si peu, morceaux de langage, que la ville égorge, ingère, broie, d’ailleurs tu longes des abattoirs clandestins (odeur de bucle, sang séché), constamment sur la ville un nuage de mots (étiquetés), fantôme des voix d’en bas qui s’entrelacent, s’entretuent, ça gueule, toujours, plus haut, qu’on parle qu’on se taise, tu l’entends, et ne voudrais pas, la mère vagabonde inspecte encore le tas, sort des informités, déjections de termites, où se trouve ce qu’on espère trouver, en t’éloignant la phrase se répète, dans une langue claire, nouvelle, au plaisir de dire, à ses jeux — tu penses, derrière, la chambre distante, devant, un rat crevé qui semble rire, se moquer, l’enjamber, franchir ce qui ceint d’une gaine de fer, opprime, pas seulement toi, la terre, le désir d’habiter sans contraindre, le don d’exister, tu mesures aussi le retour à faire, l’obscurité, puis aller de nouveau, matin, dans le vide, son immensité, et dans sa jeunesse (si les ciels un jour pouvaient fendre, se déchirer), changer, tu soupires après jouir des nuances, sans trop y attendre (ta lucidité), et sentir la chair tout inoccupée, libre, providente, qui s’accorde enfin à ce nom caché, de toi que tu portes, gardes informulé, des lettres plutôt, des sonorités, jazz interne que tu musiques en tes entrailles, sur ta peau, entendu seul par les deux (tes amours secrètes) —
Catégorie : Tirésias de nuit
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Tirésias de nuit (11-15 reprise)
les blancs commencent, toujours, on note les noirs entre parenthèses, devoir atteindre l’horizon, tu t’ennuies, la sueur des doigts encrasse les pièces (découpées dans du PVC), même si promu tu restes un pion, évite de te faire sauter, rafle, va-t’en — tu repars, ne savourant ni la victoire ni le gain (au plus un demi pain chargé de margarine, encollant ton palais, un plat de nouilles au foie, deux oranges, trois), tu redresses la forme de ton corps assise, revois les autres corps penchés, l’odeur des jambes adverses, les pieds embabouchés et la poussière durcie où les ongles entrent en chair, une trace au ton miel grimpant l’intérieur des cuisses, l’ourlet du short sale, près d’un genou noirci — effacement de la séquence : à quoi sert de garder tous les comptes, le dépit du vaincu, ses outrages, son obscénité, sitôt chaque coup, subi, porté, tu vidanges, fuis (à pas élastiques, toute nocuité) — tu prends en plein poitrail la verticalité, le plaisir du jeu s’y dissout (ou son ambigüité qui toujours tenaille), l’attrait de la hauteur, des fenêtres fermées sans personne derrière, d’une surface en azur, se cognent des oiseaux contre l’idée des arbres, dedans, contre une copie du ciel ; tu n’aimes pas le souterrain, pas les profondeurs ; les tuyaux ; pour rire tu demandes quelle heure autour de toi, ne sais plus où portent les ruelles, si quelque part, ce qui s’atteint, autre que du labeur, la fabrique continue des jours — peut-être un vol de garde-bœufs, qui s’effiloche, sa blancheur ; tu n’aimes pas les gouffres ; peut-être un milan qui s’égare, cherchant sa proie dans le béton, une femme exténuée, les griffures de sa toux, le retour de ta faim (en spasmes erratiques), tu ne regardes plus que le front de la terre, huileux, trop pétrolé de salive, de glaire — pressant le pas ; quand file (mais quoi) ce qui faisait le corps léger (possible interne entrevu, ou rêverie, ou fiction) qui ne se rapporte qu’à lui-même, au peu d’autres aimés sans l’atroce puissance, le difforme réel, les rivalités, ces deux comme pouvant qui traversent le jour (apaisement que les penser, si petits dans la ville), que tombe une pesanteur (le monde), avec des cris, de la fureur, tu pries n’importe quel dieu du vent pour que ça taise, la pluie, que la pluie les inonde, le silence renverse, et tu marcherais sobre, nu, sur du sable, de l’eau, transposé ; mais allant ici, au pas de l’angoisse soudaine, la route se durcit, t’abandonne, contraire, te laisse, sans un mot en tête, route chère — tu demeures avec tes manies, ton penchant, comme baisser les yeux à tout croisement, de choses, de gens, hormis les rares bêtes (zébus, chiens), presser la clé, fétiche, dans ta main — qui ne te conduit vers, une ligne à lire horizontale, droitement, un paysage (le réel dénué d’humain), que des collines, escarpements, la croute, les signes angulaires, la fatigue des reins pourvu que le soir finisse, tu ne marches plus sur ce chemin — passe les carrefours inhabités, les masses désertes, le rond-point (celui que fréquente Éros), on voit, sans nuages, le vert des arbres à flanc de rocher, un vert qu’on ne peut, qui se perd, qui semble un tableau, pense à : coudre des traines au gris des cieux, de longues queues, où les avions s’égareraient, composer pour Vénus des milliers de chapeaux, même un autel à dieu, emballer la mer (dans un magazine, de telles métamorphoses), on s’y rendra parler, danser, boire, on ira se rendre à la mer, devenue verte comme un tableau, ensuite sans doute, tout finira — passe un supermarché, sa grosse enseigne rouge, le parking plein d’éventaires, jamais tu ne t’arrêtes devant les articles de bazar, tu voudrais, t’abstiens, par lassitude, austérité, crainte d’un désarroi, s’il fallait dire, même non, de ta voix changeante (et de t’entendre, cet émoi), alors tu files un pas plus long ; tu aimes : les pharmacies, les commerces de luminaires ; souvent tout se transforme en inquiétude ; tu aimes aussi les maisons folles à recoins, mais du reste, peu, rien, ou comprendre le mouvement ou l’eau qui pleut dans une vasque, un bassin et qui revient — Vénus dit : tu survis grâce à ces menues joies, aux bonheurs fugaces, ce que tu sens par le côté, l’envers, autrement tu vois trop la lourdeur de la terre, son mauvais cinéma ; tu t’assois pour pleurer, te relèves ; t’interroges de savoir où s’épand ton dégout, dans quel déversoir s’engouffrent les vies, les mots qu’on prononce, ceux que l’on écrit (arpentant, tu traces de grands caractères, parfois des petits, enfant, découpais le vocabulaire) ; ce que font les autres, aussi, te questionne, les machines, quel trou ça remplit l’ardeur insensée, la sombre existence — au milieu du soir, le soleil déplait, à noyer le cadre, à tout revêtir de son assurance, tu stoppes, t’abrites en quelque repli, couverture d’échoppe, ombre de chantier, l’œil se délasse, d’un morceau de bois simplement posé, on voit la lumière remise à sa place, et croire autre chose que l’ordre de vivre (de ressembler), respirer, mais seul ; on obture ta bouche, cette porte inutile, avec une croisée de lattes rongées, noircies par les âges, on cloue ta parole (la dite l’à dire, le chant), te brule la peau, du ventre, les os ; encore ne meurs-tu, maudit, de ton sang, des pères, et leurs vieux lignages — à quelle seconde du temps, où bon mauvais s’entremêlant dans les pensées, un peu de paix descend t’envelopper (familière), pas que toi, autour, l’air, rend évident le nom, les noms (sans besoin de se dire) des objets qui se taisent, qu’une douceur éclaire, et qu’après tout empire, l’embarras, le désœuvrement, qu’il faut repartir ; une femme errante fouille des rebuts, en tire du papier, soigneusement le lisse, t’aperçoit, le plie, avec un sourire, mais un regard froid, dit une phrase, qui te concerne, que tu ne comprends à propos de quoi, rien —
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Tirésias de nuit (15)
au milieu du soir, le soleil déplait, à noyer le cadre, à tout revêtir de son assurance, tu stoppes, t’abrites en quelque repli, couverture d’échoppe, ombre de chantier, l’œil se délasse, d’un morceau de bois simplement posé, on voit la lumière remise à sa place, et croire autre chose que l’ordre de vivre (de ressembler), respirer, mais seul ; on obture ta bouche, cette porte inutile, avec une croisée de lattes rongées, noircies par les âges, on cloue ta parole (la dite l’à dire, le chant), te brule la peau, du ventre, les os ; encore ne meurs-tu, maudit, de ton sang, des pères, et leurs vieux lignages — à quelle seconde du temps, où bon mauvais s’entremêlant dans les pensées, un peu de paix descend t’envelopper (familière), pas que toi, autour, l’air, rend évident le nom, les noms (sans besoin de se dire) des objets qui se taisent, qu’une douceur éclaire, et qu’après tout empire, l’embarras, le désœuvrement, qu’il faut repartir ; une femme errante fouille des rebuts, en tire du papier, soigneusement le lisse, t’aperçoit, le plie, avec un sourire, mais un regard froid, dit une phrase, qui te concerne, que tu ne comprends à propos de quoi, rien —
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Tirésias de nuit (14)
tu aimes : les pharmacies, les commerces de luminaires ; souvent tout se transforme en inquiétude ; tu aimes aussi les maisons folles à recoins, mais du reste, peu, rien, ou comprendre le mouvement ou l’eau qui pleut dans une vasque, un bassin et qui revient — Vénus dit : tu survis grâce à ces menues joies, aux bonheurs fugaces, ce que tu sens par le côté, l’envers, autrement tu vois trop la lourdeur de la terre, son mauvais cinéma ; tu t’assois pour pleurer, te relèves ; t’interroges de savoir où s’épand ton dégout, dans quel déversoir s’engouffrent les vies, les mots qu’on prononce, ceux que l’on écrit (arpentant, tu traces de grands caractères, parfois des petits, enfant, découpais le vocabulaire) ; ce que font les autres, aussi, te questionne, les machines, quel trou ça remplit l’ardeur insensée, la sombre existence —
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Tirésias de nuit (13)
tu demeures avec tes manies, ton penchant, comme baisser les yeux à tout croisement, de choses, de gens, hormis les rares bêtes (zébus, chiens), presser la clé, fétiche, dans ta main — qui ne te conduit vers, une ligne à lire horizontale, droitement, un paysage (le réel dénué d’humain), que des collines, escarpements, la croute, les signes angulaires, la fatigue des reins pourvu que le soir finisse, tu ne marches plus sur ce chemin — passe les carrefours inhabités, les masses désertes, le rond-point (celui que fréquente Éros), on voit, sans nuages, le vert des arbres à flanc de rocher, un vert qu’on ne peut, qui se perd, qui semble un tableau, pense à : coudre des traines au gris des cieux, de longues queues, où les avions s’égareraient, composer pour Vénus des milliers de chapeaux, même un autel à dieu, emballer la mer (dans un magazine, de telles métamorphoses), on s’y rendra parler, danser, boire, on ira se rendre à la mer, devenue verte comme un tableau, ensuite sans doute, tout finira — passe un supermarché, sa grosse enseigne rouge, le parking plein d’éventaires, jamais tu ne t’arrêtes devant les articles de bazar, tu voudrais, t’abstiens, par lassitude, austérité, crainte d’un désarroi, s’il fallait dire, même non, de ta voix changeante (et de t’entendre, cet émoi), alors tu files un pas plus long ;
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Tirésias de nuit (12)
tu n’aimes pas le souterrain, pas les profondeurs ; les tuyaux ; pour rire tu demandes quelle heure autour de toi, ne sais plus où portent les ruelles, si quelque part, ce qui s’atteint, autre que du labeur, la fabrique continue des jours — peut-être un vol de garde-bœufs, qui s’effiloche, sa blancheur ; tu n’aimes pas les gouffres ; peut-être un milan qui s’égare, cherchant sa proie dans le béton, une femme exténuée, les griffures de sa toux, le retour de ta faim (en spasmes erratiques), tu ne regardes plus que le front de la terre, huileux, trop pétrolé de salive, de glaire — pressant le pas ; quand file (mais quoi) ce qui faisait le corps léger (possible interne entrevu, ou rêverie, ou fiction) qui ne se rapporte qu’à lui-même, au peu d’autres aimés sans l’atroce puissance, le difforme réel, les rivalités, ces deux comme pouvant qui traversent le jour (apaisement que les penser, si petits dans la ville), que tombe une pesanteur (le monde), avec des cris, de la fureur, tu pries n’importe quel dieu du vent pour que ça taise, la pluie, que la pluie les inonde, le silence renverse, et tu marcherais sobre, nu, sur du sable, de l’eau, transposé ; mais allant ici, au pas de l’angoisse soudaine, la route se durcit, t’abandonne, contraire, te laisse, sans un mot en tête, route chère —
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Tirésias de nuit (11)
les blancs commencent, toujours, on note les noirs entre parenthèses, devoir atteindre l’horizon, tu t’ennuies, la sueur des doigts encrasse les pièces (découpées dans du PVC), même si promu tu restes un pion, évite de te faire sauter, rafle, va-t’en — tu repars, ne savourant ni la victoire ni le gain (au plus un demi pain chargé de margarine, encollant ton palais, un plat de nouilles au foie, deux oranges, trois), tu redresses la forme de ton corps assise, revois les autres corps penchés, l’odeur des jambes adverses, les pieds embabouchés et la poussière durcie où les ongles entrent en chair, une trace au ton miel grimpant l’intérieur des cuisses, l’ourlet du short sale, près d’un genou noirci — effacement de la séquence : à quoi sert de garder tous les comptes, le dépit du vaincu, ses outrages, son obscénité, sitôt chaque coup, subi, porté, tu vidanges, fuis (à pas élastiques, toute nocuité) — tu prends en plein poitrail la verticalité, le plaisir du jeu s’y dissout (ou son ambigüité qui toujours tenaille), l’attrait de la hauteur, des fenêtres fermées sans personne derrière, d’une surface en azur, se cognent des oiseaux contre l’idée des arbres, dedans, contre une copie du ciel ;
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Tirésias de nuit (6-10 reprise)
ça vient s’amasser, dans le quoi, l’esprit, quand se met la ville en face de toi, pas de la mémoire, qui dort, non, des restes d’humeurs, de mucosités, et des flashs de joie, celle de ton corps avant de connaitre, le douteux savoir, mais avec aussi la fatigue nerveuse de l’enfance, les pensées qu’on n’y arriverait pas, à ce bord de l’eau, l’endroit où la vie passerait immobile ; là-haut les autos vont à leurs affaires sans te regarder, et ton père ta mère tu ne vois jamais leurs visages dedans, les autres non plus, défilant ailleurs — ailleurs qu’en tes yeux, qui te font grand comme cette ville et ses rues-veines entre des seins nombreux tendus, par la douleur, vers le ciel d’une bête couchée sur le dos — faces sous filtre d’ennui ; et toi ta peur d’oiseau à terre, au sortir du trou, quand le bruit sur-le-champ te baise, outrage le refrain que tu pleures au-dedans (une complainte d’amour et de guerre) parfois en même temps que l’onction des mains, la fragrance de l’huile (pointe de coumarine) ; bruit de sécateur, de trancheuse moderne, qui sépare les mots, les stances de l’histoire d’un amour pas vécu, tu ne peux plus penser, comme eux, dans les autos, ou ceux sur les trottoirs (souvent leur absence) qui mâchonnent en passant l’oubli du devoir-faire, ce fracas te délivre de ta pauvre intention, ne pas rester en bas à détailler les plis d’un corps non voulu et le nouveau qui vient, tu marches pour toi-même, transparent, souverain, en n’importe quel sens (de toutes leurs manières Éros et Vénus t’attendent, chez Marcelline ou aux enfers) ; circulation sur le devant — en nocturne les sons te ceignent plutôt, t’enserrent mais doucement, flottent sur le terreux sommeil, font lorsqu’on se réveille presque douter de soi — qui emporte à coups de klaxons jaunis la rouille des gens, l’oxyde du temps, les destinations que l’on crie, les paroles clouées dans les gorges, au milieu des corps mécaniques, qui te sentent très étrange, tu te sens plus étrange, trouble, encore que dans la chambre vide, seul, quand on dirait que tu voles, brièvement, sur le monde ou que tu viens d’un autre pays semblant pourtant le même ; au fond de l’atelier-boutique tu faisais des chapeaux, des masques avec les chutes, des sortes de kimonos, en carré de doublure, blanche ou verte où sous les apparences, rien n’occupait sa place, en toi et au dehors, durant les heures par terre, qui s’habillaient de la longueur des routes, la pédale encore luisante d’une machine à coudre, un pied dessus qui la lançait, l’aiguille pointant le drap et toute la clientèle, jamais tu ne les voyais, pas plus que ce matin les fantômes assoupis, sur les banquettes, dans les voitures ou le train, la figure des passants qui se façonnent, tu t’en souviens, l’air de sortir toujours un mort du frigidaire, les devantures aussi (sauf celle du salon), tellement identiques, fatiguées, vitreuses ; tu gardes assez de mémoire pour aller, loin, n’importe où, sans lumière ; et l’œil à tout, aux angles, à l’arrière, les fruits colorés sur des charrettes à bras, les décoctions amères, sombres, visqueuses, de bogues ou du cuir des arbres, les creux du sol mouillé (ruptures), les tenues de police (oubli de ton identité), quoi qui diffère d’hier, que ça casse, un peu avant, un peu après, le moment, que l’averse trempe le décor, va au bout de toi, maintenant, encore, obscur Tiré qui voit plus que tout, peu en soi sauf un trait de joie, de bonheur, si parait claire la renaissance (et sans te confondre, quelqu’un dit bonjour), le film se poursuit, ne racontant rien (hors les deux, pas d’histoire) ; mais une faiblesse qui s’insinue, dans la raucité de la voix, à l’épigastre, et puis le ventre un peu gonflé, que tu fais l’effort de rentrer, les fesses qui sortent trop, l’objet serré — ça te rappelle les poses, où pour la galerie familiale, on plaçait sur le bord, forme noire baissée, ton anormalité — dans le cadre (quand devient-on, à force de s’imaginer), des fois tu sautes ta respiration, changeant de rue sans raison, ou parce que l’éclairage grisonne mieux — en des endroits — sur les façades des vraies maisons, entre les fils électriques, tortillonnés sous les nuages, de maigres branchages, contre la cire usée, rêche, des feuilles de gommier, qui se violacent comme un sphincter, quelquefois une couleur inattendue peut te séduire (tu dis : ne pas se fatiguer, s’étourdir, dans du moche, de la laideur), sinon tu restes à ras de terre, de bitume crevé, au niveau des poubelles, du reflet des plastiques ; va, Tiré, où tu vas, ton âme sa misère, quand on lui parle la mort s’enfuit de ce bas-fond ; sinue sans dévier, tel un coupeur d’ongles ou des vendeurs de bonbons, un cordonnier mobile, mais eux routinent leur direction, sans vouloir l’usure que tu cherches, de la part trompeuse du corps, que tu ne te reconnais pas, celle qu’on appelait toi, par ignorance puis aveuglement, ou coupable dessein de te conformer à l’image (sur les photos on ne te voyait pas, juste une tache noire de lumière), tu remarques en marchant que les hommes vivent sans yeux, captifs de leur tristesse, bruitant le jour, le temps et les gestes d’eux-mêmes, deviennent oublieux — toujours, pas éteinte, une faute contre les dieux, la mauvaise réponse à l’interrogatoire (toi, riant de son idiotie), trouant le ciel la question de savoir, si et combien de fois, volontairement ou par hasard — déjà les avenues, le nom des boulevards, les buildings vitrés, la foule de chacun fixé à son ilot, une mer qu’on agite, avec les pieds, la main, un soleil de glace, l’entaille des caniveaux ; aller vers les joueurs aux dames, des rues plus loin, sous l’auvent de boutiques, prendre la place, et faire semblant, pour gagner la partie ;
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Tirésias de nuit (10)
va, Tiré, où tu vas, ton âme sa misère, quand on lui parle la mort s’enfuit de ce bas-fond ; sinue sans dévier, tel un coupeur d’ongles ou des vendeurs de bonbons, un cordonnier mobile, mais eux routinent leur direction, sans vouloir l’usure que tu cherches, de la part trompeuse du corps, que tu ne te reconnais pas, celle qu’on appelait toi, par ignorance puis aveuglement, ou coupable dessein de te conformer à l’image (sur les photos on ne te voyait pas, juste une tache noire de lumière), tu remarques en marchant que les hommes vivent sans yeux, captifs de leur tristesse, bruitant le jour, le temps et les gestes d’eux-mêmes, deviennent oublieux — toujours, pas éteinte, une faute contre les dieux, la mauvaise réponse à l’interrogatoire (toi, riant de son idiotie), trouant le ciel la question de savoir, si et combien de fois, volontairement ou par hasard — déjà les avenues, le nom des boulevards, les buildings vitrés, la foule de chacun fixé à son ilot, une mer qu’on agite, avec les pieds, la main, un soleil de glace, l’entaille des caniveaux ; aller vers les joueurs aux dames, des rues plus loin, sous l’auvent de boutiques, prendre la place, et faire semblant, pour gagner la partie —
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Tirésias de nuit (9)
tu gardes assez de mémoire pour aller, loin, n’importe où, sans lumière ; et l’œil à tout, aux angles, à l’arrière, les fruits colorés sur des charrettes à bras, les décoctions amères, sombres, visqueuses, de bogues ou du cuir des arbres, les creux du sol mouillé (ruptures), les tenues de police (oubli de ton identité), quoi qui diffère d’hier, que ça casse, un peu avant, un peu après, le moment, que l’averse trempe le décor, va au bout de toi, maintenant, encore, obscur Tiré qui voit plus que tout, peu en soi sauf un trait de joie, de bonheur, si parait claire la renaissance (et sans te confondre, quelqu’un dit bonjour), le film se poursuit, ne racontant rien (hors les deux, pas d’histoire) ; mais une faiblesse qui s’insinue, dans la raucité de la voix, à l’épigastre, et puis le ventre un peu gonflé, que tu fais l’effort de rentrer, les fesses qui sortent trop, l’objet serré — ça te rappelle les poses, où pour la galerie familiale, on plaçait sur le bord, forme noire baissée, ton anormalité — dans le cadre (quand devient-on, à force de s’imaginer), des fois tu sautes ta respiration, changeant de rue sans raison, ou parce que l’éclairage grisonne mieux — en des endroits — sur les façades des vraies maisons, entre les fils électriques, tortillonnés sous les nuages, de maigres branchages, contre la cire usée, rêche, des feuilles de gommier, qui se violacent comme un sphincter, quelquefois une couleur inattendue peut te séduire (tu dis : ne pas se fatiguer, s’étourdir, dans du moche, de la laideur), sinon tu restes à ras de terre, de bitume crevé, au niveau des poubelles, du reflet des plastiques ;