Chemin tournant

Serge Marcel Roche

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  • Éros au bord de l’eau (9)

    on revient se rendort dans la case muette, rassurés qu’à l’entour les sons, grenouilles crapauds de mer, et ce ronflement de machine-avant, machine-arrière, le branle des premières autos, l’odeur soudaine de citrus et de peau, d’eau calme entre les cuisses, le jour qui point, se dresse hors des chiffons, Babylone l’océan, son ennui de vivre autrement, la vieille loco du chemin de fer, le vieux tronc où l’on s’assoit, sa plage puante, ses poubelles, des oiseaux dans les cocotiers qui chantent, on voudrait ne penser qu’à rien, et que la violence s’efface, la fatigue aussi, nôtre, antique, plus âgée que le temps, tout, qui ne disparait qu’en un même regard, approché sur la route, où l’on va, doucement, en gardant ses promesses, le peut-être qu’un jour, mais l’usure, de soi, de ce monde-là, on marche à pas de chat, sur le sommet d’un mur, dans la ville se dire, allons au bout du jour, parmi les rues, les boutiques, sous le tissu, sans un sourire, aventurer sa main, manger un quelque-chose, du peu, avant de revenir

    20 février 2024
    Éros, Eau, Jour, Mer, Océan, Oiseaux, Sons, Tirésias, Vénus, Ville

  • Topographie sonore du quartier 14

    Casser les coques

    Une fois la pulpe de la noix d’Elaeis guineensis (palmier à huile) détachée de la coque du fruit, cette dernière est cassée en vue d’en extraire l’amande qui servira à la fabrication de l’huile de palmiste, utilisée principalement en savonnerie et cosmétique. Ici, c’est en vue d’un usage domestique.

    11/02/2024 à 17:43
    18 février 2024
    Afrique, Huile de palmiste, Milieu urbain, Palmier à huile, Quartier, Sons, Topograhie, Vie quotidienne, Ville

  • Éros au bord de l’eau (8)

    la pluie lave tant la nuit qu’elle devient noir réglisse, ses gouttes ploquent sang le sol les surfaces, percent la vitre du temps, l’enduisent de sa graisse, elle si forte qui rabat le vent, si grand, tient le large en ses mains de pluie, étouffe le bruit non sien, la ville la mer on sous trois-cent-mille tonnes de silence, un dernier floc, le trou, l’obscurité mouillée qui nous aspire, comme au village des orpailleurs, le père descendait, avant que l’on s’exile, toujours plus, se courbait au fond, dans la boue, creusait, le trou, pour des grammes de rien, sucé jusqu’au front, tété par la terre — il fallait raser tout un chien pour vaincre les eaux — on tirait le volet sur nous, là le ciel s’éventre, livre ses boyaux, d’une autre manière, bien que l’on ne sache si l’on vit encore ou que l’hébétude, ou que la noyade, du vent, des lucioles, le renversement, la lourdeur des mots — chien nu ne rompt pas les flots, dit Vénus qui sort, et puis ça s’arrête, dégouline un peu, on part ramasser plein de poissons morts et des écrevettes —

    16 février 2024
    Éros, Chien, Ciel, Eau, Mer, Océan, Pluie, Silence, Tirésias, trou, Vénus, Vent, Village

  • Éros au bord de l’eau (7)

    un ciel plaqué de fer la tôle le jour humide sans trace des avions sans rayures d’oiseaux voute plane contre elle notre perplexité rien qui ne la sépare de ce bas gris fumée si lent si presque inerte sauf un trait qui s’incline sur quoi vont des bateaux de grands voiliers parfois que l’on devine et d’épaisses nuées un trop-plein de menaces sous la coupe du vent mais ne bougent ici que le peu de nous-même le désœuvré de soi tremper ses pieds dans l’eau qui se démène, plus grise que le haut, un bandeau sur la page, un livre inexistant, ça nous dit pas grand-chose, sauf qu’on pourrait partir, sortir de cette poisse, de tout cet engluement, quand nous prend le chagrin, la pesanteur du temps, la vague, vague, vague vague, qu’une pirogue fend le sable ses veinules son pelage de bête étendue sur le flanc l’amas noir des rochers le bois flotté flottant dans l’ombre dense oisive sous les arbres comme un corps de noyé des maisons que l’on voit derrière qui nous patientent le calme malgré tout quand on rentre le soir —

    13 février 2024
    Éros, Ciel, Corps, Eau, Mer, Océan, Temps, Tirésias, Vénus

  • Topographie sonore du quartier 13

    Fendre le bois

    09/02/2024 à 07:24
    11 février 2024
    Afrique, Bois, Cuisine, Feu, Milieu urbain, Quartier, Sons, Topographie, Vie quotidienne, Ville

  • Éros au bord de l’eau (6)

    Éros s’endort, corps sur nuit, lune entière, et chevaux marins, le premier rouge, le second vert, d’autres bistres, leurs cavaliers, barbares, la tête hors du flot, des papillons nageant, au milieu du plastique, entre les déjections, des huiles de surface, et des cadavres au fond, les décombres d’une ville antique, Éros dort, Éros s’agite, crawle dans sa sueur, brasse sur les plis du drap, fuyant un poulpe-drone et son œil multiple, la vrombure des hélices, alors que vient d’en bas, un banc fantasmatique de carrelets géants, il court le long d’une rue, d’une ville inhabitée, sous un ciel rose bonbon, et des nuages pers, en direction de rien, retourne sur lui-même, à l’entrée d’une boutique, le bruit que cette eau fait, de choses qu’une main froisse, des sachets en papier, et cette odeur du vent, et ce gout de crevette, là juste au bout des doigts contre sa bouche ouverte, ses jambes qu’il replie, le verre noir de suie, l’air ivre de pétrole, sur la route les gens repassent, ce bruit, un bruit de plainte, le cri des pêcheurs

    9 février 2024
    Bruit, Cheveaux, Corps, Eau, Eros, Mer, Nuit, Océan, Poissons, Rêve, Tirésias, Vénus, Ville

  • Éros au bord de l’eau (5)

    elle très bas, on l’entend gronder — le film cloque — souffre de spasmes, nous qui partons en arrière, avec du whisky dans les verres (standing auquel nous tenons), des bestioles aussi — et cette fin de lumière, une lampe qui crépite ; le gout des feuilles amères, métal des sardines ; nous buvons à nos morts et nous-mêmes, on se renverse, toujours ce bruit et elle si bas que derrière, des reflets tremblotants, le pagne des sirènes, l’empirisme des questions que nous feignons pour rire, Éros dit : l’alcool descend dans ma nuit très fort et ne chante que si le corps

    on mouille, dans l’épais de l’air, la lucidité, loin du remuement — transformés, lagunes — volent-y des oiseaux nocturnes voyageant sur l’eau ; il répond que oui, qu’on les nomme bateaux — tant soudain l’image : toute horizontale ; on se verse, chaque heure presque, pour vider le chaud, le fond de son verre, la dernière goulée — puis ça crisse partout, jusque sous nos pieds, le bruit redescend, d’où elle redescend — qui le sait — issu de matrice(s) dans l’en bas l’en haut, de ce quoi du monde que nous cherchons, le temps et la joie d’une vie profonde

    Une plage du littoral atlantique au Cameroun, avec une bande d'arbres dans le fond et un ciel nuageux, lourd.
    6 février 2024
    Alcool, Éros, Bruit, Corps, Film, Joie, Lumière, Mer, Nuit, Océan, Oiseaux, Peau, Temps, Tirésias, Vénus, Vie

  • Topographie sonore du quartier 12

    Exorcisme

    03/02/2024 à 01:00

    Capture d’écran : © Google Earth

    4 février 2024
    Afrique, Cris, Exorcisme, Milieu urbain, Quartier, Religion, Secte, Sons, Topographie, Ville

  • Éros au bord de l’eau (4)

    il parle, nous parlons, pas moins que d’autres, du vent, brise ou grain, états intermédiaires, l’effet sur les épidermes, si ça colle ou rafraichit, pousse au contraire de ce qu’on veut faire — mais d’abord comment se glisser dedans ; vivre en l’air ; rompre le pesant ; on avise a little egret, déroutée peut-être, lentes saccades, ses pas — sa fuite cou rentré, son envol incertain ; peut-on ne pas se départir, de chaque joie, d’un frais matin, à l’océan ou de cette angoisse, qui prend, malmène au point où l’on voudrait rester, sans férir — avec ses rêves nécessaires —

    le bruit, ce bruit-là, surgissant quand du somme, il se réveille, s’extrait d’un trou (les années), d’un plus réel que l’instant terne, passé — il dit qu’il pêche dans les enfers ; mais on se promène où de gros rochers, des monstres de mer, leurs yeux immobiles ; marcher ainsi ramène à ce vide en soi qui, le souffle, le regard des choses qu’on ignore, relâche le continu, la vitesse des jours, l’étire — on se trempe les pieds seulement sur la frontière, l’eau lèche nos chevilles, sans se dire du quoi ; elle poisse dans l’image, le soleil décroit, nous rentrons — souls de désir ;

    Une plage du littoral atlantique au Cameroun, avec une bordure d'arbres et des roches grises au premier plan.
    2 février 2024
    Éros, Bruit, Désir, Image, Mer, Océan, Peau, Rêves, Tirésias, Vénus, Vent, Vide

  • Éros au bord de l’eau (3)

    la ligne arrière, on ne la sent que par les vibrations de voitures, qui traversent l’écran, le hachurent à hauteur du toit, pas souvent, ça part vers la ville balnéaire, ça revient dans un soleil humide — nous, plus bas (d’elle une pente légère), baignant dans le fleume, tranquilles, on demeure le matin à visionner le tronc de l’arbre inconnu, ses racines qui se projettent (on s’assoira dessus), la bande sombre, pétrole, hérissée de rognures, de bris, une autre miel, rase, veinurée dedans, où se lisent des cartes sphères, avec sans cesse lourd le bruit cognant du temps ;

    car à ce bruit toujours devant, de l’image, il ne sait s’il pourra donner son temps, que lui le prenne et l’engouffre ou si lui l’avalera, ce fruit, de l’amour d’un dieu-même, qui le donne aux hommes perdus ; là devant, juste après le travers que nos orteils fouissent et cette part du sable changeante au bord de l’eau : le fond de la terre, les cieux ; on flemmarde encore, jambes étendues, Éros sort du flot, dit des choses belles, nous rions aussi, oubliant la guerre, le bruit, le trafic en haut par dessus nos têtes, tout au premier jour, très nus, solitaires — et jusqu’à la nuit —

    30 janvier 2024
    Éros, Bruit, Corps, Nuit, Peau, Tirésias, Vénus, Ville

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ISSN 2610-7449
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