) — on quête l’absence, la révocation, on rêve de fuir, de se dissiper et réapparaitre — ce mot, nom de toi, que t’écoutes chanter (parfois des comptines), tu l’oublies aussi ; vient le crépuscule, de chaque soir étrange, et ton pas plus lent, ton cœur plus inquiet, lors que les bâtisses se couvrent d’un voile, lingerie de mystère, rentrent leurs dessous, qui pendaient aux grilles où chient des lézards ; fin du midi, plaqué de fer, cours, Tiré, vers l’imprécis, les attouchements de la fraicheur, une confusion qui te libère, ça vit dans les pourtours ce que tu vois, jamais sur l’axe de tout, encore moins toi qui accélères, tes jambes au déclin du jour, à la peine, ça s’écrit avec des poussées d’échine (pas comme font les sexes, au lit, sous les buissons), puis tes membres se désarticulent, brusquement en l’air, brisent le tracé, la règle commune, ton maintien se tord, et les yeux grandissent, ta bouche s’entrouvre, fluide, suce le chemin, les pistes contraires — qui vient de face sent une peur, tu leur prendrais quelque chose, ne frôle personne, on te lyncherait comme volant des bites (pour en faire quoi) happant des flux sanguins — s’approche le bar, on t’y attend dans une niche, un coin, renfont qui pue l’urine le carbone, les coulures de bière, mais d’où l’on observe devant, et comme un traveling à l’écran, la bordure des rues car la lumière baisse, filant te change la durée, calme le temps, tes organes, le déhanchement, bientôt tu boiras du vin très sucré, suivi de liqueur, d’une giclée de crème ; Vénus sourit, on ne se dit rien, si tu le peux étends ton corps, au moins, tes pieds salis bien avancés, on se tient du même côté, et tes cuisses dépassent la table, les mains posées, pourquoi tu marches depuis l’aurore, des milliers d’années — et le sacrifice des bêtes — on regarde la crasse de la toile cirée, ses fissures, le sol à moitié lavé, où scintille l’éclair bruyant des réglettes, les écailles séchées d’enduit sur le bois, Éros raconte, l’air pincé, une passe ratée, près des poubelles, on se comprend au peu de mots, ça pleut, et parce qu’on déteste, la mère arrête la musique, sort du vin de derrière les fagots des Europes ou de l’Amérique, le sert, qu’on boit doucement, l’eau s’efface très vite ; à son tour chacun ne demeure en place, se déploie, revient, et Vénus dit : nos vies hésitantes, lente se redresse, triture son chapeau, annonce que dès lors n’en portera plus, tu le prends, le mets, sa couleur d’agrume, ne fait pas un genre, ta mâchoire épaisse l’ombre l’adoucit, l’alcool te relâche les dents serrées, tu voudrais dormir, aussi dors Tiré dit Éros, même un seul instant, une fraction du temps soustraite à l’abime, au trop dur désert, partout, aux fumées mordantes, qui nous oppressent, et à la vie même que le monde impose, dors, nos rêves tombent de si bas, d’une ile si lointaine ; on sent le corps de la ville, mais du dehors, sans qu’elle nous prenne, le corps de sa mort, la facticité, tout entrecoupe les pensées, on se redresse, ne voudrait pas leur coïncider (Éros : les mâles et les femelles), l’affaissement des yeux, le refus de se voir en face, aussi nus que nous d’un autre langage, la cause de notre épuisement, ce qu’on ne pourra jamais, déceler ni lire dans un seul regard, d’elles et d’eux un signe dévêtu de haine — les gens nous défilent, sur fond de typhus, de malaria, toussent et crachent entre les loupiotes ; on reste là, au centre du disque de poussière, tourmentés, d’extérieur languides mais plein d’insolence, dans les balayures de la fête ; on voit ; on voit : la surface de la ville sans dedans son dedans donc, ses galeries de sons, de clameurs, ne sachant que voir, plus assez de forces pour rêver, pour croire ; on voit : chacun circule dans les tunnels de son cerveau ; on se voit aussi l’un comme l’autre voit – puis on joue à parler se taire, la peau du monde toute ridée, un tombeau, une cavalière, douze oiseaux, verts, le jeu du loto — bientôt le dédale, dédale à refaire, pas ailleurs qu’en soi, là où s’accomplit la transformation, là où ça s’opère, hors des lieux connus — tu rentres, Tiré, dans ton corps non vu, sauf peut-être qu’avec ce chapeau, mais trop de sombres rues, la chaleur du vin, le tranchant de lune sur les restes d’eau, les yeux d’autrui tombant dans les forêts passées, les rivières défuntes, les tiens qui pointent le temps avant l’issue, l’itinéraire à la chambre, où ne s’abrite plus que ton rêve ;
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Tirésias de nuit (20)
on reste là, au centre du disque de poussière, tourmentés, d’extérieur languides mais plein d’insolence, dans les balayures de la fête ; on voit ; on voit : la surface de la ville sans dedans son dedans donc, ses galeries de sons, de clameurs, ne sachant que voir, plus assez de forces pour rêver, pour croire ; on voit : chacun circule dans les tunnels de son cerveau ; on se voit aussi l’un comme l’autre voit – puis on joue à parler se taire, la peau du monde toute ridée, un tombeau, une cavalière, douze oiseaux, verts, le jeu du loto — bientôt le dédale, dédale à refaire, pas ailleurs qu’en soi, là où s’accomplit la transformation, là où ça s’opère, hors des lieux connus — tu rentres, Tiré, dans ton corps non vu, sauf peut-être qu’avec ce chapeau, mais trop de sombres rues, la chaleur du vin, le tranchant de lune sur les restes d’eau, les yeux d’autrui tombant dans les forêts passées, les rivières défuntes, les tiens qui pointent le temps avant l’issue, l’itinéraire à la chambre, où ne s’abrite plus que ton rêve ;
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Tirésias de nuit (19)
à son tour chacun ne demeure en place, se déploie, revient, et Vénus dit : nos vies hésitantes, lente se redresse, triture son chapeau, annonce que dès lors n’en portera plus, tu le prends, le mets, sa couleur d’agrume, ne fait pas un genre, ta mâchoire épaisse l’ombre l’adoucit, l’alcool te relâche les dents serrées, tu voudrais dormir, aussi dors Tiré dit Éros, même un seul instant, une fraction du temps soustraite à l’abime, au trop dur désert, partout, aux fumées mordantes, qui nous oppressent, et à la vie même que le monde impose, dors, nos rêves tombent de si bas, d’une ile si lointaine ; on sent le corps de la ville, mais du dehors, sans qu’elle nous prenne, le corps de sa mort, la facticité, tout entrecoupe les pensées, on se redresse, ne voudrait pas leur coïncider (Éros : les mâles et les femelles), l’affaissement des yeux, le refus de se voir en face, aussi nus que nous d’un autre langage, la cause de notre épuisement, ce qu’on ne pourra jamais, déceler ni lire dans un seul regard, d’elles et d’eux un signe dévêtu de haine — les gens nous défilent, sur fond de typhus, de malaria, toussent et crachent entre les loupiotes ;
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Tirésias de nuit (18)
s’approche le bar, on t’y attend dans une niche, un coin, renfont qui pue l’urine le carbone, les coulures de bière, mais d’où l’on observe devant, et comme un traveling à l’écran, la bordure des rues car la lumière baisse, filant te change la durée, calme le temps, tes organes, le déhanchement, bientôt tu boiras du vin très sucré, suivi de liqueur, d’une giclée de crème ; Vénus sourit, on ne se dit rien, si tu le peux étends ton corps, au moins, tes pieds salis bien avancés, on se tient du même côté, et tes cuisses dépassent la table, les mains posées, pourquoi tu marches depuis l’aurore, des milliers d’années — et le sacrifice des bêtes — on regarde la crasse de la toile cirée, ses fissures, le sol à moitié lavé, où scintille l’éclair bruyant des réglettes, les écailles séchées d’enduit sur le bois, Éros raconte, l’air pincé, une passe ratée, près des poubelles, on se comprend au peu de mots, ça pleut, et parce qu’on déteste, la mère arrête la musique, sort du vin de derrière les fagots des Europes ou de l’Amérique, le sert, qu’on boit doucement, l’eau s’efface très vite ;
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Tirésias de nuit (17)
on quête l’absence, la révocation, on rêve de fuir, de se dissiper et réapparaitre — ce mot, nom de toi, que t’écoutes chanter (parfois des comptines), tu l’oublies aussi ; vient le crépuscule, de chaque soir étrange, et ton pas plus lent, ton cœur plus inquiet, lors que les bâtisses se couvrent d’un voile, lingerie de mystère, rentrent leurs dessous, qui pendaient aux grilles où chient des lézards ; fin du midi, plaqué de fer, cours, Tiré, vers l’imprécis, les attouchements de la fraicheur, une confusion qui te libère, ça vit dans les pourtours ce que tu vois, jamais sur l’axe de tout, encore moins toi qui accélères, tes jambes au déclin du jour, à la peine, ça s’écrit avec des poussées d’échine (pas comme font les sexes, au lit, sous les buissons), puis tes membres se désarticulent, brusquement en l’air, brisent le tracé, la règle commune, ton maintien se tord, et les yeux grandissent, ta bouche s’entrouvre, fluide, suce le chemin, les pistes contraires — qui vient de face sent une peur, tu leur prendrais quelque chose, ne frôle personne, on te lyncherait comme volant des bites (pour en faire quoi) happant des flux sanguins —
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Tirésias de nuit (16)
si peu, morceaux de langage, que la ville égorge, ingère, broie, d’ailleurs tu longes des abattoirs clandestins (odeur de bucle, sang séché), constamment sur la ville un nuage de mots (étiquetés), fantôme des voix d’en bas qui s’entrelacent, s’entretuent, ça gueule, toujours, plus haut, qu’on parle qu’on se taise, tu l’entends, et ne voudrais pas, la mère vagabonde inspecte encore le tas, sort des informités, déjections de termites, où se trouve ce qu’on espère trouver, en t’éloignant la phrase se répète, dans une langue claire, nouvelle, au plaisir de dire, à ses jeux — tu penses, derrière, la chambre distante, devant, un rat crevé qui semble rire, se moquer, l’enjamber, franchir ce qui ceint d’une gaine de fer, opprime, pas seulement toi, la terre, le désir d’habiter sans contraindre, le don d’exister, tu mesures aussi le retour à faire, l’obscurité, puis aller de nouveau, matin, dans le vide, son immensité, et dans sa jeunesse (si les ciels un jour pouvaient fendre, se déchirer), changer, tu soupires après jouir des nuances, sans trop y attendre (ta lucidité), et sentir la chair tout inoccupée, libre, providente, qui s’accorde enfin à ce nom caché, de toi que tu portes, gardes informulé, des lettres plutôt, des sonorités, jazz interne que tu musiques en tes entrailles, sur ta peau, entendu seul par les deux (tes amours secrètes) —
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Tirésias de nuit (11-15 reprise)
les blancs commencent, toujours, on note les noirs entre parenthèses, devoir atteindre l’horizon, tu t’ennuies, la sueur des doigts encrasse les pièces (découpées dans du PVC), même si promu tu restes un pion, évite de te faire sauter, rafle, va-t’en — tu repars, ne savourant ni la victoire ni le gain (au plus un demi pain chargé de margarine, encollant ton palais, un plat de nouilles au foie, deux oranges, trois), tu redresses la forme de ton corps assise, revois les autres corps penchés, l’odeur des jambes adverses, les pieds embabouchés et la poussière durcie où les ongles entrent en chair, une trace au ton miel grimpant l’intérieur des cuisses, l’ourlet du short sale, près d’un genou noirci — effacement de la séquence : à quoi sert de garder tous les comptes, le dépit du vaincu, ses outrages, son obscénité, sitôt chaque coup, subi, porté, tu vidanges, fuis (à pas élastiques, toute nocuité) — tu prends en plein poitrail la verticalité, le plaisir du jeu s’y dissout (ou son ambigüité qui toujours tenaille), l’attrait de la hauteur, des fenêtres fermées sans personne derrière, d’une surface en azur, se cognent des oiseaux contre l’idée des arbres, dedans, contre une copie du ciel ; tu n’aimes pas le souterrain, pas les profondeurs ; les tuyaux ; pour rire tu demandes quelle heure autour de toi, ne sais plus où portent les ruelles, si quelque part, ce qui s’atteint, autre que du labeur, la fabrique continue des jours — peut-être un vol de garde-bœufs, qui s’effiloche, sa blancheur ; tu n’aimes pas les gouffres ; peut-être un milan qui s’égare, cherchant sa proie dans le béton, une femme exténuée, les griffures de sa toux, le retour de ta faim (en spasmes erratiques), tu ne regardes plus que le front de la terre, huileux, trop pétrolé de salive, de glaire — pressant le pas ; quand file (mais quoi) ce qui faisait le corps léger (possible interne entrevu, ou rêverie, ou fiction) qui ne se rapporte qu’à lui-même, au peu d’autres aimés sans l’atroce puissance, le difforme réel, les rivalités, ces deux comme pouvant qui traversent le jour (apaisement que les penser, si petits dans la ville), que tombe une pesanteur (le monde), avec des cris, de la fureur, tu pries n’importe quel dieu du vent pour que ça taise, la pluie, que la pluie les inonde, le silence renverse, et tu marcherais sobre, nu, sur du sable, de l’eau, transposé ; mais allant ici, au pas de l’angoisse soudaine, la route se durcit, t’abandonne, contraire, te laisse, sans un mot en tête, route chère — tu demeures avec tes manies, ton penchant, comme baisser les yeux à tout croisement, de choses, de gens, hormis les rares bêtes (zébus, chiens), presser la clé, fétiche, dans ta main — qui ne te conduit vers, une ligne à lire horizontale, droitement, un paysage (le réel dénué d’humain), que des collines, escarpements, la croute, les signes angulaires, la fatigue des reins pourvu que le soir finisse, tu ne marches plus sur ce chemin — passe les carrefours inhabités, les masses désertes, le rond-point (celui que fréquente Éros), on voit, sans nuages, le vert des arbres à flanc de rocher, un vert qu’on ne peut, qui se perd, qui semble un tableau, pense à : coudre des traines au gris des cieux, de longues queues, où les avions s’égareraient, composer pour Vénus des milliers de chapeaux, même un autel à dieu, emballer la mer (dans un magazine, de telles métamorphoses), on s’y rendra parler, danser, boire, on ira se rendre à la mer, devenue verte comme un tableau, ensuite sans doute, tout finira — passe un supermarché, sa grosse enseigne rouge, le parking plein d’éventaires, jamais tu ne t’arrêtes devant les articles de bazar, tu voudrais, t’abstiens, par lassitude, austérité, crainte d’un désarroi, s’il fallait dire, même non, de ta voix changeante (et de t’entendre, cet émoi), alors tu files un pas plus long ; tu aimes : les pharmacies, les commerces de luminaires ; souvent tout se transforme en inquiétude ; tu aimes aussi les maisons folles à recoins, mais du reste, peu, rien, ou comprendre le mouvement ou l’eau qui pleut dans une vasque, un bassin et qui revient — Vénus dit : tu survis grâce à ces menues joies, aux bonheurs fugaces, ce que tu sens par le côté, l’envers, autrement tu vois trop la lourdeur de la terre, son mauvais cinéma ; tu t’assois pour pleurer, te relèves ; t’interroges de savoir où s’épand ton dégout, dans quel déversoir s’engouffrent les vies, les mots qu’on prononce, ceux que l’on écrit (arpentant, tu traces de grands caractères, parfois des petits, enfant, découpais le vocabulaire) ; ce que font les autres, aussi, te questionne, les machines, quel trou ça remplit l’ardeur insensée, la sombre existence — au milieu du soir, le soleil déplait, à noyer le cadre, à tout revêtir de son assurance, tu stoppes, t’abrites en quelque repli, couverture d’échoppe, ombre de chantier, l’œil se délasse, d’un morceau de bois simplement posé, on voit la lumière remise à sa place, et croire autre chose que l’ordre de vivre (de ressembler), respirer, mais seul ; on obture ta bouche, cette porte inutile, avec une croisée de lattes rongées, noircies par les âges, on cloue ta parole (la dite l’à dire, le chant), te brule la peau, du ventre, les os ; encore ne meurs-tu, maudit, de ton sang, des pères, et leurs vieux lignages — à quelle seconde du temps, où bon mauvais s’entremêlant dans les pensées, un peu de paix descend t’envelopper (familière), pas que toi, autour, l’air, rend évident le nom, les noms (sans besoin de se dire) des objets qui se taisent, qu’une douceur éclaire, et qu’après tout empire, l’embarras, le désœuvrement, qu’il faut repartir ; une femme errante fouille des rebuts, en tire du papier, soigneusement le lisse, t’aperçoit, le plie, avec un sourire, mais un regard froid, dit une phrase, qui te concerne, que tu ne comprends à propos de quoi, rien —
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Tirésias de nuit (15)
au milieu du soir, le soleil déplait, à noyer le cadre, à tout revêtir de son assurance, tu stoppes, t’abrites en quelque repli, couverture d’échoppe, ombre de chantier, l’œil se délasse, d’un morceau de bois simplement posé, on voit la lumière remise à sa place, et croire autre chose que l’ordre de vivre (de ressembler), respirer, mais seul ; on obture ta bouche, cette porte inutile, avec une croisée de lattes rongées, noircies par les âges, on cloue ta parole (la dite l’à dire, le chant), te brule la peau, du ventre, les os ; encore ne meurs-tu, maudit, de ton sang, des pères, et leurs vieux lignages — à quelle seconde du temps, où bon mauvais s’entremêlant dans les pensées, un peu de paix descend t’envelopper (familière), pas que toi, autour, l’air, rend évident le nom, les noms (sans besoin de se dire) des objets qui se taisent, qu’une douceur éclaire, et qu’après tout empire, l’embarras, le désœuvrement, qu’il faut repartir ; une femme errante fouille des rebuts, en tire du papier, soigneusement le lisse, t’aperçoit, le plie, avec un sourire, mais un regard froid, dit une phrase, qui te concerne, que tu ne comprends à propos de quoi, rien —